‹ MélangesChapitre 248 sur 269 · V. QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

V. QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE

et à la vie intellectueUe, nous arrêterons un moment notre attention sur un autre ordre de phénomènes aussi digne d*admiration par lui-même que par la correspondance qui se manifeste partout entre cette nouvelle espèce de faits et ceux de Tcntendement : vous voyez, Messieurs, que je veux parler de Tétude de notre organisation.

Mais ici, quoique nous ne puissions, sans témérité, nous flatter que le lien qui unit ces deux ordres de phénomènes puisse jamais cesser d'être pour nous un mystère impénétrable ; quoique la connaissance des faits purement organiques qui accompagnent nos déterminations morales et intellectuelles soit encore extrêmement incomplète, et appartienne à d'autres sciences que celle de Tentendement, c'est-à-dire, à Tanatomie, à la physiologie, à la médecine; il n'en est pas moins vrai que cette connaissance, toute bornée qu'elle est, peut nous fournir des lumières propres à éclaircir plus d'un doute, et à prévenir de graves erreurs.

Telle est, Messieurs, l'idée sommaire que je puis vous donner, en ce moment, des sujets que je me propose de traiter dans la première partie de ce cours. Je tâcherai d'y faire entrer ce qui m'a semblé le plus conforme à la vérité, et par conséquent le plus utile dans cette partie de la philosophie qu'on a désignée par les noms de métaphysique, de psychologie, d'idéologie, etc. Car j'avoue que tout ce qu'on en a écrit, sous ces différents noms, m'a paru (au moins autant que j'ai pu le comprendre) n'être que l'analyse des facultés de l'entendement, et l'exposition des faits ou des phénomènes qui les constituent.

Dans la seconde partie de ces leçons, je considérerai les résultats de l'action de ces mêmes facultés que j'aurai caractérisées et fait connaître dans la première ; c'est-à-dire que j'examinerai en quoi consiste leur application à la recherche des vérités de tout genre et à la conduite de la vie. Cette partie tiendra la place de ce qu'on appelle communément art de penser, art de raisonner, ou logique, en prenant ce mot dans un sens beaucoup plus étendu que celui qu'on y attache ordinairement. En un mot, les deux parties dont ce cours sera composé doivent être, à certains égards, relativement à Tétude de l'esprit, ce que l'anatomie et la physiologie sont par rapport à l'étude du corps humain, et je désignerais volontiers l'une simplement par le nom d'entendement^ et l'autre, par celui de raison.

En effet. Messieurs, si nous cherchons à nous rendre compte de la valeur de ce mot, pris dans son acception la plus générale et la

pins étendue, si noos réanissona soni une mfime coocaption' les fligniflcations (firerses qu'il prend dans lelaaga^ ordiaûre et dans le langage philosophique, nous reconoaltrona qn'il exprime l'én-

scTTitiV mt \n if'iininTi ^i? trintes nos facultés, en tant que. nom les api<liq)i<'iiv l'ii :i iiuiiv ^i>,%iii«r de la vérité, on Jt nous garantir de l'erroiir, ou ù rôi^Icr iiotrt; coodaite, soit dans les occasions difficiles, soit dans les circonstances commones et habîbiellei de la vie.

Or, si celte uliscrvaliou est vraie, si le mot ratiea a'eqtriaM que ]» somme do nos facultés mi action, comme le mot mtemiemtmt désigne la somme de ces mêmes &caltés mptnsiameÊ (ainsi qu'on s'exprimait dans l'ancienne métaphysique), c'estl-dira, comme constituant esscnLiellenicHt la notion que nous avons de L'homme, et (levant néces-tairement se retrouver dans l'analyse de cette notion ; si, dis-je, tnut cela est véritable, nous «i verrRHis sortir dos ronséquoni-os d'uuo vérité non moin» ineonlestable «t d'uiie haute importance.

Btd'aixiril. i-Jierchant quelles sont, dans la coiulHntiOQ ^ysiqne ot initilleciiii'lii' de l'homme, les causes probables d'erreur, je finti voir quo les << éditions les plus favorables i l'enrcioe r^nlîerdala raison se troii^snt dans un juste équilibre de to>otes les parties de l'organisation, dans une sorte d'activité moyenne de toutes «es facultés, ot qui soit telle que l'action des unes ne soit pasoomme effacée, et pour ainsi dire éteinte, par la prédominance et par l'activité exagérée fie quelqu'une des autres.

Ensuite, l'examen de la nature et des effets du langage, considéré comme instrument de la pensée, nous aidera à reconnaître à quoi tiennent plus spécialement les services immenses que nous en retirons, et malheureusement aussi les illusions, souvent non moins étonnantes que déplorables, dont il a été et dont il est tous les jours la cause.

Car le raisimnement, qui n'est qu'une simple méthode, qu'un procédé purement technique, h l'aide duquel nous combinons les groupes d'idées que représentent les mots, ou les termes généraux, o'inllue pas, la plupart du temps, au moins d'une manière directe, sur la composition de ces groupes, et ne nous montre point immédiatement si les éléments que nous y faisons entrer sont, ou non, ce qu'ils doivent être, pour que nos déductions soient légitimes, c'està-dire, conformes à la nature des choses et à la vérité. Et de là vient que le raisonnement n'est que trop souvent propre à senir l'erreur, et que, dans bien des cas, il fournit aux esprits faux, et aux hommes

Page 1