‹ MélangesChapitre 252 sur 269 · V. — QU'EST-CK QUE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

V. — QU'EST-CK QUE LA PHILOSOPHIE

exercer des professions libérales, doivent avoir un jour le plus d'influence sur les opinions elles sentiments du reste des citoyens. Par conséquent la morale, qui nous montre quelle est dans la nature même de notre être la source de nos droits naturels, et la cause des devoirs non moins sacrés qui nous sont imposés , la science sociale, ou politique, complément nécessaire de la science morale, puisqu'elle nous découvre les principes fondamentaux des lois et du gouvernement, et les causes les plus certaines de la prospérité ou du malheur des États; enfin l'économie politique qui, en nous dévoilant le jeu des ressorts matériels, s'il faut ainsi dire, des sociétés, qui, en nous apprenant de quelle manière sont incessamment partagés, détruits et reproduits, accrus ou diminués, ces moyens de subsistance et de jouissance, fruits du travail et de Tindustrie de rhomme, nous met à même d'apprécier les rapports nombreux et divers qui existent entre cet ordre de phénomènes et ceux dont s'occupent la morale et la politique : tels seront les sujets sur lesquels je me propose d'arrêter votre attention. Je n'ai pas besoin d'ajouter que je me borne à présenter les vérités les plus générales et les mieux constatées dont se composent ces sciences, et à les considérer uniquement sous le point de vue par lequel elles se rattachent plus particulièrement à l'objet de ce cours.

En dernier résultat, Messieurs : étude de l'entendement ou analyse des facultés de l'âme ; culture de la raison ou application de ces mômes facultés à la recherche des vérités de toute espèce et à la conduite de la vie ; c'est en cela, comme je l'ai déjà dit, que consiste, suivant moi, toute la philosophie; et je crois pouvoir ajouter qu'elle n'a jamais été ni pu être autre chose. Ceci du moins suffit déjà pour nous faire comprendre comment elle préside à toutes nos connaissances, à toutes nos déterminations; et parla s'explique aussi, jusqu'à un certain point, l'étrange destinée qu'elle a eue de tout temps parmi les hommes.

Car qui ne sait que, depuis que le nom de philosophie a été connu dans le monde, ceux qui le prirent, ou à qui leurs contemporains crurent devoir le donner, ont presque toujours été en butte aux plus violentes persécutions? Pythagore et ses disciples furent poursuivis, par le fer et par le feu, dans toute cette partie de l'Italie qu'on nommait la Grande Grèce; Socrate a été condamné, dans Athènes, à boire la ciguô ; et, de nos jours, Bailly et Malesherbes teignirent de leur sang les échafauds de la Terreur. Les époques intermédiaires entre ces termes extrêmes pourraient offrir une infinité d'exemples pareils ; et les intervalles de paix pour les philo-

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sophes out élé ceux oii leurs cDDeraîs so sont bornés à n'employer contre eux quu l'outrage et la calomnie.

Mais fauUl en être surpris? Si la raison, U justice et la vérité (•ont les puissances tulélaires «lu bonheur des sociétés, elles sont souvent forcées de combattre les passions les plus énergiques de» individus; elles doivent ne trouver en opposition avec les intérêts privés, toutes les fuis que ceux-ci tondoiil à se satisfaire aux dépens de l'intérêt général. Ainsi, h côté des philosophes, défenseurs de la vérité, s'élèvent toiijnurs et se coalisent contre eux tous ceux à qui l'erreur peut être utile.

Un instinct secret leur révèle très-prompteraentrespôce de Lactique qui convient h leurs desseins. Sans doute ils se garderont bien de repousser et de combattre la justice et la raison sous leurs noms véritables, ce serait révolter contre soi le plus grand nombre des hommes simples et conflaut^ qu'ils espèrent de séduire : mais ils tt'cmpareront des mots pour en altérer et lmi dénnlurer les idées, au Kré de leurs passions. Us auront sans cesse à la boucho les noms de bien public, de religion, de morale; mai» ce sera un bien public, dont eux soûls prétendront cunnuitre le secret; une religion, dont eux seuls auront sondé les ineffables profondeurs; une morale, uniquement faite pour eux; en un mol, ils seront exclusifs en tout. Et il faut bien qu'ils lo soient, car, s'ils n'entendaient sous le nom de bien public que ce qui est réellement utile et avantageux à tous les membres de la société, siHis celui de religion, que ta pi-alîque de toutes les vertus, l'habitude des sentiments d'indulgence et de bienveillance réciproques; si leur morale enfin était seulement de la justice; alors que deviendraient ces privilèges que réclame leur orgueil? Alors ne comprendraient-ils pas que la société ne doit conHer ses pouvoirs qu'aux citoyens sur le désintéressement et le dévouement absolu de qui elle peut compter, car elle ne peut les leur confier que dans son intérêt, et non pas dans le leur? alors, enlln, ne comprendraient-ils pas que les honneurs et les récompenses dont la société dispose ne doivent être que le prix des services qu'on lui rend?

Ces vérités. Messieurs, sont si simples, si évidentes, que, pouren faire perdre la trace aux hommes, il ne suffisait pas d'altérer et d'obscurcir les notions primitives qui leur servent de base; il fallait encore imputer à ceux qui les premiers les ont proclamées, h ceux qui dans tous les temps les ont défendues, le coupable projet de les détruire; et c'est ce que les sophistes n'ont jamais manqué de faire. Anytus et Mélitus accusèrent Socrate de corrompre la

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