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V. — QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE

Vous le voyez, Messieurs, il ne faut qu'observer quels furent partout et dans tous les temps les ennemis de la philosophie, quel genre de succès ils ont toujours ambitionnés, et trop souvent obtenus dans le monde, pour reconnaître avec évidence de quel côté se trouvent la justice et la vérité.

Au reste, je ne prétends point nier que des doctrines, ou fausses ou dangereuses, n'aient été quelquefois proposées ou soutenues même par les plus célèbres d'entre les philosophes ; mais que fautil conclure de là? Certes, ce n'est pas sous ce rapport qu'ils méritèrent le nom dont leur siècle et la postérité les ont honorés. Sans doute, l'homme est sujet à se tromper; et le plus souvent il n'arrive h la connaissance du vrai qu'après avoir parcouru un long cercle d'erreurs ; mais enfin il n'y a que celui qui découvre des vérités utiles à qui l'on doive donner le nom de philosophe, il ne Test qu'en cela, et à cause de cela. Celui qui trompe les autres parce qu'il est trompé lui-même mérite indulgence et compassion ; car il ne fait que subir ainsi le sort commun de l'humanité. Celui qui trompe sciemment et par un motif d'intérêt quelconque est à la fois \ï[ et criminel; c'est au mépris et à l'indignation publique à le flétrir, si son délit n'est pas de ceux que les lois puissent atteindre; mais assurément ni l'un ni l'autre ne sont philosophes, parce qu'ils trompent, soit à dessein, soit sans le vouloir.

mérité de Thumanité tout entière. Rien ne sera plus propre à éclairer les peuples sur le danger de laisser entre les mains des ministres du culte la moindre portion de Tautorité civile. L'histoire des conciles, celle des papes, celle de TÉglise depuis rétablissement du christianisme, confirment de toutes parts cette vérité, et nous montrent à chaque page Tunion des deux puissances comme le fléau le plus destructeur qui jamais ait désolé le monde. Tout homme impartial, et capable de la moindre réflexion, doit être désormais bien convaincu qu'il ne pourra exister de paix, de sécurité et de véritable morale chez les peuples chrétiens, que quand ils seront revenus sur ce point à la pureté de la doctrine évangélique ; car Jésus-Christ la dit lui-même : MON ROYAUME N'EST PAS DE CE MONDE; et c'est la différence essentielle qu'il semble avoir voulu établir entre la loi nouvelle et la loi ancienne. C'est parce que le despotisme atroce, le fanatisme sanguinaire des prêtres chez les Juifs ne cessa d'attirer sur cette nation, pendant une longue suite de siècles, des calamités sans nombre et sans mesure, que le divin fondateur de notre religion prescrivit expressément à ses disciples de demeurer étrangers à toute autorité séculière, à tout pouvoir temporel, et confirma sans cesse sa doctrine par son exemple. En un mot, il voulut qu'ils exerçassent dans le monde le pouvoir le plus durable et le plus irrésistible : celui des bienfaits et de la vertu; et il leur en fit une loi d'autant plus expresse, que, dans la nature humaine, telle que Dieu lui-même l'a faite, cette sorte de pouvoir est toujours inconciliable avec aucune autre.

eao Ai'PKsnicE.

J'en ai dît assen, Messieurs, sur un goure de controverse qui dure depuis tant de siècle», el qui doit durer «luUiDt que la lulte Aba inlërëls individuels contre l'inlérét général. Ausd n'ai-Je voulu qui; mettre les jeunes gens qui m'entendent à mCme de se faire une opinion raisonnable sur la cause des discussions, quelquefois si vives et si animées, dont ils ont sans cesse occasion d'Ctre témoins, car je n'ai assurément ni l'espoir ni la prétention de convaincre les obstinés adversaires de la philosophie ; et je n'ignore pas combien la raison est impuissante contre les passions.

Mais Taitt-il désespérer entlèrcyncnt du triomphe de la vérilé? Non, sans doute. Maigrelet anomalies et les apparences stationnaires, ou même rétrogrades, qu'elle présente quelquefois, elle mar- (.'ho cependant; on la voit grandir par degrés et embrasser un plus vaste horizon. Aux rayons de sa pure lumière s'est dissipée insendiblement cette nuit profonde d'ignorance, de servitude et de superstition, qui, si longtemps, favorisa les crimes des tyrans et des impoKtuurK de toute espèce. Pour peu que l'on observe attentivemtruL et sans prévention lo mouvement des esprits depuis près d'un siècle chez tous les peuples civilisés de l'Europe, il est facile do reconnaître que partout il teud vers un ordre de choses plus C4informe aux lumijtres du lu raison perfectionnée. Partout ou commence à sentir qu'une entière liberté dans la manifestation des opinions qui intéressent Ip bonheur de la société peut seule prévenir des illusions dangereuses ou les empêcher d'être durables; que la plus grande publicité donnée à tous les actes de la puissance publique peut seule offrir une garantie efCcace contre les passions ou les erreurs de ceux à qui elle est confiée. Un sentiment plus sûr, plus général des devoirs de l'homme en société, est né de la connaissance plus explicite de ses droits; des idées de tolérance, plus conformes, au véritable esprit de la religion, réparent en beaucoup de lieux les maux causés par uu fanatisme impie et cruel. En un mot, pou^^-u que des résistances aussi imprudentes que coupables, et dont les suites les plus funestes retomberaient infailliblement sur leurs auteurs, ne viennnent pas suspendre ce progrès, d'ailleurs inévitable, de la raison générale, tout nous fait prévoir, pour une époque qui ne saurait être trèséloignée, une amélioration sensible dans les destinées humaines. C'est là. Messieurs, que tendent tous les vœux de la philosopbie; telles sont les nobles espérances qu'elle ose concevoir, et que tous ses travaux, tous ses etforts, aspirent à réaliser.

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