VII. — FRAGMEiNTS POLITIQUES
laissent-elles néanmoins trop souvent entraîner à cet abus des expressions amères ou insultantes, en discutant ou en réfutant les opinions qu'elles ne croient pas devoir adopter?
C'est qu'une foule de sentiments inaperçus, ou dont nous n'avons pas une conscience distincte, se mêle incessamment à toutes les opérations de notre entendement, lequel agit, à chaque instant, comme je Tai déjà dit, avec toutes ses facultés. Voilà pourquoi tant de dissentiments sur des objets qui semblaient devoir être exclusivement du ressort de la raison abstraite , ou du raisonnement, ont donné lieu à des persécutions atroces, exercées avec une égale fureur parles partis opposés, toutes les fois qu'ils pouvaient disposer de la force matérielle. Voilà pourquoi l'intolérance la plus cruelle s'est toujours attachée aux opinions, soit politiques, soit religieuses, c'est-à-dire, à ce qui, par sa nature, est le moins susceptible d'être modiûé par la violence, à ce qui n'a absolument rien de commun, aucune analogie, aucun rapport, avec tous les moyens dont la puissance extérieure peut disposer. Il est donc bien important de connaître cette partie de notre constitution intellectuelle, d'étudier soigneusement la nature et les effets de nos divers sentiments, afin de garantir, autant qu'il est possible, notre raison de leur funeste influence.