VII. — FRAGMENTS POLITIQUES
nom le titre féodal de marquis, auquel il renonça, avec toute la noblesse de France, en 1789, et que les titres de duc ou de prince, joints à un nom si universellement respecté, sembleraient plutôt en diminuer la splendeur?
Nos deux Grecs voient avec chagrin et avec surprise un prétendu prince Soutzo ou de Soutzo, comme Tout appelé quelques journaux, jouer, à Paris, le rôle d'ambassadeur de la Grèce, et afficher un luxe qui contraste d'une manière trop choquante avec la pauvreté et la misère du pays qu'il prétend représenter. Ils ne peuvent s'empôcher de soupçonner que cet homme, ce prince de la fa^on des Turcs, avait d'abord été envoyé ici par le président Capo d'Istria, pour mettre aux pieds de Charles X et lui-même et la nation grecque, mais que les instructions qu'il avait reçues d'abord auraient été modifiées d'après les événements qui se sont passés en France, depuis qu'il y est arrivé. Ils souhaiteraient donc que le gouvernement français ne conclût aucun arrangement, et surtout ne consentît à aucune avance de foiids, avant d'avoir obtenu des renseignements exacts sur l'état présent des affaires dans la Grèce, soit en y envoyant deux ou trois commissaires éclairés et consciencieux, soit par tout autre moyen qu'il avisera dans sa sagesse.
Plusieurs Grecs, recommandables par leur patriotisme et par leurs lumières, désireraient vivement que le général Lafayette fût informé des faits que je viens d'exposer. C'est ce qui m'a déterminé à lui présenter les principales idées contenues dans la brochure dont M. Coray m'a prié de lui offrir un exemplaire; qu'il me permette de profiter de cette circonstance pour lui exprimer les sentiments d'admiration et de profonde vénération que je lui ai voués, et la vive reconnaissance que je partage avec tous les bons Français, pour les grands services qu'il a rendus, et qu'il ne cesse de rendre à notre chère patrie.
THUROT, Professeur au 'collège de France à Paris. Ce ... novembre 1830.
Il y a des choses que des gens de beaucoup d'esprit, de beaucoup d'instruction, et même d'une probité en général irréprochable, ne comprennent pas aussi bien que d'autres, qui ont moins de talent
qu'eux et des cnnanissaDcoa moins élciiducs. La liberté est de ce Qombra. Pour la bien comprendre, il faut sans doute ua certaia disf^ré d'intelligence et un certain degré d'instruction, mais il faut mirtoul un profond senliment de la justice et un entier désintéressement, ot, par désin lé ressèment, je n'enteuds pas seulement l'absence de Igute avarice et de toute cupidité , mais surtout l'absence de toute ambition, de tuut orgueil, do toute Tanité. C'est ce qui Tait qu'un gt-and nombre il'hommes des classes moyennes et inférieures de la société ont un patriotisme incomparablement plus vrai ot pins sincère que celui de beaucoup do gens en place, do lettrés, do savants et mt^mc d'académiciens, qui se disent ou se rroient amlK de U liberté. U est m(^me ù remarquer qu'après les gens de cour et ce qu'on pourrait appelfir les grands seigneurs, soil laïques, soil ecclésiastiques, c'est encore parmi les ronctionnairca publics, les lettrés et les savants que se trouvent les plus ardents et les plus constants ennemis de notre régénération politique.
Un raconte que, le 39 juillet dernier (1(130), lorsque les débri-i dos Suisses ot de la garde royale eurent été entièrement chassés de Parin, un des bravos qui avaient contribué à cette noble victoire disait, en déposant ses armes : ,\ouê avom fait la grosse ouvragr, à présent e'al aux sciences à faire le rêsle. I^s sciences, ou les habile», sont venus en efTet, Quelque«~uns même allendaienl arac anxiété le moment de se mettre ik l'œuvro. et l'on convient assez gëuéralemeni qu'ils ont fait d'assez mauvaise besogne.
Cependant des hommes qui n'ont vu dans la révolution de Juillet qu'une continuation de la Restauration, sauf la substitution de la branche cadette h la branche aînée de la maison de Bourbon, prétendent avoir seuls bien compris ce grand év(>ncnicnt, et être d'accord en ceci avec le vœu de limmensc majorité de la nation. D'autres soutiennent, au contraire, que le mouvement de Juillet, secondé par l'élan universel et appuyé de l'approbation unanime do toute la France, ne peut rien avoir de commun avec un ordre de choses imposé piir les ba'ionneltes étrangères, et qu'il est bien réellement la suite ou ta continuation des désirs et des espérances qui se manifestèrent si spontanément et si hautement dans tout le royaume en lïSlt,
En droit ce sont incontestablement ceux-ci qui ont raison: en fait leurs opinions et leurs sentiments flniront-ils par prévaloir ? Cela ne me semblait presque pas douteux il y a trois mois, — Aujourd'hui le triomphe de la justice et de la liberté est peut-être ajourné indéfiniment.
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Les patriotes imputent ce funeste résultat à ceux qu'ils appellent doctrinaires; quelques hommes appelés au pouvoir dès les premiers moments qui suivirent la lutte sanglante de la fin de Juillet leur semblent avoir tout perdu, par un faux système de ménagement pour tous les intérêts et même pour toutes les prétentions de nos irréconciliables ennemis; de conciliation entre Taristocratie toujours implacable et incorrigible, et les libertés publiques, à rétablissement ou à raffermissement desquelles elle ne consentira jamais, tant qu'il lui restera quelque crédit et quelque puissance.
Or, malheureusement, Tcsprit aristocratique n'était pas seulement dans le clergé, dans la noblesse ancienne et nouvelle, et dans cette foule de fonctiognaires de tout ordre et de tout rang dont le gouvernement déchu avait mis tant de temps et de soins à s'entourer ; il s'est glissé aussi dans cette partie du corps électoral dont la majorité de la Chambre des députés représente aujourd'hui les espérances, les vœux et les craintes.
Cette majorité représente-t-elle aussi celle des Français capables d'avoir une opinion et des sentiments conformes à la sûreté et à la prospérité de la France? Cela est au moins fort douteux. Il est difficile, en effet, de croire que quarante mille individus, tout au plus, dont le vote Ta emporté sur celui de trente à trente-cinq mille autres individus, puissent être considérés comme ayant émis fidèlement les intentions et les vœux d'au moins huit ou neuf millions d'hommes,et l'on ne songe pas sans un profond sentiment d'affliction et de terreur que c'est pourtant la majorité d'une Chambre ainsi faite qui est appelée à décider des destinées ultérieures de trente-deux millions d'hommes.
11 suffit de considérer quels ont été fort souvent les motifs qui ont déterminé le vote des électeurs en faveur de tel ou tel candidat, pour se convaincre que fort souvent aussi ils ont dû envoyer à la chambre des hommes très-peu capables de comprendre et surtout de servir les vrais intérêts de la France. Combien de fois, par exemple, l'homme qu'on a cru plusàportée, par sa fortune, par ses relations avec les ministres ou les personnages influents à la cour, par sa place, ou par sa position sociale, d'obtenir des emplois, des faveurs, des pensions, ou tout au plus quelque décision présumée avantageuse à un arrondissement, ou même à une localité encore plus circonscrite, n'a-t-il pas été préféré à celui qui, avec plus do lumières, de patriotisme et de désintéressement, aurait su défendre avec succès les intérêts généraux de la France, repousser un impôt
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désaslreux, un projet de loi Tatal aa repos et i la liberté du pays! . Lé trop petit hombre des électeurs et * le trop petit nombre des éligpbles ont eu incontèstablemeui la plus déplorable influence sur la situation pénible où nous avons vécu depuis ia restauration ; c'est en favorisaïit les usurpations du gouvemement et ses plus coupables desseins, que les CSiambres ont amené cet état de choses qui a précipité la chute' du tr6ne et jeté la Fratice dans la situation critique où elle se trouve aujourd'hui.
. La Chambre dé 1830 a commis l'erreur inexcusaUe de ne savoir apprécier ni la révolution de Juillet, ni l'ordre de choses qu'elle a établi elle-mômè, mais contre son gré, parce qu'au fond c'était tout autre chose qu'elle voulait. Cette Chambre a été et devait être très-mauvaise, composée sous l'influence d]un gouvernement pendant quinze ans hostile au3^ libertés de la France, et par un corps électoral qui n'était nullement en proportion avec la population de ce pays, et qui de plus avait été travaillé de toutes les manières et corrompu par l'action continue pendant quinze ans de ce môme gouvernement.
Aussi cette Chambre n'a-^t-elle pas compris un fait si immense qu'il a frappé à l'instant même les esprits dans tous les pays du )(nonde où il a été connu; je veux dire qu'elle était appelée à diriger une véritable rtft^o/tfftbn. Vainement les uns l'ont-ils appelé un événement, les autres une catastrophe^ les autres une simple résistance à une agression illégale. Ce qu'il fallait y voir, et ce qu'il était en effet, c'est la continuation de la révolution de 1789 et 1792.
Quoi que Ton puisse dire, Tavènement do Louis-Philippe appelé au trône de France (non pas parce qu'il était de la famille de Bourbon, mais malgré ce fâcheux antécédent), acceptant et jurant la charte qui lui est présentée au nom du peuple français, comme condition sine quâ non de sa nouvelle dignité, constitue un ordre de choses entièrement nouveau, fondé sur un principe diamétralement opposé à celui sur lequel reposait Tordre de choses précédent.
Nous ne prétendons prôchcr ici ni le sans-culottisme ni la loi agraire, ou au moins les idées ridicules et fausses qu'on attache à ces expressions. Mais il est incontestable que tout ministre qui n'arrivera pas avec la ferme résolution d'opérer dans le plus court délai les plus fortes économies, de ne confier des fonctions publi-