VII. - FRAGMENTS POLITIQUES
dernière analyse, qu*un sentiment profond de la justice. Je suppose enûn que les républicains auxquels je m'adresse ne le sontpas plus que notre grand citoyen, le général Lafayette, et que les monarchistes ne le sontpas plus que notre roi Louis-Philippe. Alors vous comprendrez, j'espère, que vos dissentiments ne sont pas peut-ôtre aussi grands, ni' vos opinions aussi inconciliables que vous vous le figurez sans doute. Car Lafayette vous a présenté Louis-Philippe comme la meilleure des Républiques, et, de son côté, le roi, en acceptant son pouvoir comme une émanation de la souveraineté du peuple, a déclaré solennellement qu'il adoptait toutes les conséquences de ce principe, sur lequel repose notre nouvel ordre social. Si donc il y a quelques jeunes hommes, se disant ou se croyant républicains, qui se voient déjà dans les rangs d'une formidable armée française allant punir les despotes de l'Europe et rendre les peuples à la liberté, qui se voient en imagination successivement élevés à des grades supérieurs sous quelque grond général, puis décorés de croix et de rubans, gouverneurs de provinces sous les ordres du môme général devenu consul, dictateur supérieur, que sais-je î ou bien si des hommes se disant ou se croyant monarchiques imaginent qu'ils pourront, grâce à l'anéantissement presque entier d'une aristocratie nobiliaire parmi nous, arriver à leur tour aux préfectures, au conseil d'État, à la Chambre des pairs, et fonder ainsi la grandeur'de familles qui, dans deux ou trois siècles, pourront comme d'autres devenir de solides et brillants appuis de la monarchie telle qu'ils la conçoivent: si c'est là leur manière d'entendre la république ou la monarchie, l'idée Ûxe qui absorbe toutes leurs pensées, ce n'est pas à ces gens-là que je parle; ils peuvent se dispenser de me lire, ils ne me comprendraient pas.
Premièrement vous devez, ce me semble, bien comprendre que les événements de la fin de juillet 1830 ont été une véritable révolution, c'est-à-dire un renversement complet de l'ordre de choses existant auparavant, et tel que l'avaient établi TEmpirc et la Restiiuration. Cette révolution, dans son esprit et dans son but, a été et devait être la suite et le complément de celle de 1789. Vainement vous dit-on que les hommes généreux qui ont consommé ce grand acte criaient : Vive la Charte/ en se défendant contre les satellites du roi parjure qui venait de la déchirer, et qu'ils ne faisaient qu'opposer une résistance légitime à la force qui entreprenait de détruire cette Charte octroyée. C'est un misérable sophisme, ou au moins
iino (li'plorahle illuïiion de U pfti't de ceux qui osent tenir un semitliiblc langage. Arborer le iir»[ieau de ta KévuluLion, cha!>ser du U*rrilDiru li; monarque et tuule sa Taniille, regarder comme nuls e( enliëroment abolis tou§ ses actes et tous les pouvoirs qu'il avait étnbli»; créer un monarque qui n'a d'autre titre à ce rang suprême que le vu>u du peuple, d'autre pouvoir que celui qui demande la souveraineté de ce m^mc peuple, c'est une révolution plus complète que ne l'ont été les grandis changements dont nous avons été témoins, il y a il peine dix-sept ans, lorsqu'en moins de dix-faiiit moiM nous vîmeK la première Restauration succéder à rEmpire, un nouveau règne de Napoléon abolir eelte Restauration, et céder luimême cent jouis aprf-s A nue seconde llestau ration.
LA MONARCHtK. LA RÉPUBUOLE, LE JUSTE MILIEU.
IHALOlilK tSTlli: A, II. C.
A. Ne me parlez pas de république ! je sais ce que c'osl, j*ai \*it celle d(5 iT93 : tout le mondu a pa en lire ou en entendre raconter l'i^pouvanlable histoire, et Dieu nous préserve de revoir jamais rien de pareil.
C. Vous avez raison Monsieur A., et je suis entièrement de votre avis. Seulement, je vous prie de remarquer que vous appelez république une tyrannie atroce et sanguinaire, qui, ayant duré une année à peu près, forme dans nos annales une époque unique et tout à fait à part, justement flétrie par le nom de régime de la /"e/TMir. La constitution de 1793 fut à la vérité appelée républicaine, mais les monstres qui s'emparèrent du pouvoir immédiatement après qu'elle eut été promulguée, déclarèrent en même temps qu'ils en suspendaient l'exécution, en sorte qu'eux-mêmes n'ont pas prétendu que leur gouvernement, qu'eux-mêmes appelèrent révolutionnaire, fût le moins du monde républicain. Enfin, il y a eu dans le monde tant de républiques entièrement différentes les unes des autres, depuis celles de Sparte, d'Athènes, de Rome, de Venise, etc., jusqu'à celles de Hollande et des Etats-Unis d'Amérique, que dire, comme font beaucoup de personnes: << Ne me parlez pas de république, je ne veux pas de république, » sans spécifier
vil. — fka(;mknts politiuI'Es. osi
autrement de quelle république on entend parler, c'est peut-ôtro ne pas savoir bien ce qu'on dit.
B. Fort bien, Monsieur G. : mais moi, je déclare à mon tour que je ne veux pas de monarchie, et vous, ne me dites pas que je n*cn ai pas vu, que je ne sais pas ce que c'est. Car, Dieu merci ! depuis le règne de Clovis jusqu'à celui de Charles X inclusivement, les faits et les exemples propres à nous faire apprécier à sa juste valeur ce mode de gouvernement ne nous manquent pas, et personne ne contestera que partout où il y a une monarchie, il y a une cour et des courtisans, des privilégiés, nobles, prêtres, etc., qui sont un foyer de corruption inépuisable et toujours subsistant.
C. Vous parlez de la monarchie fondée sur le droit divin ou prétendu tel. Mais celle que nous avons depuis la révolution de juillet de 1830 est tout autre chose, et notre roi, en l'acceptant comme une émanation de la souveraineté du peuple, et avec toutes ses conséquences, comme il en a fait la déclaration expresse, a parfaitement senti qu'il ne pouvait aspirer à régner comme les monarques qui l'ont précédé, ni comme aucun des rois absolus de TEurope.
B. Sans doute, mais celte vérité n a été comprise ni par les ministres qui se sont succédé depuis cette époque (à deux ou trois exceptions près), ni par la majorité des députés ni même par celle des électeurs, tels que l'Empire et la Restauration les avaient faits. Tous ces honnêtes gens, comme ils s'appellent eux-mêmes...
A. Quoi I Monsieur, croyez-vous que le plus grand nombre des députés et des électeurs de 1828 fussent des hommes de mauvaise foi, des ambitieux, des fripons ?
B. Assurément non, mais je crois qu'il y a eu parmi eux un nombre très-considérable de dupes, et un autre nombre malheureusement encore trop grand, d'hommes beaucoup plus préoccupés des intérêts de leur vanité, de leur fortune ou de leur ambition, que de l'intérêt ou même du salut de la France.
A. Et la preuve, s'il vous plaît?
B. La preuve que la majorité des électeurs était fort loin de sentir et de comprendre la situation de la France est dans la composition même de la Chambre de 1828. Car, lorsque la presse libérale, expression véritable des besoins et des sentiments du pays, eut amené le renvoi du ministère Villèle, la majorité de cette Chambre était si loin de comprendre elle-même sa mission, que l'on peut dire avec vérité que c'est sa lâcheté et sa faiblesse qui seules ont amené le ministère Polignac, encore plus menaçant, sinon plus
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hostile pour In liberté que ne l'avait été le ministère Villèle. La mnjoritè ries électeurs » donné «ne nouvelle preuve de son incapacilé à compremlre les vrais int^rfits tlu pays par la réélection, en It^flO, des fameux deux cent vingt et un, dont plus de la moitié peul-^trc auraient donné timl ati monde pour Faire disparaître leurs noms de oetUî fatale lisLe, tant ils étaient effrayés d'avoir voté une adresse où il n'y avait pourtant de remarquable que le ton d'un abject et «ervile dévouement au pouvoir. Aussi la camarilla de Charles X. composée en grande partie de prêtres, dont l'esprit était aussi vide d'idées saines et raisonnables que leur cœur l'était de sentiments honnêtes ou généreux, n'hésitn-t-clle plus il croire que le moment élaitvenu do ravir au peuple et ses droits et sa liberté. Or, Monsieur, a*tte Chambre qui a jeté le pays dans une crise si violente, était évidemment l'expression dos opinions et des sentiments delà majorité des électeurs.
A. Je vous l'accorde; mais, comme rctto majorité était aussi l'expression des opinions et des sentiments de la France, vous devez en conclure que tout ce ipie d'autres personnes désirent ou prétendeot au-delà de ce que ta Chambre a sanclioniié ou approuvé, est repoussé par la plus grande et la plus saine partie de la natiim, que toutes ces manifestions de vœux indiscrets que l'on repntduil itans cesse avec tant de violence, que l'on appuie par des déclamations forcenées dans certains journaux, ou même devant les tribunaux et les cours d'assises, et au besoin par des énioules, n'oliliennent assurément ni l'assentiment ni la sympathie de l'immense m.ijorité des citoyens.
C. En vérité, Monsieur, le peu de mots que vous venez de dire expriment si naïvement la fa(;on de parler du plus f;rand nombre des députés et des électeurs de 1858, je vous crois en même temps si honnête homme et par conséquent si sincèrement ami du bien public, que je voudrais bien pouvoir vous faire entendre en quoi votre opinion est, suivant moi du moins, fort loin de la vérilé, parce qu'elle est, comme il arrive toujours en pareil cas, un mélange de vrai et de faux. Permettez-moi donc de vous exposer Irancbemenl les raisons qui me semblent combattre cette opinion.