‹ MélangesChapitre 29 sur 269 · V. CORAY. ^ RECUEIL DE FABLES DÉSOPE · texte numérisé non relu

V. CORAY. ^ RECUEIL DE FABLES DÉSOPE

travail de M. Coray, c'est la correction qu'il a donnée à son texte, c'est le soin qu'il a pris de rapprocher du langage barbai*e des compilateurs le style des grands écrivains toutes les fois qu'ils ont traité les mêmes sujets; c'est d'avoir restitué les vers dans plusieurs fables que des copistes ignorants avaient écrites comme si c'eût été de la prose, et qui étaient restées sous cette forme dans l'édition de Florence (1).

Enfin, notre savant éditeur a donné un nouveau prix à son recueil en y joignant quelques allégories célèbres dans l'antiquité, telles que celle d'Hercule entre le Vice et la Vertu, attribuée à Prodicus de Céos, et rapportée par Xénophon ; celle de la Richesse et de la Pauvreté^ tirée du Banquet de Platon, etc. On trouve, dans la Vie dt Apollonius de Tyane par Philostrate, une fiction ingénieuse qui aurait fort bien pu entrer dans ce recueil. Apollonius, en faisant l'éloge du célèbre fabuliste, récite à ses amis un conte que sa mère, dit-il, lui avait fait, dans son enfance, au sujet d'Ésope. Nous le donnerons ici pour dédommager, s'il se peut, nos lecteurs de la sécheresse des détails dans lesquels nous avons été obligé d'entrer :

« Ésope, dans sa jeunesse, avait été berger; il faisait paître ses troupeaux dans le voisinage d'un temple consacré à Mercure , et , comme il avait un ardent amour de la sagesse , il demandait sans cesse au dieu de la lui accorder. Mais il n'était pas le seul qui désirftt cette faveur; beaucoup de gens appor-

(1) La réimpression de cette édition, faite à Leipzig en 1810, en un volume in-8^, sur très-beau papier, est de beaucoup préférable à celle de Florence, parce qu'on y trouve de plus : 1^ tout Tarticle de Msopo et aliis fabuiarum scHptoribus de la Bibliothèque grecque de Fabricius, édit. de M. Harles ; 2^ la dissertation de Bentley sur Esope ; 3^ celle de Tyrwhitt sur Babrias ; 4<> enfin celle de M. Huscbke sur ArchUoque et sur ses fables, morceau plein de goût et d*une excellente critique. U parait que c*e8t le savant M. Schœfer qui a soigné cette édition. On la trouve chez M. Fr. Schoell, libraire, ruo des Fossés-Saint-Oermaiii-rAuxerrois. En la joignant à celle de M. Coray, on aura ce qu'il y a de plus complet sur cette matière. On trouve aussi, chez le même libraire, deux petites éditions d'Ésope, également imprimées à Leipzig, qui ne contiennent que le texte grec, à l'usage des écoles, et qui ne sont que Tabrégé de Tédiiion dont nous venons de parler.

taient, dans la même vue, de riches offrandes dans le lemple; ceux-ci, de Tor ou de l'argent ; ceux-là, un caducée d'ivoire; d'autres des présents également magnifiques. Ésope cependant, à qui sa pauvreté ne permettait pas d'offrir rien d'aussi précieux, et qu'elle forçait même à ménager le peu qu'il possédait, se voyait réduit à apporter sur l'autel, avec un peu de miel, le lait qui lui fournissait une de ses brebis. Pardonne, disait-il, ô Mercure : mais quoi ! dois-je m'amuser à tresser des guirlandes, et, pendant ce temps-là, négliger le soin de mon troupeau ? Enfin arriva le jour où le dieu devait distribuer la sagesse : si Mercure préside à l'éloquence, il préside aussi au gain, et n'est pas insensible aux présents : Toi, dit-il à celui qui lui avait consacré les plus riches offrandes, je te donne la philosophie ; et toi, s'adressant à celui dont les présents lui avaient été ensuite les plus agréable, tu seras orateur; toi, astronome, dit-il à un troisième. Il accorda encore à un quatrième le talent de la musique, à un autre celui de la poésie épique, et à un autre celui de la poésie iambique. Mais lorsqu'il eut ainsi, malgré sa profonde prudence, distribué, sans le vouloir, toutes les parties de la sagesse, il se trouva qu'il avait entièrement oublié le pauvre Ésope. Alors il se ressouvînt que les Heures, lorsqu'elles le nourrissaient sur le sommet de TOlympe, et qu'elles le veillaient dans son berceau, lui avaient raconté la fable que la génisse avait dite à l'homme au sujet d'ellemême et de la terre, et que c'était ce qui lui avait dès-lors inspiré la fantaisie de dérober les bœufs d'Apollon; il accorda donc à Ésope le talent des fables. Reçois, ajouta-t-il, la dernière part qui reste dans le domaine de la sagesse, et la première instruction qui m'ait été donnée. Telle fut, ajoute Apollonius, l'origine de ces formes variées sous lesquelles se montra le génie d'Ésope, et de cet art de composer des fables, qui l'a rendu à jamais célèbre. »

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