VI. AIGNAN. — ILIADE
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V Iliade^ traduite en vers français, suivie de la comparaison des divers passages de ce poème avec les morceaux correspondants des principaux poètes hébreux, grecs, français, allemands, italiens, anglais, espagnols et portugais, par M. AiGNAN. 3 vol. in-12. A Paris, chez Giguet et Michaud, imprimeurs-libraires, rue des Bons-Enfants. 1809. {Mercure de France, juin 1809, t. XXXVI, pp. 582 et 657.)
PREMIER EXTRAIT
V Iliade est le chef-d'œuvre d'Homère;, et Homère, le plus ancien écrivain que l'on connaisse, est aussi le plus grand des poètes qui ont jamais existé.
Le plan de l'Iliade est si heureusement conçu que, lorsque le génie de l'observation, en analysant les impressions qu'il avait reçues des chefs-d'œuvre des arts, a voulu tracer les règles qui doivent présider à toute composition régulière, c'est là qu'il a trouvé le modèle de cette régularité, fondée à la fois sur les principes de la plus saine raison et sur le sentiment le plus exquis de tout ce qui peut ou plaire à l'esprit ou émouvoir le cœur. L'abondance, la variété, la magnificence des détails qui viennent enrichir ce fonds, d'une admirable simplicité, sont telles que, comme ce grand poète a dit de l'Océan, que du trésor de ses eaux sont tirées les pluies qui fertilisent la terre, les ruisseaux, les rivières, les fleuves qui l'embellissent et la décorent, on a pu dire aussi avec vérité d'Homère lui-même, que ses immortels ouvrages ont été pour tous les poètes, et même pour tous les artistes des âges postérieurs, comme une source intarissable où ils ont puisé les beautés de tout genre qui ont illustré leurs plus sublimes productions; que leur imagination
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s'esl allumée au feu de son génie; qu'en un mot, il a été comme le dieu qui les inspirait tous.
La langue dans laquelle Hpmère a écrit, a probablement été celle du peuple au milieu duquel il vivait, et prodigieusement perfectionnée par lui; mais tous les monuments deTexistenee de ce peuple contemporain ont disparu dès longtemps, c'est-à-dire depuis plus de deux mille ans, et la langue de /*/liade et de FOdyssée n'est plus que la langue d'Homère. Formée des plus heureux et des plus riches éléments, et susceptible de se pr(^ter avec une extrême facilité à toutes les compositions^ à toutes les analyses qui pouvaient la rendre propre à Texpression de l'infinie variété de nos sensations, de nos idées, de nos sentiments et de leurs nuances les plus délicates et les plus fugitives ; seule, elle a suffi pour former dans les siècles suivants quatre idiomes divers appartenant à une même langue fondamentale, ayant chacun un caractère particulier de finesse, de grâce ou de majesté, et consacrés chacun par des chefs-d'œuvre dans tous les genres de poésie et d'éloquence, qui font encore aujourd'hui l'admiration et les délices de tous les esprits cultivés, de tous les hommes capables de penser et do sentir.
Plus on médite les poèmes d'Homère, plus on s'est familiarisé avec son langage, plus on se sent en quelque sorte confondu par l'éclat et par la grandeur de son génie. Aussi, chez tous les peuples de l'Europe qui ont une littérature, les ouvrages de ce grand poète, et particulièrement l'Iliade, ont-ils été traduits en vers. Quelques nations même, comme les Italiens et les Allemands, en possèdent jusqu'à deux traductions estimées, et l'on sait que les Anglais comptent celle de Pope parmi les belles productions de leur langue. C'est dans la France seule, illustrée par tant d'immortels ouvrages, en prose et en vers, et dont la littérature tient le premier rang entre celles des peuples modernes, que le premier et le plus sublime de tous les poètes n'a point encore trouvé d'interprète digne de lui. Cette réflexion, qui s'est présentée à M. Aignan, lui a