‹ MélangesChapitre 3 sur 269 · X AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

X AVERTISSEMENT

opinions. Il pensait avec Cabanis que la distinction entre la nature physique et la nature morale « s*évanouit devant un examen plus approfondi, » que la nature morale a, comme la nature physique, a ses lois nécessaires et invariables, » que, « si Ton est parvenu à connaître quelques-unes des lois qui régissent le monde physique au point de prévoir et de déterminer avec certitude quelques-unes des révolutions et des modifications ou altérations auxquelles il peut être exposé, » il n*est pas interdit « d*aspirer à prévoir en partie et à préparer les révolutions qui peuvent avoir lieu dans un autre ordre de choses, qui nous touche de beaucoup plus près et sur lequel nos moyens d'action sont beaucoup plus directs (i). » 11 admettait avec Tracy que la vraie métaphysique devait « renoncer à toutes les questions abstraites, à tous les sujets d'une vainc et ambitieuse curiosité, qui l'avaient occupée autrefois (â), » pour se renfermer dans « l'analyse des facultés de Tcntendement ou la science de l'origine et de la génération de nos idées (3), » en un mot dans Vidéologiey qui est « la méthode générale des sciences (4). » Il était même convaincu que « c'était aux progrès que plusieurs écrivains d'un mérite éminent avaient fait faire à la véritable et saine métaphysique, que nous devons la supériorité que nous avons obtenue sur les nations voisines, dans plusieurs genres de sciences ou d'arts en apparence fort étrangers aux spéculations dont elle s'occupe (5).» Il distinguait, «dans le vaste ensemble des phénomènes de l'univers et de leurs causes, » deux parties, « l'une, qui a été ou qui peut être déterminée d'une manière nette et précise, par la simple raison, » et qui « compose la science purement humaine, » Tautre, « infinie et sans limites..., abîme sans fond, où se perd et s'anéantit Tintelligence de l'homme, » qui « sera, si l'on veut, le domaine de la science théologique, » où « le sentiment sert de guide (6). » f( Depuis Aristote jusqu'à Locke, et l'on pourrait même dire jusqu'à Ck>ndillac, tout ce qui a été écrit sur la métaphysique la logique» l'analyse des sensations et des idées, n'a été, à proprement parler, que de la grammaire générale; c'est-à-dire que ces philosophes n'ont fait la plupart du temps qu'analyser les mots et

(1) Pages 972-273.

(2) Page 352.

(3) Page 282.

(4) Page 274.

(5) Pages 332-353.

(6) Page 276.

AVERTISSEMENT. xi

déterminer avec plus ou moins de succès, le nombre et la nature des idées qui y sont attachées (i). » Pour Thurot, comme pour Destutt-Tracy, la grammaire était une partie intégrante de la philosophie, « la suite de la science des idées, la théorie de leur expression (2). » Enfin il admettait d^abord avec ses contemporains que la morale doit être fondée « sur la base inébranlable de Tintérêt personnel bien entendu (3); » et il n'était pas conduit par la métaphysique de la sensation à cette conséquence qui, quoi qu'on en ait dit, n'en dérive pas nécessairement ni même naturellement; il obéissait à la préoccupation de donner à la morale « un degré d'évidence si sensible, si palpable, pour ainsi dire, que les esprits les plus simples puissent la saisir, et apprécier, d'après des règles invariables, leurs devoirs envers leurs semblables, et ce qu'ils ont droit d'en exiger; » il lui semblait «évident, qu'en attachant les idées de la morale à des systèmes absurdes de théologie, ou à des opinions d'une métaphysique subtile et obscure, on les met à la merci du premier sophiste qui entreprendra de les détruire (4), » Cette philosophie était vivement attaquée dans les premières années du siècle. « Un cri presque général de proscription s'élevait contre la philosophie et les philosophes (5). » A la fureur de tout détruire, disait Tracy (6), a succédé la manie de ne rien laisser s'établir, et, sous prétexte de haïr les écarts de la révolution, on déclare la guerre à tout ce qu'elle a produit de bon. «On entend déclamer de toutes parts avec une sorte de fureur, contre la métaphysique, et en général contre la philosophie (7). » Napoléon essaya de faire tourner au profit de son pouvoir ce mouvement de l'opinion ; « les déclamateurs à gages » qu'il avait chargés de rédiger

(i) Page 252.

(2) Page 298. Dans le discours préliminaire sur l'Hermès, « la grammaire générale et philosophique » esi considérée comme le terme des progrès de la science (p. 537 et p. 549). L'expression de grammaire comparée se rencontre pourtant déjà employée en trois passages, page 529, dans une acception qui n*est pas nettement déterminée; page 54 i, pour désigner l'étude de la langue française comparée à elle-même dans son histoire ; page 551, à propos de l'étude comparée de la conjugaison en grec, en latin, en français, en italien, en espagnol et en allemand. Il est question aussi, pages 556-557, de la comparaison dans la recherche des étymologies.

(3) Page 574.

(4) Page 574.

(6) Dans la préface de son Projet d'éléments d'idéologie, citée page 282.

(7) Page 353. Voir encore pages 275, 457, 580 (note 1).

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