‹ MélangesChapitre 33 sur 269 · VI. AIGNAN. — ILIADE · texte numérisé non relu

VI. AIGNAN. — ILIADE

Et celle idée élait d'autant plus nécessaire à conserver que le poète veut déjà faire entendre par là que la volonté expresse du maître des Dieux était que les Grecs éprouvassent, pendant l'absence d'Achille, des revers qui les forçassent à réparer l'outrage fait à ce héros. Les trois vers suivants s'éloignent aussi beaucoup trop du texte, et ont quelque chose de vague, qui ne nuit pas moins à l'intérêt qu'à la clarté : Quel céleste coun'otix^ etc.y ne signifie pas : « Quel fut celui des dieux, etc. « Ces mots, le courroux céleste, présentent, en français, une idée très-précise et très-déterminée, en sorte qu'on ne peut pas dire : Quel céleste courroux. Enfin le dernier vers :

Du Simoîs vengé dépeupla les rivages,

manque tout à fait de clarté. Les habitants des rivages du Simoîs étaient proprement les Troyens, et assurément Homère ne dit point qu'ils furent victimes de la contagion. On trouvera dans les remarques sur ce chant la traduction du même morceau attribuée à M. Lebrun, et l'on sera forcé de convenir qu'il y a tout à la fois plus de poésie et plus de fidélité.

J'avoue que celle de M. Cabanis me parait aussi préférable ; la voici :

Chante, fille du ciel, la colère d*Achille,

Funeste à tous les Grecs, en douleurs si fertile.

Qui, de tant de héros, frappés avant le temps.

Envoya chez Piuton les mânes palpitants,

Tandis que leurs déhris, jetés à l'aventure, ^

Des chiens et des vautours devenaient la pâture ;

Ainsi fut accompli Tarrét du roi des Dieux,

Quand Taveugle fureur d'un débat orgueilleux

Enflamma tout à coup d'une haine homicide

Achille, fils des Dieux, et le puissant Atride.

Qui divisa ces rois ? brillant dieu de Délos,

Ce fut toi qui, t'armant de sombres javelots.

Du crime de son chef punis la Grèce entière ;

Des refus inhumains, une menace altière

Avaient de ton ministre insulté les douleurs,

Quand, tenant dans ses mains tes bandeaux protecteurs.

Ton sceptre redoutable, il vint des fils d'Atrée

Racheter à grand prix une fille adorée*

no MÉLANGES DE FEU FRANÇOIS THUROT.

Dans le troisièmo chaut, Homère nous présente une scëne d'un intérêt touchant et dont le charme et la grâce reposent délicieusement Timagination fatiguée de Tappareil de la guerre et du bruit des combats. Hélène, sur les remparts de Troie fait connaître à Priam les chefs de Tannée ennemie, qui paraissent dans la plaine. Je mettrai d'abord sous les yeux du lecteur la traduction de M. Aignan, puis celle de M. Cabanis :

Vers les remparts de Scée elle a porté ses pas.

Là, des lois de Blinen'e augustes interprètes,

Discouraient et Priam et Cl}'tus et Thymètes,

PanthoOs, Antt;nor, Lampus, Icétaon

Ht Tanii de son roi, le noble IJcalégon.

La lice des combats à leur Age est fermée ;

Mais, par leurs faibles voix la sagesse exprimée

Parle en accents pressés, pareils aux légers sons

De la maigre cigale annonçant les moissons.

Vers les vieillards, Hélène avec trouble s*avancc ;

lis admirent tout bas sa beauté, sa décence :

« Non, disent-ils entre eux, ne nous étonnons plus

« De tant de flots de sang pour elle répandus (1),

« Voilà le port brillant, les traits d'une déesse ;

<( Cependant qu'on la rende aux peuples de la Grèce;

i< Qu'elle parte ; éloignons ces attraits dangereux,

« Qui perdraient avec nous nos enfants malheureux. »

Voici la traduction de M. Cabanis :

Mais autour de Priam assis sur les murailles.

Des chefs, jadis fameux dans le champ des batailles.

Prévoyaient, préparaient les destins d'Uion.

Là sont Paiithus, Lampus, Thyméte, Icétaon,

(^litius, éprouvé dans de longues traverses,

Anténor, qui vainquit ses fortunes diverses.

Le nol)Ic Ucalégon, ce rejeton de Mars.

Plus jeunes, ils cherchaient, ils bravaient les hasards;

Aujourd'hui que le temps les livre à la vieillesse.

En tribut à TÉtat ils olfrent leur sagesse.

(I) Ces c'Xjiressions sont évidemment trop fortes, et peu convenables pour des vieillards sensé» et calmes, tels qifils sont représentés ici. Homère dit simplement : « On ne doit pas trop s'indigner (ou s*étonner) que les Grecs et IfS Troyens supportent de si longs travaux pour une telle fomme. »

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