‹ MélangesChapitre 36 sur 269 · VI. AIGNAN. — ILIADE. Ho · texte numérisé non relu

VI. AIGNAN. — ILIADE. Ho

Y Iliade, et que rien ue peut même faire soupçonner dans tout ce qui nous reste de lui ! Les deux vers suivants :

Hector, iu ne lis plus ^ au milieu des combats. Sur mon casque ondoyant Vcanrét de ton trépas,

donnent lieu à des observations du même genre ; car d'abord il est très-douteux que Técriture fût connue dans TAsie au temps d'Hector, ou du moins que Tusage en fût familier à cette époque au point qu'on écrivît les décisions des juges ou des tribunaux, et bien certainement rien ne porte à le croire.

Lorsqu'il est question du sommeil de quelque héros, ou de quelque dieu, M. Aignan ne manque guère de représenter Morphée lui versant ses pavots. Mais quoique Homère ait personnifié le sommeil, le nom de Morphée ne se trouve pas une seule fois dans ses poèmes, et dans les seuls endroits do Y Iliade où il parle du pavot, il compare des guerriers mourants à cette fleur qui tombe surchargée de rosée ou coupée par le fer. La sphère étoilée, pour désigner le séjour des dieux, ce globe malheureuXy pour désigner la terre, sont encore des expressions que le texte d'Homère, et l'ensemble. des notions que nous donnent ses ouvrages, ne sauraient autoriser, et dont il me semble par conséquent que le nouveau traducteur n'aurait pas dû se servir. C'est pécher, en quelque sorte, contre le costume.

Une faute qui serait plus grave, parce qu'elle donnerait une notion tout à fait contraire à la vérité historique, mais qui n'est sans doute qu'une distraction du traducteur, c'est que dans deux endroits [tome II, page ilO, et tome III, page 355), il nomme les Grecs enfants d'Héle'nus, J'avoue que je no saurais deviner quel est cet Hélénus dont les Grecs seraient descendus; il n'est question dans Y Iliade et dans tous les écrivains qui ont traité de cette époque reculée do l'histoire ancienne, ([ue d'un Hélénus troyen, fils de Priam, habile dans l'art de la divination, et que Virgile, au troisième livre de YÉnéidey nous représente comme ayant succédé à Pyrrhus dans le royaume d'Epirc,

et comme devenu Tépoux d'Andromaque. Il faut donc croire que c*est d'Hellen, fils de Deucalion, que le traducteur a voulu parler.

La fidélité, qui est le premier devoir dans ce genre d'ouvrages, soufTre toujours quelque atteinte du peu de soin qu^on met à reproduire les formes propres de Toriginal, auxquelles on en substitue d'autres qui lui sont plus éti*angères; c'est encore une des causes qui contribuent à donner à la nouvelle traduction une physionomie, si Ton peut s'exprimer ainsi, différente de celle d'Homère. Ce poète, par exemple, ne fait presque jamais parler ses personnages d'eux-mêmes comme d'une troisième personne, et M. Aignan a très-fréquemment employé cette forme d'expression. Lorsque Homère fait dire à Agamem- Don : « Nous nous sommes portés, Achille et moi, à de violents débats, à des discours outrageants au sujet d'une jeune fille, et c'est moi qui ai commencé à montrer de la colère; mais si nous nous réunissons pour les mêmes desseins, le malheur des Troyens ne pourra être retardé d'un seul instant. »

M. Aignan traduit ainsi :

Offensé par Atride, Achille se repose; De moi, de mes destins, il sépare sa cause; Divorces malheureux qu'une femme a produits, Cessez, et d'Ilion les murs seront détruits.

On sent qu'il n'y a là ni la clarté ni le naturel du poète grec; et si ces apostrophes soudaines se répètent souvent dans la traduction, tandis qu'Homère les emploie très-rarement, si ce style indirect, qui n'est presque jamais celui d'Homère, est très-fréquemment employé par son traducteur, les impressions produites par ce dernier finiront par être assez différentes de celles que produit la lecture de son modèle.

Je m'arrêterai peu sur les détails du style; celui de M. Aignan est en général correct et poétique, comme je l'ai déjà dit : j'observerai seulement qu'il a péché quelquefois contre Tune des principales règles du style figuré ou métaphorique. On sait

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