VIL CLAVIER. — BIBLIOTHÈQUE D'APOLLODORE
la philosophie sous Panaîlius, et la grammaire sous le célèbre Aristarque. Il s*étail acquis une si grande réputation, que les Amphictyons lui décernèrent les honneurs publics. Il avait fait un très-grand nombre d'ouvrages, dont les principaux étaient un traité sur les Dieux, en vingt livres au moins ; un commentaire en douze livres sur le catalogue des vaisseaux d'Homère, et une chronique en vers iambiques. « Quant à celui dont je donne la traduction, continue M. Clavier, est-il réellement de lui? Quelques savants en ont douté, et ce doute est fondé sur le silence des anciens, qui ont souvent cité les autres ouvrages d'ApoUodore, mais qui n'ont jamais parlé de celui-ci. Ce silence ne serait qu'une preuve négative; mais elle acquiert beaucoup de force lorsqu'on considère le grand nombre do fautes dont cet ouvrage est rempli, fautes qu'on ne peut attribuer à un grammairien aussi savant que Tétait Apollodore. >*
Tannegui Lefèvre supposait que l'ouvrage que nous avons aujoud'hui n'était qu'un abrégé de celui de ce célèbre grammairien; mais M. Clavier est même porté à croire qu' Apollodore n'avait fait aucun ouvrage qui portât le nom de Bibliothèque, et que celui que nous avons n'est autre chose qu'un extrait de ceux qu'il avait faits sur la mythologie et l'histoire héroïque. Il fonde sa conjecture sur un passage d'Etienne do Byzance, Apollodore, oit celui qui a abréijé ses ouvrages (5/epkan. fragm. de tirhib, au mot Dyme), Ce qui prouverait qu'en effet il en existait déjà un abrégé à cette époque, c'est-à-dire, vers la fin du v* siècle, et c'est probablement à cet abrégé qu'on a donné le nom de Bibliothèque.
Le savant éditeur confirme encore cette conjecture par la considération du style même do l'ouvrage qu'il a traduit ; il est tellement rempli d'expressions poétiques, qu'on y reconnaît à chaque instant disjecti memhra poëtœ. « Cela vient sans doute, dit M. Clavier, de ce que l'a:: tour original avait rapporté les passages mêmes des poètes dont il s'autorisait, comme l'a fait Athénée, et comme l'avait fait Etienne de Byzance, à en juger par l'article Dodone et quelques autres qui sont restés en entier.
L'abréviatcur n'a pas conservé les vers, mais il ne s*est pas donné la peine d'en changer les expressions, etc. »
Mais, soit qu^on regarde le livre intitulé : Bibliothèque d'Apollodore comme Tabrégé d'un seul ouvrage oa de plusieurs traités du même auteur, il n'en est pas moins important par le grand nombre de fails qu'il renferme, et dont il y en a beaucoup qu'on ne trouve que dans ce livre, ce qui le rend absolument nécessaire pour l'intelligence des poètes et des monuments antiques. Et quand on songe aux sources précieuses dans lesquelles l'auteur avait puisé ; qu il avait sous les yeux les poètes cycliques et les premiers écrivains en prose, tels que Phérécyde, Hellanicus, Acusilas, Hécatée de Milet, etc., on ne saurait trop regretter que son abrévialeur ait mis quelquefois si peu de soin dans ses extraits, et que, négligeant les traditions anciennes, il se soit si souvent contenté de rapporter uniquement celles qui pouvaient servir à expliquer les auteurs qu'on lisait le plus de son temps, c est-à-dire les poètes tragiques, qui ont précisément été de tous les écrivains ceux qui ont le plus défiguré les faits et les traditions les plus généralement reçues, dans le dessein de flatter la vanité ou les haines des Athéniens, pour l'amusement desquels ils écrivaient, et dont le jugement devait décider du sort de leurs ouvrages.
M. Clavier s'est attaché à suppléer autant qu'il a pu aux défauts de l'ouvrage sur lequel il a travaillé : il a tiré des fragments qui nous restent des plus anciens écrivains des documents plus authentiques et plus complets. Ces anciens écrivains peuvent être partagés en trois classes distinctes, les auteurs des Théogonies, des Titanomachies et des Gigantomachics, qui sans doute avaient recueiUi beaucoup de traditions sur l'origine des peuples de la Grèce, mais dont les ouvrages n'existent plus: ceux des poèmes historiques, dont M. Clavier donne dans sa préface une liste assez étendue, et qui tous ont été perdus, à l'exception de V Iliade et de V Odyssée, enfin les poètes tragiques dont nous avons parlé tout à Theure.
Telles étaient les sources où avaient puisé les plus anciens