VIU. CLAVIER. — HIST. DES PREMIERS TEMPS DE LA GRÈCE
Histoire des premiers temps de la Grèce y depuis Inachtis jusqu'à la chute des PisistratideSy pour servir d'introduction à tous les ouvrages qui ont paru sur ce sujet, avec des tableaux généalogiques des principales familles de la Grèce; par M. Clavier, juge en la cour de justice criminelle séante à Paris. Deux volumes iu-8°. — A Paris. dmzLéopold Collin^ libraire, rue Gilles -Cœur. 1809. {Mcnure de France, décembre 1809, t. XXXIX, p. 272.)
Il y a peu de sujets qui. soient enveloppés d'autant d'obscurité que l'histoire des premiers temps de la Grèce, non-seulement par le défaut des monuments authentiques dont un grand nombre ont été détruits par le temps, mais plus encore par le peu d'uniformité ou même par l'opposition qu'on observe entre les témoignages que l'on est forcé de comparer entre eux pour en tirer quelque lumière satisfaisante. Cependant telle est la pente naturelle, et en quelque sorte irrésistible, de l'esprit humain, qu'il éprouve comme un malaise et une espèce de faligue insupportable, tant qu il n'est pas parvenu à lier par une chaîne non interrompue ses idées ou ses connaissances, sur les sujets auxquels il s'applique ; et ce besoin, qui semble tenir à la nature même de notre intelligence, a été la source des plus nobles découvertes comme des plus déplorables erreurs. En effet, si c*est à cette cause qu'il faut attribuer le nombre presque infini des systèmes insensés et ridicules qu'ont enfantés dans tous les siècles des esprits faux, et le nombre non moins grand peut-être des doctrines funestes, des préjugés absurdes qu'ont propagés dans tous les temps des esprits pervers, c'est à elle auissi qu'il faut attribuer les vérités utiles que le génie de l'observation, aidé d'un travail opiniâtre et d'une patience sans bornes, a su révéler aux hommes.
Dans Tétat présont de nos connaissances sur rhistoire du globe que nous habitons, les Grecs paraissent, après les Juifs, le peuple sur Texistence et sur les transactions duquel nous ayons les documents les plus authentiques et les plus suivis. Comme nous ne savons, des révolutions des anciens empires de rOrient et même de TÉgypte, que ce que nous en disent les livres juifs, assez peu d'accord avec Hérodote et Diodore de Sicile, qui ne s'accordent pas davantage entre eux, il est bien évident que nous n avons sur cette partie de Thistoire des hommes que des notioirs aussi bornées que peu certaines. Peut-être obtiondra-t-on quelque jour des lumières plus satisfaisantes des savantes recherches que la Société anglaise de Calcutta fait, au sein même de Tlnde, sur l'histoire de ces vastes contrées; mais jusqu'ici la Grèce.est, comme nous venons de le dire, le pays qui nous offre la suite la plus régulière des monuments historiques qui aient quelque authenticité. Malheureusement ceux qui portent ce caractère ne remontent guère plus haut que le commencement des Olympiades, c'est-à-dire, huit siècles environ avant l'ère vulgaire. Les temps antérieurs à cette époque, et qui comprennent les dix ou onze siècles qui s'étaient écoulés depuis la fondation des premiers royaumes eu Grèce, avaient été désignés par Varron, le plus savant des Romains, sous le nom de temps mythologiques ou fabuleux; et Ton voit, par ce que dit à ce sujet Thucydide dans le début de son ouvrage, que les Grecs eux-mêmes n'avaient que des notions très-vagues sur l'histoire de toute cette période.
Il paraîtra donc surprenant, comme le remarque M. Clavier lui-même, que, privé de la plus grande partie des sources où les anciens pouvaient puiser, il ait osé entreprendre d'éclaircir ce qui leur paraissait d'une obscurité presque impénétrable; car c'est précisément l'histoire des temps mythologiques qui est l'objet de son ouvrage; il s'est proposé, en remontant jusqu'à l'arrivée des premières colonies orientales dans le Péloponnèse, de les suivre dans les divers établissements qu'elles firent sur presque toutes les côtes de la Méditerranée, dans la plupart des