VIII. CLAVIER. — HIST. DES PREMIERS TEMPS DE lA GRÈCE
lies, et même dans rintérieur des terres, comme un sujet propre à fixer l'attention de ceux qui aiment à rechercher par quelle suite d^efTorts, par quels degrés presque insensibles, rhomme partant de Tétat sauvage, et pour ainsi dire brut, où la nature semble l'avoir jeté sur cette terre, s'est élevé à ce haut degré de perfectionnement, à ce point extraordinaire de développement de toutes ses facultés où nous le présentent les sociétés civilisées.
Mais, pour qu'on ne l'accuse pas de témérité dans une entreprise qui parait au premier abord d'une difficulté insurmontable, il s'attache à rechercher les causes de l'obscurité dont ce sujet est enveloppé, et fait voir que cette obscurité vient beaucoup moins de la disette des monuments que du peu d'intérêt que les Grecs prenaient à l'histoire de ces premiers temps, et surtout du défaut de critique de la plupart des écrivains anciens; il observe ensuite que, bien que nous ayons perdu un grand nombre d^ouvrages originaux, nous avons conservé la plupart des traditions qu*ils contenaient. « En effet, dit M. Clavier, les poètes cycliques que nous avons perdus, mais dont il nous reste beaucoup de fragments, étaient contemporains d'Homère, ou ont vécu peu de temps après lui. Ces poètes, dont les principaux sont Hésiode, Créophyle de Samos, Arctiuus de Milet, Stasinus de Chypre, Leschès, Pisandre de Camire, avaient traité de presque toutes les parties de l'histoire des temps héroïques, et c'est d'eux que les premiers histoi*iens avaient tiré les généalogies sur lesquelles ils se fondaient. Il y a eu, depuis Hérodote jusqu'à nos jours, une foule innombrable d'écrivains qui se sont tous cités successivement, ce qui ne laisse aucun doute sur leurs époques respectives : et nous pouvons, d'après leurs ouvrages, établir une suite non interrompue de générations depuis Inachus, l'un des derniers rois Héraclides de Lacédémone ; nous connaissons même ce qui s'est passé de plus important à chaque époque. »
Depuis la renaisssance des lettres, les savants les plus distingués des divers pays de TEurope où elles sont cultivées.
ont lente, avec plus ou moins de succès, d'éclaircir l'origine des nations de la Grèce ; et en France MM. Geinoz, de la Nauze, Gibert et Belley, de Tancienne Académie des inscriptions et belles-lettres, ont enricbi le recueil des mémoires de cette compagnie savante de plusieurs dissertations intéressantes sur ce sujet. Court de Gébelin, dans son grand ouvrage intitulé : Le monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne, a aussi osé aborder cette question, et ce qui avait paru à ses devanders d'une extrême difficulté lui parait, à lui, la chose la plus simple et la plus facile. Je dirai un mot de son système, afin qu'on voie combien il est aisé, avec beaucoup d'esprit, de talent et de connaissances, de tomber dans des erreurs ridicules quand on se préoccupe poui* les opinions ou les doctrines même les plus respectables, au point de ne savoir plus discerner les cas où elles sont applicables de ceux où elles ne peuvent nullement s'appliquer.
En effet, Court de Gébelin, après avoir analysé avec autant de clarté que de sagacité les opinions des savants académiciens que j'ai nommés tout à l'heure, après avoir montré qu'on ne peut presque en tirer aucun résultat satisfaisant, en vient à l'exposition de ses propres idées, qu'il appelle vrai système de l'origine des Grecs, Selon lui, Moïse avait tracé dfe main de înaître la première carte de géographie qui ait jamais existé, et voici comment : en faisant la généalogie des enfants de Noé, Moïse nous dit que Japhet ou Japet, un des fils de ce patriarche, eut lui-même sept fils; que le quatrième s'appelait Jon ou Javan; et que celui-ci fut père à'Élisa, Tharsis ou plutôt Thrasis, Ketim et Dodanwi, Or, qui ne voit que Tharsis donna son nom à la Thrace, que Kélim donna le sien à la Macédoine et à la contrée des Gèles au nord de ce royaume, que Dodanim fut le père des Doriens qui habitaient le pays situé entre la Macédoine et le Péloponnèse ; et qu'enfin Elisa s'établit dans le Péloponnèse même, dont une contrée avait conservé le nom d'Elis ou Llide? « Un accord aussi parfait entre les quatre grandes divisions de la Pélasgic et les quatre fils d'Ion, pour-