VIII. CLAVIER. — HIST. DES PREMIERS TEMPS DE LA GRÈCE
suit notre auteur, démontre la vérité do ce que j'avance, et que Moïse avait d'excellents mémoires sur ce pays et sur sa population. »
Et tout ce raisonnement parait au bon Court de Gébelin aussi incontestable qu'il paraîtra absurde à tous les lecteurs sensés. On devine bien que la méthode de M. Clavier, qui a soigneusement approfondi son sujet, n'est ni aussi expéditivo, ni aussi cavalière, si l'on peut s'exprimer ainsi ; non seulement il ne croit point que la partie géographique de la Bible, dont il est peut-être assez difficile de se faire des idées bien nettes,doive être considérée comme un article de foi ; mais il pense même qu'on n*est point obligé d'adopter sans examen la chronologie des livres juifs; car il ne s'agit ici ni de morale, ni de dogme, mais de nombres qui peuvent avoir été altérés, et qui l'ont été effectivement, puisque des chronologistes trèsorthodoxes ont varié de près de deux mille ans sur l'époque de la création du monde. En effet, le père Petau ne la porte qu'à l'an 3983 avant notre ère, et D. Pezron, savant bénédictin, l'a reculée jusqu'à l'an 5868, sans qu'on l'ait accusé d'hérésie. On peut donc bien, ajoute M. Clavier, la reculer encore davantage sans offenser en rien la religion. Ajoutons que l'un des plus illustres érudits de notre temps, M. Larcher, à qui nous devons une excellente traduction d'Hérodote, accompagnée du commentaire le plus savant et le plus complet qui ait jamais été fait sur cet écrivain, malgré le profond respect et la croyance implicite dont il fait partout profession pour tout ce qui est contenu dans les livres hébreux, déclare que si, par un vain scrupule, il avait adopté la chronologie de ces livres, au lieu du système d'Hérodote sur les Égyptiens, les Tyriens, etc., système qui d'ailleurs est moins celui de l'historien grec que celui de ces différents peuples, ses lecteurs auraient été arrêtés à chaque pas, ce qui confiime pleinement l'opinion de M. Clavier à cet égard.
Mais il est temps de faire connaître plus en détail l'ouvrage de ce dernier écrivain, et de donner au lecteur une idée de ce
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qu'il y trouvera d'utile ou d'intéressant. « Pour déterminer d'une manière un pou sûre la date du commencement des traditions historiques dans chaque nation , il faut partir d'une époque historique constante et commune à ces nations. Telle peut être pour les Grecs l'époque de la guerre de Troie, à laquelle tous les peuples de la Grèce eurent part. La généalogie des différents chefs qui la commandaient, prise, en remontant d*àge en âge, nous conduira jusqu'à un temps où nous ne trouverons plus que des générations absolument poétiques, *des njnfnphes filles d'un fleuve, des hommes nés du commerce d'un dieu avec une femme mortelle, dont la famille sera inconnue, ou ne se trouvera que dans les critiques des siècles postérieurs à Alexandre. Alors nous regarderons cette époque comme celle du commencement de cette famille ; tout ce qui l'a précédée en sera le temps fabuleux et inconnu. La généalogie d'Achille, par exemple, remontera par son père Pelée jusqu'à ^acus, souverain de l'île d'JEgine; mais cet iEacus étant le fruit des amours de Jupiter et d'une nymphe fille du fleuve Asopus, ce sera un homme nouveau dont les ancêtres étaient inconnus, et nous fixerons à la troisième génération avant la guerre de Troie le temps auquel l'île d'JEgine a été habitée, ou du moins celui auquel ses habitants auront commencé à former une cité. Il semble qu'une méthode aussi simple et aussi sûre aurait dû être suivie par tous les critiques; cependant elle n'a jamais été employée. L'ouvrage de Saumaise^ De lingua hellenistica, et le commentaire de Prideaux sur les marbres d'Arondel, montrent dans quel embarras deux savants hommes se sont jetés pour ne l'avoir pas suivie, et pour avoir supposé que la durée des temps héroïques avait été la même pour tous les peuples de la Grèce. »
Telles sont les vues qui ont guidé l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons; elles sont tirées d'un travail inédit du savant Fréret, que l'on regarde ajuste titre comme celui de nos écrivains qui a porté le plus de sagacité, do justesse et de profondeur d'esprit dans la critique historique ; cet écrit intitulé :