VIII. CLAVIER. — HIST. DES PREMIERS TEMPS DE LA GRÈCE
Observations générales siir l'ancienne Histoire des premiers habi-tants de la G^^ce, et qui doit paraître dans les derniers volumes des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres {i), avait été communiqué à M. Clavier par feu M. de Sainte- Croix. Mais, pour s'engager dans une route aussi hérissée d'obstacles et de difficultés de toute espèce, il fallait toute Térudition et toute la rectitude de jugement dont le même auteur a donné des preuves signalées dans son travail sur ApoUodore, qui lui-même n'est qu'une suite ou une partie des profondes et savantes recherches dont il s'est occupé depuis un grand nombre d'années, en préparant la traduction et le commentaire de Pausanias, qu'il est sur le point de publier (2). Pour entreprendre de remonter ainsi à l'origine des différents peuples, par la suite ^es générations des principales familles dépositaires de l'autorité souveraine, pour tracer rhistoire de leurs expéditions, de leurs migrations, de leurs alliances, de leurs traités, des établissements nombreux qu'ils avaient formés dans des lieux différents et à des époques diverses, il fallait avoir lu avec attention non seulement tous les principaux auteurs, mais cette foule de scholiastes, de commentateurs, de grammairiens, qui, parmi un nombre infini d'inutilités, de pensées ou d'opinions absurdes ou ridicules, nous ont néanmoins conservé des restes précieux des écrits que nous n'avons plus, soit en les citant textuellement, soit en nous en donnant l'analyse ou la substance ; il fallait recueillir, comparer et discuter avec intelligence tant de témoignages, trop souvent obscurs ou contradictoires, et à l'aide d'une critique lumineuse en tirer les résultats qui présentaient, sinon un
(1) [Le mémoire de Fréret intitulé : Obsetwations génét*ales sur Corigine et Vaneienne histoire des premiers habitants de la Grèce a été publié dans le recueil des mémoires de TAcadémie des Inscriptions, tome XLVIL]
(2) Le prospectus de cette édition proposée par souscription a paru il y a déjà assez longtemps; Touvrage doit s'imprimer chez M. Firmin Didot; et Ton ne peut que regretter vivement qu'une entreprise aussi utile et qui ferait même honneur à notre littérature, devenue si pauvre eu ce genre, n*obtieune pas plus d'encouragements. [L'e premier voltune n'a paru qu'en 1814.]
caractère d'évidence absolument satisfaisante, au moins le plus haut degré de vraisemblance, et c'est ce que M. Clavier paraît avoir fait avec assez de succès pour qu'on doive lui savoir infiniment de gré de son entreprise. C'est par cette patience laborieuse, par cette suite d'efforts continuels et toujours dirigés vers un même but^ qu'il est parvenu à tracer des tables généalogiques des principales familles qui ont régné dans la Grèce. Ces tables, aunombre de onze , présentent la suite non interrompue de tous les personnages dont les noms figurent dans les antiques annales du premier peuple véritablement civilisé dont nous ayons connaissance sur ce globe; car les grandes nations de l'Asie ayant été de tout temps soumises à des gouvernements despotiques, et l'Egypte, à l'époque où elle fut la plus florissante, paraissant avoir été «asservie à un gouvernement théocratique, tous ces peuples n'ont jamais pu qu'être plus ou moins barbares.
Tel a donc été l'objet du travail de M. Clavier, de découvrir et de nous faire connaître, autant qu'il était possible de le faire, d'après les monuments qui nous restent encore, les rapports qu'eurent entre elles les différentes familles dont il nous trace la filiation ; en sorte que ces généalogies se servissent, pour ainsi dire, réciproquement d'appui, et se prêtassent toutes une lumière mutuelle.
On sent assez qu'un livre de ce genre est peu susceptible d'extraits, et que les deux volumes qui le composent n'offrant, à peu de chose près, que la discussion des faits et des autorités sur lesquelles Fauteur se fonde pour établir ses opinions, la lecture peut même en paraître aride et fatigante. Mais le soin qu'a pris l'auteur de citer scrupuleusement les textes des nombreux ouvrages qu'il a lus ou consultés, et d'indiquer exactement les passages dont il s'appuie, fait de son livre un véritable trésor d'érudition sur cette matière, et l'index extrêmement étendu par lequel l'ouvrage est terminé donne au lecteur la facilité de disposer à l'instant de toutes ces richesses sui* le sujet particulier de ses recherches, lorsqu'on a besoin d'éclair-