VIII. CLAVIER. — HIST. DES PREMIERS TEMPS DE LA GRÈCE
cissement sur tel ou tel objet qui peut Farrêter dans la lecture des écrivains grecs, poètes, orateurs ou historiens, etc. On peut dire avec vérité que ce nouveau livre de M. Clavier, avec son édition d'ApoUodore et les deux tables des matières jointes à ces deux ouvrages, composent, dans leur ensemble, le dictionnaire mythologique le plus savant qui existe, en même temps qu*il a, par-dessus tous les autres écrits de ce genre, Tavantage inappréciable d'indiquer avec la plus scrupuleuse exactitude les sources où Ton peut, à son gré, ou puiser une doctrine plus étendue que celle que vous offre Fauteur, ou recourir pour s'assurer de la vérité des résultats qu'il vous présente ; car il est aisé de prévoir que dans un sujet comme celui qu'il a entrepris de traiter, il a été plus d'une fois forcé de hasarder des suppositions ou des conjectures, qui sont nécessairement susceptibles d'être plus ou moins contestés. C'était un inconvénient inévitable; mais la totalité du système tenant à un grand ensemble de vues et de faits, il est évident aussi qu'il n'y a que les savants qui ont acquis une érudition aussi étendue que celle de M. Clavier, et qui ont autant que lui médité sur ces matières, qui puissent, ou combattre avec avantage, ou confirmer par de nouvelles preuves plusieurs parties de détail sur lesquelles il reste encore beaucoup d'incertitude, ou quelques points essentiels du système de l'auteur, sur lesquels son opinion diffère de celles qu'ont émises d'autres savants égalemQntrecommandables. M. Clavier reconnaît lui-même qu'il reste encore beaucoup de choses à éclaircir dans le sujet qu'il a traité ; il se flatte seulement d'avoir marché dans une route plus exacte, d'avoir suivi un système plus conforme à la saine raison, et d'avoir lié, avec plus de justesse qu'on ne l'avait fait avant lui, un plus vaste ensemble de faits ; et c'est un mérite qu'on ne saurait, à ce qu'il semble, lui contester sans injustice.
Peut-être aurait-il pu répandre un peu plus d'intérêt sur son ouvrage, et rompre la monotonie fatigante, qui résulte nécessairement des mêmes formes de discussion sur des sujets
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toujours semblables, en semant çà et là quelques traits puisés aux sources mêmes d'où il tirait sa doctrine, et qui eussent servi à répandre plus de lumières sur Tétat physique, politique et moral des Grecs dans les temps dont il essayait de retraiter Thistoire. Il aurait dû surtout établir plusieurs divisions principales, relatives soit aux nations diverses ou aux différentes époques dont il parlait ; c'eût été comme autant de points de repos pour le lecteur, qui peut se fatiguer d'avoir à suivre une discussion un peu aride et qui se soutient presque sans interruption pendant deux volumes entiers. Enfin, on pourra reprocher au style de M. Clavier de manquer quelquefois de correction, défaut plus sensible encore peut-être dans un écrit où Ton a rarement l'occasion de déployer d'autres qualités. Mais il j aurait peu d'équité à insister sur ces reproches, quelque légitimes qu*ils soient, et il n'en reste pas moins vrai que M. Clavier, par ce dernier travail et par l'ouvrage qu'il a précédemment publié, a pris un rang distingué parmi les savants de l'Europe qui cultivent avec le plus de succès cette branche intéressante des connaissances humaines, et s'est montré digne de l'honneur qu'il vient de recevoir on dernier lieu par le choix de l'Institut de France qui l'a admis dans son sein (1).
(1) [Clavier fut nommé, le 3 novembre 1809, membre de la classe d'histoire et de littérature anciennes.]