IX. LÉVESQUE. — HISTOIRE ANCIENNE
lecteurs, qui du moins y trouveront Tavantage d'acquérir en peu de temps des connaissances qu^il n'a pu se procurer à lui-même que par un assez long travail, quelque méditation et beaucoup de loisirs ». Dans les notices sur les hommes célèbres, poètes, orateurs, philosophes, artistes, etc., dont M. Lévesque a esquissé la vie en traits rapides et caractéristiques, les pensées et les anecdotes sont choisies avec discernement et avec goût, et, si quelquefois le style n^a pas toute la correction ou toute la précision qu'on pourrait désirer, il faut l'attribuer sans doute à la forme même de l'ouvrage composé d'un nombre iniini de pièces de rapport, d'extraits destinés d'abord à l'utilité particulière de l'auteur, et dans lesquels il pouvait sans inconvénient se permettre quelques négligences.
Ses réflexions générales sur les faits ou sur les personnes sont d'un esprit sage et sincèrement ami de la vertu et de la saine morale, et j'hésiterai d'autant moins à me permettre quelques remarques critiques sur un ou deux points sur lesquels je ne partage pas l'opinion de M. Lévesque, qu'il est aisé de voir que partout il a eu en vue de dire uniquement ce qu'il croyait utile et vrai.
« Les Juifs, dit-il, eurent des supplices trop rigoureux ; mais c'est un reproche qu'ont également mérité et que méritent encore de nos jours tous les Orientaux; cet excès de rigueur dans les peines est né de l'horreur qu'inspire le crime et du désir de le réprimer. » J'avoue que cette réflexion ne me parait pas juste : la rigueur des peines, partout où elle est établie, prouve la dégradation et la férocité des mœurs ; elle a surtout lieu lorsque le peuple se trouve divisé en deux classes, entre lesquelles il y a une inégalité hors de toute proportion, comme cela a été, de tout temps, chez les Orientaux, comme cela est encore dans les colonies, quoique ces colons qui infligent des punitions si atroces à leurs nègres ne soient assurément pas des hommes plus vertueux que leurs compatriotes d'Europe, plus révoltés de l'idée du crime, et plus animés du désir de le réprimer.
i48 MÉLANGES DE FEU FRANÇOIS THUROT.
Plus loin, M. Lévesque regardé la défense faite aux Juifs de prêter à intérêt, et l'obligation de donner aux pauvres, tous les trois ans, la dime de leurs bénéfices, et tous les sept ans le produit de leurs terres, comme des preuves que leur législation ne le cédait en sagesse à aucune des législations antiques. « Aider les indigents, dit-il, fut une vertu chez les autres peuples ; chez le peuple d*Israël, ce fut une obligation légale, etc. » Cette manière de voir n'est peut-être pas encore très-juste.
On ne saurait discuter les lois des Juifs, par rapport aux Juifs eux-mêmes, dans les temps dont la Bible nous retrace rhistoire, puisqu'ils furent, pendant toute cette période, dans un ordre de choses surnaturel ; mais il est certain qu'en général, le législateur qui met une obligation légale à la place d'une vertu se trompe beaucoup; et dans la question présente, par exemple, plus la taxe imposée aux riches, en faveur des pauvres, sera considérable, plus on diminuera chez les uns le sentiment de la compassion et chez les autres celui de la reconnaissance. Si, comme on le dit, la taxe établie en Angleterre pour les pauvres est devenue, par son accroissement aussi rapide qu'effrayant, une des plaies considérables de l'Jitat, ce fait très-remarquable prouverait beaucoup contre l'assertion de M. Lévesque.
Au reste, ces observations, que je soumets à l'auteur luimême, n'intéressent nullement la partie essentielle de son ouvrage, et j'ai cru pouvoir les hasarder, uniquement parce que dans un livre dont le caractère distinctif est l'amour de la vérité, et l'attention continuelle à ne donner pour certains que les faits qu'on a soumis à une critique sévère, des idées peu exactes, ou des opinions fausses sur quelques points, qui ne sont pourtant pas indifférents, peuvent avoir plus d'inconvénients que partout ailleurs, En un mot, les écrivains destinés, comme M. Lévesque, à faire autorité par la vaste étendue de leurs connaissances, par la sagesse et l'impartialité bien connue de leur caractère, sont précisément ceux dont il est le plus