‹ MélangesChapitre 53 sur 269 · X. GAIL. — DÉSINENCES · texte numérisé non relu

X. GAIL. — DÉSINENCES

trouvé, comme on dit vulgairement, sur son chemin, et lorsqu'on est destiné à ne s'y trouver jamais. Après ce préambule qui m'a paru nécessaire, je reviens à l'examen du Traité des désùiences.

£q parcourant ce volume, qui n'a guère que 300 pages et qui est composé de parties tout à fait disparates et étrangères les unes aux autres, on se demande d'abord à qui Fauteur Fa destiné; est-ce aux maîtres, est-ce aux écoliers? et parmi ces derniers, est-ce à ceux qui ne savent encore absolument rien, ou à ceux qui sont déjà un peu avancés dans la connaissance de la langue grecque, ou à ceux qui Font à peine commencée? Il est impossible qu'un même livre puisse convenir à toutes ces différentes classes de lecteurs, et pourtant celui-ci, contenant des choses qui semblent destinées exclusivement à chacune d'elles, parait, par cette raison même, ne convenir à aucune. En effet, on y trouve d'abord des observations préliminaires sur les désinences de plusieurs mots de la langue française, et sur les rapports qu elles ont avec les désinences des mots grecs; et cette partie qui n'a que 22 pages peut convenir à toutes les classes de lecteurs : mais aussi, & deux ou trois petites observations près, plus ou moins sujettes à discussion, on n'y trouvera rien qui ne se rencontre partout ailleurs avec plus de développement. Vient ensuite une excursion sur deux vers de Sophocle, qui ne peut intéresser que les personnes un peu exercées dans la lecture des écrivains grecs (1). Enfin ce que Fauteur intitule Recherches sur les désinences des noms et des verbes grecs, latins et français, on Supplément à la grammaire grecque, n'est, quoi* qu'il en dise, qu'un extrait ou abrégé de sa Grammaire ; ce sont des tableaux et des rudiments de la déclinaison et de la conjugaison grecques, qui ne peuvent avoir d'utilité que pour des commençants qui ne connaîtraient encore

(1) M. Gail prétend y démontrer que le verbe grec ouvOvyioxtiv {mourir arec) signifie vivre au delà, passer de cette vie dans une autre; mais il est douteux que cette explication fasse fortune tant qu il ne rétablira pas par des raisons p1u9 solides qu*il ne Ta fait daps cette excursion.

que les lettres do Talphabet. On trouve seulement dans la seconde partie quelques observations sur les dérivations et sur Tétymologie des mots grecs ; observations dans lesquelles il y a plusieurs choses fausses ou hasardées parmi un grand nombre d'autres que Ton rencontre dans presque toutes les grammaires.

Ce n'est pas que je veuille faire à M. Gail un reproche do prendre dans les écrits de ses devanciers les faits et les détails de la langue grecque et ce qu'on a pu dire de mieux pour les expliquer et en faire un système complet de connaissances bien ordonnées. Ce serait une folie trës-ridiculo assurément que de prétendre regarder comme non avenus les travaux successifs de tant d'hommes habiles et extrêmement laborieux qui ont traité le mémo sujet ; mais la seule chose précisément qu'on' pourrait attendre d'un habile professeur dans l'état actuel de nos connaissances sur cette matière, je veux dire un choix judicieux des objets, un arrangement lumineux et méthodique des obsei*vations les plus utiles, d'où résulterait un ensemble do doctrine à la fois solide, facile à saisir et à embrasser, est précisément ce qui manque à tous les ouvrages élémentaires de M. Gail, et ce défaut s'y fait sentir à un point dont il est impossible de se faire d'idée quand on ne les a pas lus.

Par exemple, au lieu de joindre à la théorie de la conjugaison qu'il explique dans sa première partie les idées nouvelles de l'École de Hollande telles que les ont exposées Lennep et Scheid, et de montrer comment elles peuvent, à quelques égards, simplifier cette théorie, mais en avertissant toutefois qu'on doit fort souvent la regarder comme une hypothèse ingénieuse et utile, pour nous faire saisir la loi des transformations diverses que subissent les verbes dans leurs différentes formes, plutôt que comme représentant exactement les formes primitives de la langue, etc., notre savant professeur rejette tout ce détail dans la troisième partie de son livre, sous le titre étrange de Miscel/anea, parce que ce titre se prête plus au désordre et à la confusion des idées et des notions. Il choisit

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