‹ MélangesChapitre 54 sur 269 · X. GAÏL. — DÉSINENCES · texte numérisé non relu

X. GAÏL. — DÉSINENCES

de toutes les manières de présenter sa doctrine celle qui est la moins propre à la faire entrer dans Tenlendement des jeunes étudiants qu'il prétend instruire; car, eu discutant contradictoirement devant eux ce qu'il appelle Tancien et le nouveau système, il partage nécessairement leur attention entre deux séries d'idées, et les met dans Timpossibilité d'en saisir nettement aucune. Aussi, en le voyant s'échauffer, se passionner d'une si étrange façon sans objet comme sans motif, ils ne pourront sûrement pas comprendre à qui il en veut. En effet, à quoi bon gourmander Port-Royal, Furgault, le Roi (1), etc., de ce qu'ils n'ont pas adopté le système deLennep? M. Gail n'aurait-il pas mérité les mêmes reproches qu'eux, si Lennep n'avait pas écrit? Toute cette polémique a donc le double inconvénient d'être très-déplacée et très-peu propre à établir les vérités qu'on veut dén^ontrer, surtout quand on s'adresse à des enfants qui ne peuvent pas être juges de la question controversée et avec lesquels on ne doit jamais employer qu'un langage clair, simple et calme.

Quelques savants avaient reproché à Lennep d'avoir un peu exagéré les idées qu'il avait puisées dans l'École d'Hemsterhuis et de Yalckenaer; on trouvait généralement que Scheid avait exagéré encore les principes de Lennep; mais M. Gail enchérit sur eux tous. Il ne veut plus ni aoristes, ni futurs seconds, ni paulo-post futurs dans la conjugaison grecque; mais, comme ces formes temporelles y subsistent néanmoins et y sont réellement distinctes de toutes les autres, il arrive qu'en se laissant emporter à son zèle aveugle pour les nouveaux principes, notre professeur supprime le nom sans pouvoir supprimer la chose qu'il sert à désigner, et se jette ainsi dans d'étranges embarras.

On avait déjà remarqué tous ces défauts dans la Grammaire de M. Gail, dont ses Miscellanea sont tirés en grande partie.

{{) Le Roi, dialecticien judicieux, qui, dans un article de quatre lignes j est bien loin de ce qu*il fallait dit^e (Observ. prélim., p. ij). C'est ainsi que M. Gail caractérise cet écrivain.

io\ MÉLANGES DE FEU FRANÇOIS THUROT.

On y avait remarqué surtout le manque de méthode; et la preuve qu'il n'a pas sur ce sujet des idées bien arrêtées, c'est Tarticle Méthode de l'index assez étendu qui se trouve à la fin de ce Traité des désinences; cet index n'est assurément pas récrit le moins curieux qui soit sorti de sa plume. J'en extrairai ce qu'il dit de la méthode d'enseignement qui lui est propre. « Quantité d'instituteui*s publics, dit-il, m'ont invité à leur faire part de la marche que je suis dans l'enseignement du cours élémentaire. Je vais les satisfaire, quoique persuadé que je n'ai point de conseils à donner à des hommes de qui je gagnerais beaucoup à en recevoir. A la première leçon, nous lisons ralphabct et Farticle; à la deuxième, les deux premières déclinaisons ; nous nous occupons à la troisième des 3', 4* et 5' déclinaisons. Dès la quatrième, nous expliquons, faisant ce qu'on appelle les parties, des noms seulement, puisque nous ne savons que décliner. A la suite de douze à quatorze leçons, dont la première demi-heure est consacrée à conjuguer, et la seconde à traduire et à faire les parties, nom sommes forts sur la conjugaison, etc. » Avec une pareille recette, si tous les instituteurs publics ne rendent pas leurs écoliers très-habiles, ce ne sera pas la faute de M. Gail.

Mais veut-on voir un exemple de sa manière de raisonner? En voici un qui passe tout ce qu'on peut s'imaginer, et que je lire également de Vindex dont j'ai déjà parlé : « Si l'on nous demande, dit-il, pourquoi ^ixaioco signifie vouloir non pas conformément à la justice, mais vouloir arbitrairement (1), nous répondrons que vouloir arbitrairement est la même chose que rendre justice. Ce qui est juste n'a pas besoin d'être rendu juste. On dira donc très-bien de celui qui rend une chose juste, et qui donne à une chose la couleur de la justice, qu'il juge despotiquement. » Que penser, bon Dieu I du livre où l'on rencontre un pareil langage ?

(1) Nous ne conseillons à personne de croire que le mot grec $(x«i6a> signifie vouloir arbitrairement.

Page 1