X. GAIL. — IDIOTISMES
professeur, et je le prendrai dans ses Idiotismes de la langue grecquCy dont il est temps que je m'occupe, et dont il faut bien au moins dire un mot ayant que de fluir. Le chapitre premier de ce Traité est consacré à expliquer Toriginc de l'article grec, ses significations diverses, et en quoi il diffère de l'article français ; et voici comment notre auteur s'exprime au sujet de nos mots le ou la, etc. : a Si les Grecs, nos constants modèles, dit-il, nous ont donné l'idée de l'article, c'est aux Latins qu'appartient la gloire d'avoir donné le mot : aussi, comme descendant de UlCy a-t-il d'abord participé à sa nature et rempli les fonctions de pronom démonstratif; mais avec le iemçsjugé mot explétif, il s'est vu réduit à la condition d'article. Devenu dès lors prénom de tous les substantifs, il a voulu en être insé^ parable, au point que se joignant à un adjectif, ou mémo à un adverbe (voy. Dial. des Morts, I., ii), il le substantifie ; et si un substantif j'at^tse de devenir adjectif, l'article alors l*abando?ine» £x. Le vrai grammairien doit être philosophe (1). »
« Chassé de la classe de pronoms démonstratifs, et craignant le même sort comme article ; redoutant d'être appelé par les Scaliger, otiosum loquacissimœ gentis instrumentum, jugement qui a trouvé un vengeur, et que Beauzée {Gramm,, 1. 1", p. 328) dénonce comme indécent et faux; d'autant plus jaloux de ses nouveaux droits qu'on l'avait dépouillé des anciens, il s'est efforcé de prouver qu'il contribuait éminemment au sens, à la précision et à la clarté dos langues qui l'employaient; que le latin qui le repoussait n'était bien souvent obscur que par le défaut d'articles ; il a voulu se montrer partout, et dans la prose^ et même dans la langue des Dieux, »
Il faut avouer qu'on n'a jamais rien écrit de plus admirable sur aucune partie d'oraison, et que M. Gail mérite & tous égards l'éloge qu*il donne à Ûumarsaîs d*être un éloquent défenseur des articles; assurément Dumarsais n'a plaidé nulle part leur cause
(1) Admirons Theuréut choix de cet exemple, et concltions-en que M. Gail n*est un si habile grammairien que parce qu'ii est un très-grand philosophe.
ioS MÉLANGES DE FEU FRANÇOIS THLROT.
avec autant de feu et d'une manière aussi pathétique. Au reste, je Vavoue à regret, mais le passage que je viens de citer est à peu près tout ce qu'il y a de neuf et d'intéressant dans les Idiotismes de M. Gail. En traduisant le traité de Yiger sur celte matière, traité déjà traduit en français par Furgault, il en a copié toutes les erreurs (1), même celles qui sont signalées dans les notes qu'y ont ajoutées de très-savants hommes, tels que Hôogeveen, Zeune, et en dernier lieu le célèbre M. Hermann, Tun de ceux qui ont porté le plus de sagacité et de véritable esprit philosophique dans les sujets d'érudition^ et particulièrement dans tout ce qui tient à la grammaire grecque. M. Gail, qui rend comme nous justice à cet illustre helléniste, avoue qu'il n'a pas lu en entier ses notes sur l'ouvrage dont il donnait un extrait ou un abrégé. On ne s'en aperçoit que trop
son travail porte partout l'empreinte d'une précipitation qui va jusqu'à l'élourderie (2). Lui-même avoue dans chacun des deux ouvrages que nous examinons l'extrême négligence qu'il y a mise, par l'impatience où il était de les produire dans le plus court délai. Page 7 des Idiotismes, il dit : « Comme Furgault, j'ai profité du travail de Viger et de ses annotateurs. Mais je suis bien loin d'offrir un ouvrage complet. Je n'ai ni lu en entier les notes do M. Hermann, ni recueilli les idiotismes qui, dans mes éditions de Thucydide et de Xénophon, m'ont paru ou non indiqués jusqu'à présent, ou mal expliqués, etc. » Et dans les Observations préliminaires des Essais sur les Désinences^ P^S^ ^6: a Désirant {voyez-en la raison page 2, note 1) que cet ouvrage paraisse avec mes Idiotismes grecs et la quatrième édition de
(1) Je (Ils celles Je Viger, je ne connais point le livre de Furgaulti
(2) Ainsi il répète dans le texte les mêmes choses qiiMl a dites dans les notes cinq ou six pages plus haut. Voyez Observations préliminaires du Traité des dé' ëinenceSf pp. v et xi. Ainsi il oublie, en écrivant un article de deux lignes, qu'il n'avait pas l'intention de parler en son propre nom. « Adoptons les faldes d Ésope (M. Gail en a fait une édition)... Voyez dans l'Index de mes Essais sur les désinences l'article Méthode. >» H dit ailleurs : «Je pourrais citer deux cents passages, on les trouvera dans l'Index do mon Xénophon. Comme cet index ?i* est pas encore commencé, etc. » Rien ne l'obligeait assurément à nous donner la preuve qu'il est dans Timpossibilité de citer les deux cents passages en question.