XI. GAIL. - MÉMOIRE
snUer et cotisitltation, dont on a pu voir le titre bizarre au commencement de cet article. Le scandale de ces réclamations n'a-t-il pas déjà été beaucoup trop grand? Ceux qui ont attaqué le jury avec si peu de décence et de modération, n'auraient-ils pas dû s'apercevoir que leurs efforts n'étaient propres qu'à décrier les arts, les sciences et les lettres, et ceux qui les cultivent? Un membre de l'Institut, en mêlant sa voix à ces clameurs insensées, ne paraît-il pas perdre tout à fait le sentiment de sa propre dignité? D'ailleurs, comment prouve-t-on, autrement que par ses ouvrages, qu'on est un grand écrivain et un savant de premier ordre? Je n'examinerai point ici toutes ces questions. M. Gail est convaincu qu'on lui a fait une horrible injustice; il est persuadé que la gloire de son pays sera compromise, si on ne lui adjuge pas le prix : il faut donc l'en croire au moins jusqu'à ce que l'on ait examiné les raisons sur lesquelles il se fonde, et c'est ce que je vais faire.
Cette tâche, au reste, n'est assurément pas facile ; il règne dans le mémoire du savant professeur un tel désordre, une telle 'confusion d'idées, les mêmes choses y sont redites et répétées si souvent et quelquefois si hors de propos, les faits les plus insignifiants, les raisonnements les plus étrangers au véritable objet de la question y viennent si fréquemment interrompre et égarer l'attention du lecteur, que ce n'est qu avec bien do la peine qu'il peut parvenir à se faire une idée nette du but que l'auteur se propose, et des moyens par lesquels il a cru y parvenir. Mais on ne doit pas être surpris : la clarté et la précision ne sont pas les qualités dominantes du style de l'auteur, comme le savent ceux qui ont eu occasion de lire quelques-uns de ses nombreux ouvrages. D'ailleurs, en composant celui-ci, il se sentait déjà malade, très-malade, comme il l'avoue lui-même (1), et il n'est que trop aisé de voir qu'il
(i) p. 146 : « C'est donc de Cargent que vous vouiez? a «lit, dans une réunion littéraire, un savant d'un grand poids. Réponse : Non; car le prix n'est que de 5,000 fr., et il m'en coûtera peut être plus de 5,U00 : i^ pour Timpression de mon
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était alors dans un véritable accès do fièvre chaude. Essayons, toutefois, de démêler à travers ses digressions, ses contradictions, ses redites continuelles {velut œgrisommia), ce qu'il a voulu dire et prouver.
J'ai donc cru entrevoir que M Gail voulait établir les trois propositions suivantes : V qu'il est l'auteur d'une traduction française de V Histoire de Thucydide, ouvrage bien plus considérable et bien plus important que le Traité d'Hippocrate, traduit par M. Coray, et qui est en effet très-court ; 2" que le travail de. ce savant helléniste, auquel le jury et la troisième classe de l'Institut ont accordé le prix d'une voix unanime, est, dans le fait, fort peu estimable, sous le rapport de l'érudition et de la critique, aussi bien que sous celui du style; 3"" enfin, que si jusqu'à ce moment ses titres et ses réclamations ont obtenu un accueil très-peu favorable, c'est que M. Gail est l'objet et la victime d'une persécution inouïe, puisque, depuis douze mis, tous les hellénistes de France (i) t attaquent, le dénigrent, le déchirent à Fenvi^ et le harcèlent ou par d'audacieuses clameurs ou par de sourdes intrigues. Voyons maintenant comment il démontre tous ces faits.
Sans doute, si M. Gail avait réellement donné une traduction de r/zî^ryrfiV/e passablement bonne,' il eût été injuste d'accorder le prix à celle du Traité des airs, des eaux et des lieux, surtout en n'envisageant que le mérite de traducteur, parce qjn'en effet, un ouvrage didactique, qui n'a qu'un petit nombre de pages, présentait infiniment moins de difficultés qu'une vaste composition historique éminemment remarquable par l'éclat et la magnificence du style, par l'intérêt et la profon-
Mémoire (*) ; 2** ponv la maladie quo je vais faire, à la suite de ce travail de vingt jours et quinze nuits ; 3° pour les honoraires des médecins. Ce n'est pas pour de l'argent que je plaide, mais pour repousser l'injustice, et pour défendre \^ gloire de mon pays. »
(l) Moins itn, comme il le dit très-élégamment, p. 148.
(*) M. Gail ne compte pas apparoininent sur un grand débit de son Mémoire, puisque l'exemplaire se vend 3 Ir. ; et l'Extrait, 1 fr. 23 c, comme le titre même ranDonce.