XI. GAIL. — MÉMOIRE
du Traité de la chasse de Xéuophon, insérée il y a sept à huit ans dans le Magasin Enq/clopédique, et, depuis deux ans, un seul article du Mercure où Ton a parlé de ses ouvrages avec peu de respect et d'admiration; encore cet article était-il, dit M. Giiil, d'un homme médiocre et tout à fait incapable d'apercevoir par lui-même les fautes qu'il relevait. Ainsi, voilà, de son propre aveu, deux ou trois articles dans le cours do huit années, deux individus qui seuls ont osé refuser de joindre leur voix à ce concert d'éloges dont il marchait sans cesse environné.
Il semble, en vérité, qu'il prenne à tâche de placer auprès de chacune des assertions dont il veut fournir la preuve tous les faits qui peuvent démentir et détruire cette assertion. Et d'ailleurs, à qui M. Gail persuadera-t-il que des hommes laborieux et paisibles, livrés sans cesse à des études qui font le charme et la consolation de leur vie, ou aux soins qu'exigent leurs affaires et leurs familles, ont formé une conspiration (ou sf/nomosiey comme il le dit pour plus de clarté) contre le repos et la gloire de M. Gail ? Ne voilà-t-il pas un objet bien digne de leur attention ? Non, sans doute, ils ne consentiront à s'occuper un moment de ses œuvres et de sa personne que lorsque, par des provocations insensées, ou par des saillies indiscrètes d'un amour-propre en délire, il les forcera à réprimer son inconcevable arrogance et ses outrages ; trop heureux de pouvoir rentrer aussitôt dans le calme de leur vie habituelle et dans le silence de leur cabinet! « Mais, dit-il, lorsqu'on est insulté jusque dans les voies publiques, lorsque tous les jours on est accablé de lettres anonymes... » Alors il faut avoir assez de bon sens pour mépriser les lettres anonymes, et assez de fermeté pour imposer aux insolents qui seraient tentés de vous insulter dans lu rue (1); mais surtout il faut avoir assez de respect de
(i) « Mais, dit M. Gail, je ne veux pas me battre, pour trois raisons : 1** II n'y a pas un seul armurier dans tout le pays grec et latin; 2^ d'ailleurs je ne saispcLS si on prend une épée par la poi?ite ou par la poignée; 3^ mes parents m'ont élevé avec rhorreur du duel, et, dans un duel, on peut tuer un traducteur tout comme
soi-même ci du public pour no pas Fenb^etcnir do pareilles pauvretés, car il n'y a sûrement là rien qui ait le moindre rapport avec la littérature ou avec les gens de lettres.
« Comparez, dit-il ailleurs du ton le plus lamentable, comparez M. Coray justement encouragé dans ses utiles travaux,
à M. Gail injustement découragé à M. Gail ne recevant yii
honoraires^ ni prix, ni mention trës-honorablo, à M. Gail que personne ne soutient... » Quoil tous les journaux et tous les écrivains cités précédemment par lui ne Tout pas assez encouragé ! Quoi ! il occupe depuis vingt-cinq ans la première chaire de grec dans tout TËmpire, à laquelle sont attachés do fort bons appointements et un logement, et il se plaint qu'il ne reçoit point à' honoraires I Quoi I le gouvernement a fait imprimer à ses frais la traduction do Xénophon par M. Gail, et lui a donné, comme indemnité, une partie des exemplaires, les diverses commissions de l'instruction publique ont adopté plusieurs de ses livres élémentaires, et lui ont procuré un débit avantageux, il est chevalier de l'ordre do Wolodimir, membre de l'Institut, et il ose se plaindre que personne ne Ta soutenu et encouragé ! Certes, jamais mérite aussi mince ne fut plus magnifiquement récompensé.
Je ne pousserai pas plus loin l'examen de ce Mémoire, je craindrais de faire partager au lecteur la fatigue et l'ennui que j'éprouve moi-même à m'en occuper : mais, quoique je n'aie relevé qu'une très-pelile partie des contradictions et des fautes de tout genre que l'auteur y a accumulées comme à plaisir, je crois avoir montré avec évidence qu'on ne peut lui accorder ses trois propositions que par le renversement le plus complet des principes d'une saine logique, ou plutôt des plus simples lois du bon sens. En effet, si en se traînant servilement sur les traces d'un traducteur, en copiant ses expressions, ses phrases, etc., on est soi-même traducteur original, alors c'est véri-
un autre..., etc. »» Tout cela était-il bien nécessaire à dire, bien utile au succès de sa cause ? Je ne le crois pas.