‹ MélangesChapitre 63 sur 269 · XI. GAIL. — MÉMOIRE · texte numérisé non relu

XI. GAIL. — MÉMOIRE

lablement M. Gail qui aura traduit Thucydide, et non pas M. Lévêque. Si en courant o^iQz tous les journalistes leur dire : « L'ouvrage de M. Lévêque est rempli de contre-sens et de fautes de toutes espèces, je votis en avertis, mais je vous prie de n'en rien dire, » on se montre généreux envers l'homme que l'on s'elTorce ainsi de diffamer, alors M. Gàil aura été généreux envers M. Lévêque, Si, étranger à la médecine, et n'ayant peutêtre pas lu deux traités d'Hippocrate, ignorant les principes les plus vulgaires de la grammaire, au point de dire qu'un écrivain penseur et dont la précision est l'attribut a dtï souvent omettre rarticle (attendu que cette sorte de mots contribue éminemment à la clarté et à la précision), on est capable de juger im travail sur Hippocrate, fait par un médecin de profession, par un homme connu pour l'un des plus habiles critiques de l'Europe, alors M. Gail aura démontré que M. Coray est un mauvais critique. Si un homme assez peu instruit du bon usage de la langue française pour écrire (p. 89) celui indiqué, et (p. 93) je lui remarquai, etc. (1), peut être regardé comme un juge compétent de la correction du langage, alors M. Gail aura pu prouver que M. Coray est un écrivain incorrect. Enfin, si celui qui a été appelé très-jeune et sans aucun titre à remplir la première chaire do grec en France, qui a été constamment vanté et préconisé par tous les journaux, qui a reçu à toutes les époques de sa vie des récompenses à la fois utiles et honorables, est un homvfiG persécuté, alors M; Gail aura porté jusqu'à l'évidence la démonstration de ce système de persécution dont il aime tant à se plaindre.

(1) Encore un exemple de Tétrange langage du savant professeur : « Souvent la danse, dit-il, n'est qu'une manière de marcher plus gracieuse, comme la musique n*est qu*une façon de parler plus agréable.,. Dans le ballet de Télémaque, Mentor ne fait que remuer les mains et marcher en mesure, et cette action simuU tanée s'appelle danse, à TOpéra. Dans un autre ballet, le déserteur^ principal personnage, n'exécute point même un seul pas, dit proprement de danse, et cependant il donne un ballet, »> Le déserteur qui donne un ballet ? En vérité, M. Gail est admirable :

On n'a que lui qui puisse écrire de ce goût.

i7* MÉLANGES DE FEU FKANÇOIS THIÎROT.

Quelqu'un dira peut-être en voyant Tinnombrable amas de contradictions et de puérilités dont est rempli ce Mémoire : Quoi ! Fauteur n'avait-il pas un ami qui pût charitablement le dissuader de cette entreprise si nuisible à sa gloire? Au contraire, il nous apprend lui-même (p. iii) : « Qu'un jeune savant a employé tout ce qu'il avait d'éloquence et d'amitié pour le détourner du projet d'écrire le présent Mémoire. » Mais ne pouvait-il pas au moins se donner le temps de réfléchir, avant de le faire imprimer, au scandale qu'il devait nécessairement produire? point du tout: il avait ouï dire que S. M. l'Empereur devait prononcer sur les prix décennaux le 18 août (voy.p. 182). Quoi! a-t-il pu penser que S. M. daignerait jeter les yeux sur un pareil écrit? et l'un de nos plus grands poètes ne lui avaitil pas dit dès longtemps :

Va, le roi n*a point lu ton Mémoire ennuyeux ; Il a trop peu de temps et trop de soins à prendre, Son peuple à soulager, ses amis à défendre, La guerre à soutenir; en un mot, les bourgeois Doivent tiès-rarcraent importuner les rois.

Oh! que n'a-t-il fait cette réflexion salutaire! ou, s'il voulait absolument produire ses étranges réclamations, qui Tobligeait à outrager aussi gratuitement et aussi indécemment deux hommes recommandables par leurs vertus, par leurs talents, et par de longs services rendus aux lettres et à l'érudition? pourquoi exciter des journalistes à propager et à augmenter un pareil scandale (i)?Quant à moi, j'aurais bien voulu, je l'avoue, être dispensé de m'occuper deTouvrage et de son auteur; mais, quelque répugnance naturelle que j'aie pour la critique de ces écrits dans lesquels rien ne dédommage du malheur de blâmer, parce qu'on n'y trouve, en effet, rien qui ne soit à reprendre, il m'a semblé que la justice et la vérité exigeaient que je misse le

(1) Plusieurs journaux, dit-on, ont ileja annoncé ce Mémoire avec beaucoup d'éloges.

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