‹ MélangesChapitre 64 sur 269 · XII. PETIT-RADEL. — CALLIMAQUK · texte numérisé non relu

XII. PETIT-RADEL. — CALLIMAQUK

lecteur à portée d'apprécier les titres et les réclamations do M. le professeur Gail, et la manière dont il a su les faire valoir (1).

Sur deux traductions nouvelles en vers latins, l'une des Hymnes de Callimaque (2), et l'autre du Roman pastoral de Longtis (3); par M. Petit-Radel, docteur-régent de l'ancienne Faculté, et professeur aux Ecoles de médecine de Paris {Mercure de France)^ avril 1810, t. XLI, p. 343.

C'est un talent devenu assez rare de nos jours et dans notre pays que celui d'écrire en vers latins, et ce talent tient si étroitement à la culture des bonnes et solides études, qu'il faut toujours savoir gré à ceux qui l'exercent, malgré l'espèce de défaveur où il semble tombé aujourd'hui, et le peu d'encouragement qu'il reçoit du public. M. Petit-Radel s'est déjà fait une réputation par sa facilité en ce genre, et les deux nouveaux ouvrages qu'il a publiés depuis deux ans sont propres à la confirmer. On lui a pourtant reproché un défaut qui tient à Texcès même de cette facilité : son expression n'est pas toujours nette et correcte, il mélange un peu trop les mots et les tournures propres à des genres de style et de composition dif-

(1) M. Gail nous donne avis qu*une réponse à la critique de son Mémoire paraîtra incessamment. {Note des Rédacteurs.)

(2) Hymnes de Callitnaque le Cyrénéen^ traduits du grec en vers latins de même mesure que ceux de Toriginal, avec la version française, le texte et des notes; par M. Petit-Radel. Un volume in-S**. A Paris, chez H. Agnsse, imprimeur-libraire, rue des Poitevins, n» 6. (1808.)

(3) Longi sophiste pastornlia Leshiaca, siue de amoribus Daphnidis et Chloes poema erotico-poimenicon, e textu grœco in latinum numeiHs heroicis reductum ; cui accedit metaphrasis cujtas verha yenuinis auctoris verbU consonnnt. Operam utrique navavit P. Petit-Radel, doctor regens, etc. Parism^ apud H. Agasse, etc. lu vol. in.8o ;1809).

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fércnts, et ce défaut, il faut bien Tavouer, se retrouve encore dans les nouvelles productions que Ton annonce ici.

On peut applaudir d'abord au choix que Fauteur a fait des hymnes de Gallimaque pour en faire Tobjet de son travail ; c'est peut-être un des poètes grecs dont dont il serait le plus utile d'occuper quelquefois les jeunes gens dans le cours de leurs études; non, sans doute, à cause de la supériorité de son mérite sous le double rapport du style et des idées ; il est en ce sens très-inférieur aux écrivains des beaux siècles de la littérature grecque, et même à Théocrite, dont il était à peu près contemporain ; mais la lecture du petit nombre do poésies qui nous restent de cet auteur peut singulièrement servir à perfectionner de jeunes étudiants dans la connaissance do la langue grecque, et l'érudition peu commune qu'il affecte même de répandre dans ses écrits, exigeant, de la part des professeurs qui rinterpréteraîent, de grands développements sur tous les points de la mythologie et de la science de l'antiquité, ce serait encore pour leurs auditeurs une source abondante d'instruction agréable et variée.

La littérature grecque, à l'époque ou florissait Gallimaque (vers la 130"* olympiade, environ 235 ans avant l'ère vulgaire), venait de subir une révolution dont Tinfluence fut singulièrement remarquable; parmi les longues guerres qui suivirent la mort d'Alexandre, au milieu des déchirements que produisit l'ambition des généraux qui se disputèrent les débris de son vaste empire, Tesprit humain avait perdu en partie ce ressort et cette énergie sans los(iuels rien de véritablement grand ne, peut se produire dans les lettres et dans les arts; un grand nombre d'institutions favorables au développement du génie et des talents avaient été anéanties; et lorsque Ptolémée, fils de Lagus, parvenu à se rendre souverain indépendant de l'Egypte, conçut la noble pensée d'y ouvrir un asile à tout ce qu'il y avait encore de sciences et de lumières dans la Grèce et dans l'Asie, ce n'étaient pins que des débris de leur splendeur antique qu'il pouvait recueillir; la force des circonstances avait contraint le

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génie d'abaisser son essor; les idées, les sentiments, tout avait déjà pris une direction moins franche et moins généreuse (1).

A cette première cause de dégradation qui avait frappé les lettres et les arts, pour ainsi dire, dans leur sol natal, s'en joignit une autre dont ils ne tardèrent pas à ressentir les effets, du moment où ils eurent été transplantés en Egypte. Des communications plus fréquentes et plus immédiates avec les peuples de l'Orient firent bientôt perdre aux Grecs le goût de cette simplicité précieuse, source de la grâce et du sublime dans tous les genres. Ils y substituèrent trop souvent l'exagération et l'emphase qui de tout temps ont caractérisé le génie oriental. Une circonstance singulière et nouvelle, qui servit sans doute éminemment au progrès des connaissances positives et au développement de la raison humaine, contribua cependant encore à donner aux esprits une direction qui, sous d'autres rapports, avait bien aussi quelques inconvénients : l'immense collection de livres de toute espèce, et en différentes langues, recueillis par les premiers souverains de l'Egypte, inspira aux lettrés qui se trouvaient réunis à Alexandrie, le goût des recherches et de l'érudition; et ce goût s'accrut, comme il arrive presque toujours, à mesure qu'on avait plus de moyens de le satisfaire, au point de devenir une passion qui s'attachait souvent aux plus frivoles objets. Les questions les plus minutieuses de grammaire et d'antiquité occupèrent

(i) « Donne-nous la vertu et la richesse. La richesse, sans la vertu, ne sait pas rendre Thomme heureux, ni la vertu, sans la richesse; donne-nous donc la vertu et la richesse. » C'est par cette pensée ignoble et puérile que Callimaque finit son Hymne à Jupiter, et son langage est, comme on voit, de niveau avec ses idées. Combien sont difTérents les sentiments qu'exprimait presque à la même époque, et aussi dans un hymne à Jupiter, le philosophe Cléanthe, qui n'avait point quitté Athènes, oii il professait les sévères maximes du Portique !

Grand Dieil, père du jour et maître du tonnerre, Du crime et de l'erreur daigne purger la terre, AfTranchis la raison du joug de ses tyrans; Parle, laisse entrevoir aux mortels ignorants Des éternelles lois le plan sage et sublime.

(Trad. de Bougainville.)

m MÉLANGES DE FEU FRANÇOIS TflOROT.

presque tous les esprits, et ces sciences furent tellement en vopue, qu'il n'y eut presque pas un poète, un astronome, un géomètre, etc., qui ne les eût cultivées avec soin, en même temps que Tart ou la science auxquels il s'était plus particulièrement consacré (1).

De là l'érudition qui se montre souvent avec affectation dans les écrits des poètes de celte époque, et particulièrement dans les hymnes de Callimaque. Son style est en général élégant et soigné, il a même quelquefois de la grftce et une sorte de naïveté : mais il s'élève rarement; il manque presque partout de chaleur et de vie; en un mot, comme l'a très-bien dit Ovide, il brille plus par l'art que par le génie.

Baiiiades semper toto cantabitur orbe.

Quanivis ingenio non valet, arte valet.

En vain quelques savants, et entre autres notre célèbre Henri Etienne, ont prétendu en appeler de ce jugement porté par un poète bien plus qu'eux en état de prononcer sur une pareille question. Et il faut bien remarquer encore que ce n'est pas des hymnes du poète de Cyrèno qu'Ovide parle dans les vers que je viens de citer, mais de ses élégies et de ses poésies erotiques, qui devaient avoir un plus haut degré de mérite, puisque Catulle n'avait pas dédaigné d'en traduire ou d'en imiter une apparemment des plus parfaites, celle où le poète oéli'hre la chevelure do Bérénice mise au rang des constellations. Malheureusement il ne nous reste que cette imitation ou traduction de Catulle. Le temps a également détruit une foule d'autres ouvrages de Callimaque en prose et en vers. Un poème considérable intitulé /rs Causes, où Fauteur célébrait apparemment l'origine des fables des nations, des villes, etc.; un autre dont le litre était Ilécalèy nom d'une femme qui, suivant les fables, avait donné l'hospitalité à Thésée lorsqu'il

(1) On peut voir une dissertation très-curieuse sur le y é nie du siècle des Ptnlémées^ parle célèbre M. Heyne, dans le premier volume de se» Opuscula academica, pp. 85 et suiv.

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