‹ MélangesChapitre 65 sur 269 · XII. PETIT-RADEL. — CALLIMAQUE. i · texte numérisé non relu

XII. PETIT-RADEL. — CALLIMAQUE. i

revint de Tile de Crète, etc.; il ne nous reste que six de ses hymnes, une soixantaine d'épigrammes, et des fragments recueillis par divers savants.

Ce sont les hymnes seulement que M. Petit-Radel a fait imprimer à la fin du volume qui contient sa traduction en vers latins; il y a joint une version en prose française, imprimée en regard de la traduction latine, et environ vingt pages de remarques destinées à donner quelques notions mythologiques et géographiques, que l'éditeur a jugées nécessaires. Mais je crains que, dans cet arrangement, il n'ait pris Taccessoire pour le principal, et n'ait ainsi ôté à son livre une grande partie de l'utilité qu'il aurait pu avoir.

Dans l'état présent de la littérature ancienne en France, il serait fort à désirer que ceux qui, comme M. Petit-Radel, ont le louable projet d'attirer l'intérêt et l'attention sur quelque ouvrage estimable de l'antiquité, y missent l'application nécessaire pour en rendre la lecture à la fois aussi facile et aussi instructive qu'il est possible. Or, on conviendra qu'ici, par exemple, l'objet principal ne devait pas être la version latine, mais le texte grec de Callimaque.

Je crois donc que l'éditeur, si son goût ou d'autres occupations plus importantes l'éloignaient d'entreprendre un travail plus approfondi sur cet auteur, aurait du s'attacher à en donner le texte au moins avec toute la correction qu'il pouvait obtenir de la comparaison des deux ou trois éditions les plus récentes et reconnues pour les meilleures (celles d'Ernesti, de Bandini et de Brunck) ; il aurait pu même joindre au texte un extrait judicieux des savants commentaires de Spanhcim, Ëmesti, Ruhnken, Valckcnaër, etc., et rejeter à la fin du volume sa traduction en vers latins : alors il aurait fait un livTe extrêmement important pour le progrès des lettres dans nos écoles, et d'un autre côté il se serait épargné la peine de faire une traduction française, qui était à peu près inutile, après celle que nous devons au savant M. Laporte Dulheil.

Car, il faut l'avouer, le style de cette nouvelle version est

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souvent inégal et incorrect ; il pèche fréquemment contre la noblesse et la propriété de l'expression. Quelques exemples suffiront pour prouver ce que j'avance. Dans rh}mine (à Jupiter) on lit : « Ainsi bien soigné tu acquis cette force do corps qui t'est particulière, etc. » — « Tu versas sur chacun (des rois) l'opulence que l'or amène à sa suite, mais avec ce jugement qui ne pouvait blesser personne. » — « Quel est celui qui, voulant chanter dignement tes exploits, ne se serait point désisté de sou entreprise? Il n*en fut et n^en sera jamais aucun. » Toutes ces phrases manquent évidemment d'élégance et do correction.

Dans plusieurs endroits aussi cette traduction manque de fidélité : ainsi, en hsant dans le même hymne à Jupiter la phrase suivante : « Un lait bienfaisant remplit aussitôt pour toi les mamelles de la chèvre Amalthée ; de temps à autre tu goûtas aussi les dons savoureux de l'abeille Panacris; » on serait tenté de croire que GaUimaque a voulu parler d'une abeille, nommée Panacris, chargée de nourrir Jupiter de son miel, comme la chèvre Amalthée le nourrissait de son lait ; tandis que dans le texte grec le mot Panacris est une épithète, qui sert à désigner les abeilles en général, comme parcourant les sommités des montagnes, des collines, ou môme des fleurs, pour y faire leur butin. Ailleurs, dans Thymne a Diane, M. Pelit-lladel s'exprime ainsi : « Tu découvres sur les coteaux du Parrhasius une troupe de biches, chose d'autant plus éton* nante que naguère elles prenaient plaisir à brouter Therbe fraîche sur les bords du graveleux Anaurus. » Mais ici il paraît n'avoir pas bien compris le sens des mots grecs (ptiyx ti ypsoç qu'il rend par ceux-ci : chose d'autant plus étonnante, etc.), et qui ne sont qu'une expression emphatique destinée à marquer la beauté et la grandeur extraordinaires de ces biches que rencontre Diane.

Ce n'est pas ici le lieu de s'arrêter beaucoup sur les vers latins du traducteur; quoique meilleurs, peut-être, à quelques égards, que sa prose française, ils ne sont pourtant pas exempts

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