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XIV. PLANCHE. — DICTIONNAIRE GREC

et pour le courage qu'il a eu d'entreprendre un travail aussi pénible, et pour le succès avec lequel il Ta exécuté. Le Dictionnaire greC'latln de Schrévélius étiiit jusqu'à présont le seul qu'on mît en France entre les mains des écoliers, et, pour peu qu'on se soit occupé de ce genre d'études, on sait combien ce dictionnaire est incomplet, insuffisant, et même inexact dans bien des cas. C'était donc servir utilement la cause des bonnes lettres que de publier un dictionnaire incomparablement plus complet et plus étendu que celui dont on s'était servi jusqu'alors. Mais nous ne balancerons point à regarder comme un des plus grands mérites de ce lexique celui de donner la signification des mots grecs en français. En effet, outre qu'il est ainsi mieux approprié aux besoins des enfants ou des très-jeunes gens à qui on le destine, et dans lesquels il était absurde de supposer une connaissance de la langue latine assez étendue ou assez approfondie pour croire que la traduction latine d'une expression grecque ne fut pas souvent aussi inintelligible pour eux que le grec lui-même, il est hors de doute que le moyen le plus efficace qu'un Français puisse avoir pour exprimer la signification d'un mot d'une langue quelconque, c'est sa propre langue, surtout quand c'est à des Français qu'il veut faire entendre sa pensée. Il y a sans doute un assez grand nombre de mots et de tours de phrases grecs qui sont plus analogues au génie particulier de la langue latine, et qui, par conséquent, peuvent être exprimés avec plus d'exactitude par les mots latins qui leur correspondent; mais, en général, les impressions que nous recevons des mots de notre langue étant plus directes, plus immédiates, et par conséquent plus vives, il est à la fois plus convenable et plus naturel, de nous faire traduire d'abord les mots d'une langue que nous ignorons dans ceux d'une langue que nous savons le mieux. De plus, si la propriété des termes est une des qualités les plus précieuses du langage, soit lorsqu'on parle, soit lorsqu'on écrit, qu'on se figure combien il est difficile d'y atteindre quand on se sert d'une langue qui a cessé d'être

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parléo dopuis tant do siëcles : aussi n'y a-i-il pcuUètro pcrsoiino^ parmi ceux qui s*appliquenl à la lecture des écrivains grecs, qui, en comparant le texte do ces auteurs avec les traductions latines qu'en ont données de trës-savants hommes, n'ait trouvé fort souvent le langage de leur original beaucoup plus clair que celui de son traducteur. Enfin, dans le cas dont il s'agit ici, le mot français, placé à côté du mot grec, met pour ainsi dire ù nu l'objet ou Tidée que celui-ci représente, tandis que le mot latin ne les montre que voilés et comme enveloppés d'un nuage plus ou moins épais, qui vous dérobe toujours une partie des nuances les plus délicates ou dos traits les plus fins qui les caractérisent.

Les gens qui ont pour système ou pour habitude do se déclarer contre toute innovation utile, contre toute amélioration possible, ne manqueront pas peut-être de tourner on objection contre le Dictionnaire grec-français les avantages mêmes, que nous venons d'y faire remarquer; cette facilité, disent-ils, qu'on cherche à introduire ])ar tous les moyons possibles dans l'étude des sciences est précisément ce qui nuit b leurs véritables progrès. L'un des plus savants hommes du xvn« siècle, Iluct, évêquc dWvranchcs, regardait les grammaires, les dictionnaires el les commentaires qui s'étaient déjà fort multipliés de son temps, comme une des causes de la décadence des lettres, et J.-J. Rousseau lui-même aurait désiré qu'au lieu de s'applitjuor à cherihcr des méthodes faciles pour l'enseignement de tous les arts et de toutes les sciences, on eût trouvé, au contraire, un moyen do les apprendre difficilement. Mais d'abord Tobjection de Iluet n'est nullement fondée : ce qu'il appelait la décadence des lettres n'était que la décadence de l'érudition, puisque jamais la litté* rature, proprement dite, ne fut aussi llorissunte qu'elle l'a été à celte époque, et cela mc'^me était du à la facilité plus grande que des hommes de génie tels que Racine, IJoileau, Féne- Ion, etc., avaient trouvée à lire les grands modèles de Téloquence et de la poésie antiques, et à se pénétrer de leurs

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