XVI. DALLIER. — DIALOGUE SUR LES ORATEURS
sujet que Ton traite dans toute la dernière partie de ce dialogne^ Deux questions assez étroitement liées à celle-là, la supériorité relative de l'éloquence sur la poésie et la détermination précise de la limite qui sépare les écrivains ou les orateurs qu'on peut appeler anciens de ceux auxquels convient plus spécialement le nom de modernes, sont traitées accessoirement et en forment, pour ainsi dire, la partie épisodique.
Des savants ont attribué cet ouvrage, les uns à Quintilien, les autres à Tacite, et la date assignée par Tun des interlocuteurs à cet entretien (la sixième année du règne de Vespasien), temps où l'auteur déclare qu'il était lui-même fort jeime, ne permet pas de croire que ce fût Quintilien, qui devait avoir alors plus de trente ans ; d'autres raisons très-fortes contribuent encore à faire rejeter cette supposition. D'un autre côté, quoique l'âge de Tacite s'accordât mieux avec l'époque ou l'entretien est censé avoir eu lieu, beaucoup de très-habiles critiques ont été tellement frappés de la différence de style qui caractérise ce dialogue, comparé aux écrits authentiques qui nous restent de cet éloquent et profond historien, qull leur semble impossible que le même homme pût avoir composé des ouvrages non seulement de genres si différents, mais où la forme générale du style et de l'expression fût si complètement opposée. En un mot, il résulte de tout ce qui a été écrit de plus précis et de plus judicieux sur cette question par les hommes les plus versés dans la connaissance de l'antiquité et de la langue latine (1), qu'on ne peut donner un entier assentiment
decattsis corruptM eloqiientiw; mais les manuscrits ^ne portent que le titre i De oratoriàus, le reste est une addition ou conjecture de Juste-Lipse, qui a servi de fondement à la fausse hypothèse de ceux qui attribuaient cet ouvrage à Quinti' lien. Cet auteur rappelle en effet, dans deux ou trois endroits, un traité de lui sur les causes de la corruption de Téloquence, dont on ne saurait trop regretter là perte.
(i) Voyez, entre autres, les prolégomènes de l'excellente édition de ce Dialogue par M. Schulze (Lip., 1788); les notes de M. Spalding dans son édition de Quintilien (t. Il, pp. 424 et suiv.), et celles de M. Oberlin sur Tacite (t. II, part, II, p. 669).
âllO MÉLANGES DE FËU FRANÇOIS TRUROT.
à aucune des deux hypothèses qui attribuent cet ouvrage soit k Quintiiien soit à Tacite, et qu'on ignore en effet quel en est Fauteur.
On trouve dans le Cours de littérature de Laharpe une analyse succincte du Dialogue sur les orateurs. Une discussion élevée aux Écoles normales sur Fidée précise qu*il fallait attacher aux dénominations d'anciens et de modernes en fait de littérature, donna lieu à M. Garât de proposer au professeur dans cette partie (c'était Laharpe lui-même) quelques objections ou observations pleines d'éloquence et de raison et de lui rappeler à ce sujet le dialogue dont nous parlons. « Ouvrage, disait M. Garât, dont on n'a pas beaucoup parlé, et qui mérite d'être beaucoup lu; où l'on trouve très-souvent le goût de Quintiiien, le génie do Tacite, et un certain éclat de couleur poétique qui sied bien à un Dialogue sur l'éloquence, où l'un des interlocuteurs est un poète, etc. » C'est à cette occasion que Laharpe écrivit, pour la séance suivante, l'analyse dont j'ai parlé tout à rheure, et qui fait partie de l'appendice du chapitre iv de son Cours de littérature. Je tirerai des prolégomènes de l'édition de M. Schulze la notice suivante sur les interlocuteurs de ce Dialogue, afin d'en donner aux lecteurs une idée plus complète.
Il est adressé à un certain Fabius Justus, le même, à ce qu'on croit, à qui l'on trouve deux lettres écrites par Pline le Jeune, dans le recueil qui nous reste de cet auteur (1). Les interlocuteurs, au nombre do quatre, sont Curiatius Maternus, M. Aper, Julius Secundus et Vipstanus Messala. Maternus est présente comme un homme doué d'une imagination brillante, d'un talent distingué^pour l'éloquence, et qui, avec ces dispositions naturelles cultivées par l'étude, serait capable d'obtenir les plus grands succès dans la carrière du barreau ; mais, entraîné par son goût pour la poésie, il néglige presque entière-
(1) Plin., Epist.y lib. I, ep. xi; lib. VII, ep. ii. Il est encore question de ce même personnage dans la V lettre du I«' livre.