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XVI. DALLIER. — DIALOGUE SUR LES ORATEURS

idées, il s'est renfenné, pour ainsi dire, dans des limites trop étroites, pour tout ce qui a rapport à la critique et à l'interprétation de son auteiu*. Et d'un autre côté, s'il avait comparé plus soigneusement sa propre traduction avec celle que nous devons à ce littérateur distingué (1), il aurait sans doute jugé convenable de faire disparaître plusieurs incorrections, plusieurs locutions trop familières, ou même tout à fait triviales, qui déparent son ouvrage, et dont assurément il n'a trouvé aucun exemple dans le style du traducteur qui l'avait précédé.

Ce jugement, peut-être un peu sévère, a besoin d'être appuyé sur des preuves ; il faut donc citer : « Le nom d'orateur n'est plus d'application pour nous. » — « Avouer la médiocrité du talent moderne. » — On veut qu'un orateur ait dans son style les mêmes grâces que le langage mesure', etc., » sont des locutions tout à fait incorrectes. — « L'esprit n'est point ici de mise. » — (c Perdre votre temps en visions, etc., » sont des tournures trop familières que réprouvent entièrement le style noble et plein de dignité qu'a employé l'auteur du dialogue, et le sujet intéressant qu'on y traite.

Mais il est un autre genre de fautes plus graves encore dont le nouveau traducteur n'a pas su se garantir; c'est d'introduire dans son style des expressions qui tiennent à des usages ou à des opinions tout à fait modernes, et dont les anciens ne pouvaient avoir aucune idée, ce qui est, par rapport à Tauteur qu'on traduit, une véritable infidélité. Ainsi, lorsqu'on nous parle d'un air de négligence, etc., qui faisait du style oratoire un style de*joumaly de cadences perlées, de plaidoyers tout ensemble récitatif et ballet; quand on nous dit que Cicéron fit sa philosophie sous Philon, nous pouvons être sûrs d'avance que le texte

(1) La traduction que M. Dureau de la Malle a donnée du Dialogue des orateurs est généralement exacte et écrite avec élégance ; mais on ne saurait approuver sans restriction les Réflexions préliminaires dont il Ta fait précéder (voyez le tome V de la seconde édition de sa traduction de Tacite). L'auteur y fait un étrange abus de son esprit, et il est difficile de porter plus loin Texagération admirative, tant reprochée aux traducteurs, qu'il ne Ta fait à propos do C|uel(][ue8 phrase? de Tacite dont il donne une espèce d^analyse oratoire,

latin ne contient pas un mot de tout cela, parce que toutes les idée énoncées dans ces différentes phases étaient absolument étrangères aux Romains du temps de Tacite et de Quintilien.

Je ne pousserai pas plus loin ces réflexions critiques, et c'est même avec regret que je me suis vu dans Tobligation de signaler les fautes que j'ai remarquées dans la traduction que je viens d*examiner. L'auteur parait être un très-jeune homme, déjà voué à la carrière de Tinstruction ; et en s'appliquant, dans les moments de loisir que lui laissent des travaux pénibles, à accroître ses connaissances et ses moyens d'être utile, il donne sans doute un exemple qu'on doit désirer de voir imité par tous ceux qui remplissent les mêmes fonctions que lui. Le ton de modestie dont il parle lui-même de son ouvrage, dans le court avertissement qui le précède, appelle en quelque sorte Tindulgence à laquelle son zèle et son âge lui donnent d'ailleurs dés droits fort naturels. Mais c'est précisément à cette époque de la vie, oii l'on a communément à sa disposition tous les moyens de mieux faire, qu'il peut nous être utile que la critique s'explique avec franchise sur les défauts qu*elle remarque ou qu'elle croit remarquer dans nos premiers essais. Il y a d'ailleurs assez de bonnes choses dans cette traduction, et assez de preuves de sagacité dans le petit nombre de notes que Fauteur y a jointes, pour qu'on puisse être assuré qu'avec de Tattention et du travail il sera très-capable de produire dos ouvrages véritablement estimables et utiles.

XVlï. PAILLET. — ÉTUDES DE L**ÉNÉIDE. 217

Études de FÈnéide de Virgile, à Tusage des lycées et des collèges, publiées par F.-II. Paillct, bibliothécaire de la ville, et ^ professeur au lycée de Versailles. Un vol. iii-8% de Timprimerie de Lebel, à Versailles. Se trouve à Paris, chez Lebel et Guilel, libraires, rue des Prêtres-Saint-Germain- TAuxerrois, n** 17. 1810 [Mercure de France, \\i\\\eii 1810, t. XIII, p. 18.)

C'était un sujet d'un extrême intérêt, et d'une grande utilité pour réducation littéraire de la jeunesse, qu'un examen approfondi de VÉnéide de Virgile sous les différents rapports sous lesquels elle peut être envisagée. Les rares beautés qu'on découvre dans la conception de ce poème, malgré l'état d'imperfection où la mort prématurée de son auteur l'a laissé, les défauts mêmes qu'on peut y observer, l'art sublime et le talent presque divin qui caractérise particulièrement le style de ce grand poète, la variété des faits, des traditions, des connaissances en antiquité, histoire, géographie, etc., qu'il a rassemblés dans son immortel ouvrage, tout cela forme un ensemble d'objets qui, traités avec l'érudition, le goût et le discernement convenables, offriraient à de jeunes lecteurs, et même à un grand nombre d'hommes, dont la première éducation a été ou négligée ou imparfaite, autant d'utilité que d'agrément. Les matériaux d'un pareil travail ne seraient même pas peut-être fort difficiles à réunir ; ils existent disséminés dans plusieurs ouvrages français, latins, allemands et anglais, dont le nombre n'est pas très-considérable, et la dernière édition de Virgile donnée en 1803 par le savant et respectable M. Heyne, qui réunit, et au delà, tout ce qui serait nécessaire sous le rapport de l'érudition, fournit en même temps des indications nom-

breuses sur les autres livres qu'on pourrait consulter avec succès pour Tcxéculion complète d'une entreprise de ce genre.

Malheureusement Tauteur de l'ouvrage que nous annonçons parait avoir ignoré l'existence do cette source d'instruction aussi pure qu'abondante, sur le sujet qu'il avait entrepris de traiter, ou du moins il paraît l'avoir entièrement négligée. Il a cru devoir adopter ces formes d'exposition légère et superficielle qui sont dès longtemps usitées dans les collèges et dans les pensionnats, et son livre n'est qu'une traduction libre ou abrégée de Virgile, avec une espèce de paraphrase des endroits qui lui ont paru le plus mériter cette distinction. Virgile n'est donc ici considéré ou étudié que sous un seul point de vue ; on n'y développe aux yeux des lecteurs que le tissu de sa narration avec quelques réflexions sur le goût, sur la convenance des idées ou sur les beautés du stvie, et les indications de divers passages des poèmes d'Homère que Virgile a imités. Mais il nous semble encore que sous ce rapport le travail de l'auteur n'est ni aussi complet, ni aussi soigné, à beaucoup près, qu'on pouvait le désirer. Trop souvent il a vu dans son auteur ce qui n'y est nullement, et plusieurs fois aussi il n'y a pas vu, ou du moins il a ni^ligé défaire remarquer les beautés réelles qui s'y trouvent.

Il veut absolument que V Enéide ne soit qu'une allégorie. « Enée, dit-il, apn»8 le sac de Troie, passe en Italie; il y est accueilli par le roi Latinus qui lui donne sa fille. Des Troyens et des Latins il se forme un seul peuple, uni par les cérémonies d'une mémo religion : quelle richesse dans ce seul point d'histoire ! quel heureux concours de circonstances y découvre Virgile ! D'abord, ce qui est pour lui le plus flatteur, il voit dans Enée un portrait d'Auguste plus qu'ébauché : il sent, en habile politique, qu'il est à propos de diminuer par quelques moyens, dans les Romains, cet amour trop jaloux de leur liberté, et de les accoutumer à souffrir le joug du nouvel Empereur. C'est ce que lui offre encore son sujet, sans que ce peuple altier puisse même l'en soupçonner, »

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