‹ MélangesChapitre 79 sur 269 · XVII. PAILLET. — ÉTUDES DE L'ENÉIDE · texte numérisé non relu

XVII. PAILLET. — ÉTUDES DE L'ENÉIDE

lait pas s'en laisser imposer par cet étalage d'érudition; il suffisait d'un peu de réflexion pour apercevoir combien il arrive souvent àFulvius Ursinusde rapprocher des passages qui n'ont absolument aucune ressemblance, aucune analogie ; «t ce qui prouve que l'auteur des Etudes de Virgile n'a pas toujours consulté cet écrivain même avec toute l'attention nécessaire , c'est qu'il lui arrive de prendre les citations qu'il y a trouvées, dans un sens différent de celui qu'elles ont réellement. Ainsi, lorsqu'à la fin du troisième livre Ënée raconte la mort de son père, «ni le devin Hélénus, dit-il, ni la cruelle Céléno, ne m'avaient prédit ce malheur » . Sur quoi notre auteur s'exprime ainsi : « Cette dernière pensée est cf Achille apprenant la mort de Palrocle. » Or Achille, dans Homère, ne dit rien de pareil, en apprenant la mort de Patrocle, qu'il a déjà prévue au moment où Antiloque vient la lui annoncer; mais le passage cité par Fulvius Ursinus, sur le vers 712 du troisième livre de VÉ^ néide, dont il est question ici, est une réflexion d'Homère luimême, qui, après avoir peint le combat furieux que se livrent les Grecs et les Troyens autour du corps de Patrocle, ajoute :

« Achille cependant ignorait le trépas de Patrocle car sa

mère, qui lui avait souvent annoncé les décrets de Jupiter, ne lui avait pas prédit alors la mort d'un ami si cher. » On voit, au reste, que ce passage d'Homère n'a qu'un rapport bien vague et bien éloigné avec celui de Virgile.

On ne saurait nier cependant que Virgile, Horace, et les autres grands poètes de cette époque, n'aient fréquemment imité les plus illustres écrivains de la Grèce, chacun dans le genre qu'il avait plus particulièrement adopté; ils n'avaient pas manqué de mettre à profit, pour leur propre compte, le précepte que l'un d'eux donnait aux dateurs de son temps :

Vos exemplaria grœca Nocturnd versate mimu, versate diurmt.

Mais Virgile a imité Homère et les poètes d'Alexandrie, floracé a imité les lyriques grecs, comme Boiloau a imité Horace

et Virgile, comme Racine a imité Euripide et les écrivains hébreux, et c'était ce procédé d'imitation qu'il eût été utile et intéressant d'approfondir et de développer dans un ouvrage tel que celui qui est Tobjet de cet article; il fallait montrer comment le grand poète dont on se rendait l'interprète, en traitant un sujet, pour ainsi dire, contemporain de ceux qu'Homère a traités, en adoptant par conséquent le système mythologique du poète grec, en donnant à ses héros à peu près les mêmes mœurs, les mêmes opinions, les mêmes sentiments et les mêmes passions, a su pourtant créer un chefd'œuvre qui porte l'empreinte d'un génie original, et modifier tout cet ensemble de données d'une manière propre à satisfaire les esprits les plus délicats d'un siècle où la civilisation était singulièrement perfectionnée.

Il semble que tout ce qu'a fait l'auteur du livre que nous examinons se soit borné uniquement à recueillir différents morceaux, pris çà et là dans Virgile, qu'il avait peut-être eu occasion d'écrire à différentes époques, pour les exercices de ses écoliers, et à remplir les intermédiaires par un travail du même genre. Mais il aurait dû penser que ce qui est bon pour un auditoire, toujours naturellement disposé à l'indulgence, n'est pas quelquefois supportable dans un livre destiné à guider la jeunesse dans ses études, et dont la composition doit être extrêmement soignée sous tous les rapports; que plusieurs traits familiers, ou destinés à égayer des auditeurs bénévoles, ne peuvent pas sans inconvénient se reproduire dans un ouvrage sérieux, où ils deviennent une sorte d'inconvenance; qu'enfin, si, dans le débit rapide de ces examens soi-disant oratoires d'un poète ou d'un écrivain quelconque, soit grec, soit latin, l'écolier chargé de faire valoir la doctrine de son professeur n'a jamais pour contradicteur qu'un ami complaisant, bien plus empressé à encourager le maître et Télève qu'à relever les erreurs plus ou moins graves qui peuvent être échappées à l'un ou à l'autre, il n'en est pas de même d'un livre offert par le professeur tout seul au pubUc, qui attend

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