‹ MélangesChapitre 80 sur 269 · XVII. PAILLET. — ÉTUDES DE L'ENÉIDE · texte numérisé non relu

XVII. PAILLET. — ÉTUDES DE L'ENÉIDE

de lui une doctrine solide, un travail sérieux et véritablement utile.

Si l'auteur des Études de C Enéide avait fait ces réflexions, il n'aurait pas hasardé des pensées souvent communes et exprimées dans un style incorrect ou trop familier, comme lorsqu'il dit en parlant des Harpies : « Enée raconte à Didou tout ce qu'il eut à souffrir de ces vilains oiseaux. » — « Hélénus leur fait servir des rafraîchissements; mais, comme le vent était bon, Énée prie cet habile devin de l'instruire de la volonté des dieux. » Ici la liaison des idées n'est pas assez sensible, et Ton ne voit pas ce que le vent bon ou mauvais pouvait avoir de commun avec la prière d'Enée. — Ailleurs l'auteur s'exprime

ainsi: «Quelle adresse dans tout ce discours! le début est

d'une véhémence à étojiner ringrat le plus déterminé, Didon veut d'abord abattre son amant, etc. » — « Ces vers sans césure semblent tomber aux pieds d'Enée avec Didon pour le fléchir. » — Plus loin il dit encore : « Le discours que Boileau met dans la bouche de la femme du sieur Lamour pour arrêter son mari, est absolument fait d'après celui-ci. » Et ensuite : « Si le discours de la dame Lamtur est calqué d'après celui d'Enée, celui du perruquier l'est d'aprèslB, réponse d'Enée à Didon, etc., etc. » Il nous semble que tout cela n'est ni du bon goût ni du bon style.

Dans toutes les notes qui sont à la fin de ce volume, l'auteur a voulu développer avec plus de détail les premiers vers de \ Enéide, et ici encore il est tombé dans un excès souvent et justement reproché à ce genre d'explication ou d'analyse qui dégénère en minuties et en puérilités. On veut voir dans toutes les expressions d'un grand écrivain des beautés particulières, une énergie ou une grâce que personne n'y avait remarquées, de l'harmonie imitative, des effets, des intentions que le commun des lecteurs n'y soupçonne pas ; on s'appesantit sur chaque mot, et Ton étonne quelquefois, en effets par cet appareil et par tout ce fracas, des gens simples qui n'auraient jamais imaginé tant de belles choses. Ainsi, à propos de la description

que fait Virgile du séjour d'Éole et des vents, l'auteur de ces notes qui prétend,- on ne sait trop pourquoi, que cette description a donné lieu à celle de Talcôve du Trésorier dans le Lutrin, cite les vers de Boileau qui sont, en effet, d'une perfection admirable.

Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée, etc.

Puis il continue ainsi : « Quelle mollesse raffinée! il n'y a pas un seul mot dans ce portrait qui ne caractérise l'épicurien le

plus recherché Réduit^ marque un lieu écarté, isolé, bien

clos. Obscur, il fallait qu'il le fût pour pouvoir y dormir jusqu'au grand jour. Ce n'est pas assez d'un réduit obscur, il y a encore une alcôve enfoncée^ etc. » Voilà comment en se donnant, en quelque sorte, la torture pour expliquer ce qui est fort clair, on finit par rendre obscures les notions et les expressions les plus familières. Le mot réduit n'exprime pas toujours un lieu bien clos^ et quand on dit le réduit d'une alcôve enfoncée, on ne veut exprimer par là qu'une seule idée, et non pas deux idées distinctes, comme le prétend l'auteur de la note qu'on vient de lire.

Voilà bien des critiques; et c'est avec regret qu'on se voit obligé de signaler les défauts d'un ouvrage conçu dans un but louable, exécuté par un homme livré à des fonctions qu'on ne saurait trop encourager, et dont le zMe est assurément fort estimable; il n'a même prétendu, comme il s'en explique dans Taverlissement qui est à la tète de son livre, que mettre sous les yeux des lecteurs des observations qui ont été faites nombre de fois par tous les professeurs éclairés qui ojit expliqué Virgile à leurs élèves. Mais c'est précisément parce que rien n'est si commun que ce genre d'observations et d'explications, parce que c'est à peu près ce qu'on entend répéter chaque année dans les exercices publics de nos pensionnats et de nos collèges, et ce qu'on trouve dans un grand nombre de livres publiés par les professeurs de ces établissements, que nous avons jugé utile de nous exprimer avec franchise sur les défauts et

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