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XVIII. ACHAINTRE. — JUVÉNAL

sur rinsuffisance de ce mode d'interprétation des auteurs anciens. On s'autorise de l'exemple du célèbre Rollin qui, dans son Traité des Études, a donné quelques modèles de ce genre ; mais il faudrait au moins mettre dans ces imitations la même sûreté de goût, la même justesse d'esprit qui caractérisaient ce sage et respectable écrivain. De plus on ne saurait nier que depuis lui la science de l'antiquité, la critique et l'érudition classique ont fait des progrès sensibles, dont il serait à souhaiter que la plupart de ceux qui écrivent sur ces matières fussent mieux informés qu'ils ne paraissent l'être. C'est dans les livres publiés depuis environ trente ans par les plus habiles philologues de l'Allemagne, de la Hollande et de l'Angleterre, qu'ils pourront recueillir un grand nombre d'observations précieuses^ et on ne saurait trop les inviter à exploiter enfin cette mine si riche et si féconde.

Decimi Junii Juvenalis Satires ad codices Parisinos recensitœ, lectionum varieiate et commentario perpétua illustrât^ à Nie. Lud. Achaintre. Accedunt Had. et C. Valesiorum notée adhue inédits^. Parisiis, sumptibus et typis Firmini Didot. 1810. Deux volumes in-S**, prix 18 francs. {Mercure de Fra^ice^ février 1811, t. XLVI, p. 206.)

L'invention de ce genre de poésie didactique, connu sous le nom de satire j est incontestablement due aux Romains; Horace et Quintilien^ qui devaient être parfaitement instruits de ce fait, l'attestent de la manière la plus positive. On a prétendu que les petits poèmes appelés siiles chez les Grecs, genre dans lequel se distingua particulièrement Timon de Phliunte, avaient été de véritables satires; mais, à en juger par les fragments peu nombreux qui nous en restent, ce n'étaient que

des parodies (1) do divers passages des poèmes anciens, dont on faisait des applications plus ou moins piquantes et malignes à quelques personnages ou à quelque événement connu, comme Ta fait Boileau pour une des premières scènes du Cid. On sait qu'Ennius et Lucilius furent les premiers poètes latins qui se distinguèrent dans le genre satirique, et qu'ensuite Horace, Perse et Juvénal furent les plus illustres.

Voltaire, dans ses épitres, dans ses discours et dans quelques-unes de ses 'poésies satiriques, est peut-être celui de nos poètes qui a le plus approché de la manière d'Horace; c'est souvent la même grâce, le même enjouement, le même art de présenter d'une manière vive et piquante les vérités les plus utiles, et si le poète moderne l'emporte sur son modèle par l'importance et l'abondance des idées, quelquefois même par l'éclat et la vivacité du style, de son côté Horace a plus généralement ce ton calme et cette dignité soutenue qui aident à la persuasioh; il est plus exempt de ces personnalités dures, et quelquefois injustes, qu'on a reprochées à Voltaire.

La satire de Juvénal est devenue, pour ainsi dire, une espèce particulière d^ns ce genre d'écrire; elle a un caractère qui lui est propre, et qui est du au moins autant à l'influence des circonstances dans lesquelles vécut l'auteur, qu'à la nature de son talent. Né vers l'an de Rome 795, au commencement du règne de Claude, il entrait dans sa cinquante-cinquième année, lorsque Rome et l'Empire commencèrent à respirer, après une période d'environ quatre-vingts ans que dura, presque sans interruption, le despotisme le plus féroce dont on ait jamais entendu parler. Elevé par le philosophe Comatus dans les principes sévères de la philosophie stoïcienne, son âme contracta de bonne heure une sorte de roideur inflexible, que le spectacle des vices et des crimes, qui avaient si longtemps fatigué ses regards et affligé son cœur, pouvait facilement faire dégénérer en une sorte de misanthropie.

(1) Voyez Brunck. An. Gr., tome H, p. 67, et Diog. Laert. 1. IX, c. 12, etc.

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