XVIII. ACHAINTRE. — JUVÉNAL
nions un peu exagérées, et de quelques erreurs littéraires do M. Achaintre, dont on a fait justfoe peut-être un peu sévèrement dans un autre journal. Le texte entier de Juvénal, avec le commentaire perpétuel de l'éditeur, et des notes critiques au bas des pages, et enfin six tables des mesures linéaires, itinénéraire0, géodésiques, etc., des Romains, rapportées à notre système métrique, voilà ce qui compose le premier volume.
Le second comprend la vie de Juvénal, le catalogue raisonné des manuscrits, éditions et traductions de ce poète, une notice sur les divers savants qui ont successivement commenté ses satires. Ici, comme dans le volume précédent, M. Achaintre a profité de l'édition allemande, en modifiant, quelquefois en réfutant les opinions de M. Ruperti, et presque toujours avec une saine critique et une louable impartialité. Viennent ensuite les notes jusqu'alors inédites dont j'ai parlé tout à l'heure, puis les commentaires des anciens scholiastes de Juvénal, recueillis par le célèbre Pierre Pithou, et les corrections de ce savant jurisconsulte sur ces scholiastes. Le volume est terminé par un index général de tous les mots qui se trouvent dans le poète latin.
n est bien difficile que, dans un ouvrage aussi cousidérable, il ne se glisse pas quelques erreurs ; il est même impossible que, dans l'explication de tous les mots d'un auteur, comme celle que donne le commentaire de M. Achaintre, on ait toujours rencontré le sens exact et incontestable de chaque mot. Pour que le mérite de l'éditeur soit bien constaté, et pour que son travail ait de justes droits à l'estime et à la reconnaissance du public, il suffit que la très-grande partie soit à l'abri de tout reproche, et c'est ce qui a lieu ici. D'ailleurs il arrive plus d'une fois que les critiques se trompent dans leurs jugements, que ce qui leur paraît une faute n'est réellement pas répréhensible; que telle manière de voir ne leur semble préférable que parce qu'elle est la leur; et quant à moi, ce n'est qu'avec une défiance très-fondée de mes propres lumières que je hasarderai les observations suivantes.
Sal. I", V. 88.
Quidquid agunt homines, votum^ timor, tra, voluptas, Gaudia, discursuSj nostri est farrago libelH.
Il me semble que le nouvel éditeur, d'après M. Ruperii, a mal expliqué le mot discursus par perturbationes animi (désordres de l'esprit ou dos idées); il signifie démarches^ intrigues; c'est dans ce sens que l'ont employé Pline le jeune (1), Martial (2), etc.; la traduction de Dussault est donc exacte, en rendant ainsi ces deux vers : « Colère, volupté, joie, chagrins, projets, intrigues^ tout ce qui meut les humains sera la matière de mon livre. »
Dans cette même satire, v. 155 et suiv.
Porte Tigellinum ; iœdd lueebis in Ulà Quà stantes ardent qui fixo gutture fumant Et latum medid sulcum diducit arenà.
Tous les interprètes ont été fort embarrassés pour expliquer le dernier vers; la plupart y ont vu l'expression d'une autre espèce de supplice que celui qui est exprimé dans les deux vers précédents, et c'est en ce sens que Dussaulx l'a traduit : « Soit; mais nomme Tigellinus Que quelqu'un s'en avise; son cadavre empalé servira de fanal, et traîné sur l'arène, il y tracera un large sillon. » Ce sens serait plus probable en admettant l'ingénieuse conjecture proposée par M. F. Didot, quâ stans exardet^ etc. Mais comment l'expression latum sulcum diducit pourrait-elle convenir à celui ou à ceux qui sont représentés dans les vers précédents, stantes fixo gutture? ie crois qu'il faut l'entendre de l'effet de la lumière de cet affreux bûcher, qui, dit le poète , otivre un vaste sillon au milieu des ténèbres dont l'arène est couverte.
Qu'il me soit permis de hasarder encore mon sentiment sur un passage delà cinquième satire, qui a moins embarrassé les
(1) Epist. XXIII, lib. VIII.
(2) Epigv, XXXIX, lib. VII.