XIX. CORAY. — HÉLIODORE
empressé de satisfaire votre désir, afin de vous convaincre que l'amitié que j'ai pour vous pouvait seule me déterminer à entreprendre un travail dont mes occupations présentes semblaient devoir m'éloigner, etc. »
L'auteur, après avoir discuté la définition que Huet, dans son Traité sur Forigine des romans, donne de ce genre d'ouvrages, détermine d'une manière plus précise l'idée que les écrivains grecs s'en étaient faite ; ensuite il explique l'origine du mot roman, dont il ne croit pas qu'on doive introduire l'usage dans la langue grecque. Le mot mythisioria lui parait plus conforme au génie de cette langue et plus propre à exprimer la nature de la chose qu'il désigne, quoique ceux qui s'en sont servis les premiers fussent des Romains (1), et qu'ils ne l'aient pas employé pour désigner un roman proprement dit, mais une histoire ou biographie particulière, mêlée cependant de faits apocryphes, ou du moins d'anecdotes scandaleuses et peu dignes de la gravité de Thistoire; enfin, il esquisse rapidement l'histoire des romans grecs et de leurs auteurs.
(( Quelques savants, dit-il, prétendent que ce genre d'écrits fut connu chez les Grecs vers le temps d'Alexandre, ou du moins peu après le règne de ce prince. Ils regardent Cléarque, disciple d'Aristote, comme le premier qui ait composé de ces sortes d'ouvrages, quoiqu'il soit probable, comme Huet le soupçonne avec raison, que le livre de Cléarque intitulé Eroticay n'était pas un roman, mais plutôt un recueil abrégé de diverses narrations sur des sujets d'amour, comme ce qui nous reste de l'ouvrage de Parthénius, intitulé des Aventures d amour, et les narrations de Plutarque et de quelques autres sur ce même sujet; cette conjecture acquiert encore plus de probabilité par le témoignage d'Athénée (1. 12, p. 873), qui nous apprend que le premier livre des Erotiques de Cléarque contenait l'histoire des amours de Gygès, roi de Lydie. 11 paraît aussi que Cléarque
(1) Capitoljn, dans la vie de Macrin, ci; et Vopiscus, dans celle de Firmien, c. I.
avait fait entrer dans ses narrations des dissertations philosophiques sur Tamour; suivant en cela l'exemple d'Aristote, son maître, et celui de Théophraste, qui avait été comme lui disciple de ce philosophe, puisque Tun et Tautre avaient écrit des discours intitulésJÇro/ico/î, et il y a lieu de présumer que c'est à Timitation de ces écrivains que Plutarque composa la dissertation que Ton trouve parmi ses ouvrages sous le même titre.
« Peut-être serions-nous autorisé à porter le même jugement sur Antiphane, quoique Antoine Diogëne, dans ses histoires fabuleuses, intitulées des Merveilles de Thulé (voy. Photius, cod. 166) dise positivement qu'Antiphane, qui était beaucoup plus ancien que lui, avait écrit des récits merveilleux du même genre. Au reste il n'est pas facile de découvrir ce qu'était cet Antiphane, ni à quelle époque il ilorissait. Quelques-uns croient que c'est le rilême que le poète comique Antiphane, delà ville de Bergue, en Thrace, dont le caractère impudent et menteur donna heu à ces façons de parler proverbiales, un conte bergéen, pour dire un mensonge incroyable ; bergatser^ pour mentir impudemment.
« Quoi qu'il en soit donc, le premier romancier connu que Ton doit citer, est Antoine Diogène, qui vécut après le règne d'Alexandre. Il ne nous reste de son ouvrage sur les Merveilles de Tliulé^ que Targument qui a été copié par Photius. Les principaux personnages du roman sont Dinias et Dercyllis son amante, comme dans Iléliodore, Théagène et Chariclée; dans Achille Tatius, Clitophon et Lcucippe, etc., d'où Photius conjecture avec raison que l'ouvrage d'Antoine a été le modèle et comme la source et l'origine de tous ceux du même genre.
<( Après Antoine biogène, on nomme Aristide de Milet, auteur des contes obscènes et licencieux qu'il intitula Milesiaques. Ces productions de la mollesse ionienne furent traduites en latin par Sisenna, historien romain, contemporain de Sylla, et le goût que les Romains prirent à cette lecture peut être regardé comme une preuve incontestable de la