‹ MélangesChapitre 87 sur 269 · XIX. CORAY. — HÉLIODORE · texte numérisé non relu

XIX. CORAY. — HÉLIODORE

corruption qui commençait dès lors à dégrader leurs mœurs. Suréna, général des Parthes, dans le butin qu'il fit sur les Romains lorsqu'il vainquit Crassus, ayant trouvé, suivant ce que dit Plutarque {Vie de Crassus^ ch. 32), les Milésiaques d'Aristide, présenta ce livre au sénat de Séleucie, raillant amèrement les Romains, de ce que même en temps de guerre ils ne pouvaient s'abstenir de la lecture d'écrits aussi infâmes.

« Je ne vois pas trop pourquoi on rangerait dans la classe des romans les Discours sybaritiques ; c'étaient, comme le dit positivement Hésychius, au mot Sybariiikoi logoi, des fables à l'imitation de celles d'Ésope, dont elles ne différaient qu'en ce que les personnages des Fables sybaritiques étaient des hommes (i) et non pas des animaux dépoui*vus de raison, comme dans la plupart de celles d'Esope. Il est plus que probable que les Discours sybaritiques étaient ce qu'on appelle en français des contes, probablement dans le genre de ceux de Roccace ou de La Fontaine, peut-être même très-semblables aux Milésiaques d'Aristide. Ce qui me porte à le croire, c'est l'étroite amitié qui régnait entre les deux peuples, je veux dire les Sybarites et les Milésiens.

« Lucius de Patra, qui florissaît vers le temps d'Antonin et de Marc-Aurèle, écrivit les Métamorphoses magiques des hommes changés en animaux^ et des animaux changés en hommes^ dont Lucien nous a conservé un exemple dans un conte assez licencieux intitulé : Lucius ou F Ane, Ce conte est, en quelque sorte, un abrégé des deux premiers livres des Métamorphoses de Lucius, comme leditPhotius (Cod. 129). A considérer la nature du roman, il parait que ni les écrits de Lucius, ni ceux d'Aristide, ni les Discours sybaritiques ne doivent être rangés dans ce genre d'ouvrages.

(1) « Elien {Vdi*, hisi., 1. XIV, c. xx) nous a conservé un de ces apologues des Sybaritesj qui est très-court. C'est celui d'un pédagogue qui réprimandait trèssévèrement son élève pour avoir ramassé une figue qu'il avait trouvée. Le pédant la lui ôta des mains avec colère^ et la mangea lui-même sur-le-champ avec avi* dite. X

(( Jamblique, Babylonien denaissance, florissaitàpeuprès dans le même temps que Lucius : son ouvrage était intitulé : Fiction dramatique où sont représentées des aventures d amour ^ et selon Suidas : Babyloniques. SinonisetRhodané, son amant, sont les principaux personnages du roman, dont il ne nous reste que la notice assez étendue qu'en a donnée Photius (1). Après Jamblique on place Héliodore; mais puisque, je dois entrer dans un plus grand détail sur cet écrivain,, je passe immédiatement à Tatius.

« On ne sait dans quel temps vécut Achilles Tatius, né à Alexandrie, et auteur d'un roman assez licencieux, intitulé : les Aventures de Clitophon et de Leucippe. Il parait néanmoins qu'il fut postérieur à Héliodore, qu'il imite en beaucoup d'endroits et toujours trës-malheureusement. Son style est rempli d'affectation; il se montre partisan outré des digressions sophistiques, et n'épargne pas à ses lecteurs les détails obscènes, dont au moins on ne trouve pas la moindre trace dans Héliodore. S'il faut en croire Suidas, Tatius était non-seulement chrétien, mais même évêque.

« On ne connaît pas davantage le lieu ni l'époque où vivait Longus, auteur du roman pastoral de Daphnis et Chloé. Son nom, s'il n'a pas été altéré par les copistes, paraît tout à fait latin, et doit avoir été un surnom plutôt qu'un nom propre.

Quoi qu'il en soit, (â). On peut justement appliquer k ces

écrivains à prétentions si ridicules, le mot d'un Lacédémonien qui, au rapport do Plutarque, cutcndaut un rhéteur débiter de grandes périodes, s'écria : Parles Dieux! voilà un homme d'un fier courage, qui remue si habilement la langue sans sujet.

(( Suidas fait mention de trois romanciers qui ont porté le nom de Xénophon : le premier, d'Antioche, qui, comme Jamblique, composa un roman sous le titre de Bahy Ioniques ;\t

(1) Voyez aussi Huet, sur COrigme (/es i'oma7is^ p. 68, et la nouvelle édition de la Bibliothèque grecque de Fabricius, t VII, p. 153.

(2) [Voir ci-dessus, p. 182, la suite de ce passage.]

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