XIX. CORAY. — HÉLIODORE
second, Cyprîen, et auteur des Cypriaques ou Aventures de Cinyre de Myrrha et d Adonis; et le troisième, Ephésien, le seul dont l'ouvrage nous soit resté. Il est intitulé : les Éphésiaques, ou Aventures d'Anthéas et cTAbrocoma. A ne considérer que le style simple et sans affectation de cet auteur, on pourrait croire qu'il a écrit dans un temps où le goût du beau n'était pas encore tout à fait éteint parmi les écrivains. Mais on y remarque une foule de phrases et de locutions propres à la langue vulgaire, ce qui me fait regarder ce Xénophon comme de beaucoup postérieur à Héliodore.
« Il faut en dire autant de Chariton, auteur des Amours de Chéréas et de Callin*hoé : son style est également simple et négligé, mais il est aussi lâche et décousu ; sa fable est peu sensée, et c'est plutôt un tissu de contes qu'une intrigue nouée avec art. Dorville, qui en a donné une édition enrichie de notes savantes, regarde avec raison cet auteur comme postérieur à Héliodore, à Achilles Tatius, à Longus et à Xénophon. Il emploie souvent des tournures et des expressions tirées de la langue vulgaire, d'où je conjecture que Chariton a écrit vers la fin du vin* ou peut-être même du ix° siècle. »
M. Coray parle encore de trois ou quatre écrivains qui n*ont été que les plats imitateurs, ou copistes, de ceux qu'il vient de nommer, ou même les copistes les uns des autres ; tels sont un Ëustathius ou Eumathius, qu'on a très-mal à propos confondu avec l'illustre archevêque de Thessalonique, auteur des commentaires sur Homère ; celui-ci, de qui nous avons un détestable roman intitulé : Histoire dHisminé et d'Hisminias, vivait probablement vers le milieu du douzième siècle. — Vient ensuite un Théodore, surnommé Prodromus ou Ptochoprodomus, qui n'a donné, sous le titre d'Histoire de Rhodante et de DosiclèSj qu'une misérable copie des Êthiopiques; cnlin, un Nicétas Eugénianus, qui a composé en vers ïambiques les Aventures de Drosilla et de Chariclès, à l'imitation de Prodromus, comme il s'en vante lui-même au titre de son ouvrage. 11 est probable que cet Eugénianus vivait vers la fin du xu" ou au
commencement du xiii* siècle. La misérable rapsodie qui porte son nom est encore inédite. Mais il est temps de revenir à Iléliodore, qui a donné lieu à cette digression.
« Cet auteur llorissait vers la fin du quatrième siècle de Tèrc chrétienne, sous le règne de Théodose le Grand, et sous celui d'Arcadius et dHonorius ses fils. Il était d'Emisa, ville de la Phénicie, peu éloignée des bords de TOronte, et Tune des plus fameuses de celles qui étaient sous la domination des Séleucides, successeurs d'Alexandre. C'est là qu'il y avait un temple du Soleil, qu'on y adorait sous le nom d'Alagabal ou Elagabal, d'où le stupide Antoninus, qui était parti d'Emisa pour prendre possession du trône impérial, fut surnommé Héliogabale, parce qu'il avait d'abord été fait prêtre du Soleil. Il est probable que c'est pour faire allusion à ce culte qu'Héliodore dit à la fin de son livre (si tou lef ois cette fin est de 1 ui) , cow/>05<?7^flrr ffe7ïWo;r, Phénicien d'Emisa, fils de Théodose, de la race du Soleil. Soit que ses ancêtres eussent, en effet, la prétention d'être issus de ce dieu; soit, comme cela est plus probable, qu'il ait seulement voulu dire par là que quelques-uns d'entre eux avaient été prêtres du Soleil.
(( Photius rapporte simplement qu'Héliodore fut évêque ; mais Socrale et INicéphore ajoutent que c'était de Tricca, en Thcssalio, qu'on nomme aujourd'hui, en langue vulgaire, Triccala, Ces deux historiens rapportent aussi qu'il écrivit les Ethïopiques étant encore tW's-jeunc, et conséquemment avant qu'il eut été élevé à l'éjnscopat. »
M. Coray s'autorise dt» ce fait, pour réfuter une anecdote rapportée par le seul Nicéphore qui dit que le synode national de Thessalie ordonna à Iléliodore de brûler son roman, comme un livre dont la lecture pouvait être dangereuse pour la jeunesse, ou de se démettre de son évêché, et qu'il préféra la conservation de son livre au trône épiscopal. L'Eglise, ajoute notre auteur, possédait alors un grand nombre de savants prélats qui n'étaient pas de caractère à se scandaliser des sages amours de Théagènc et de Chariclée, nia exclure del'épiscopat