XIX. CORAY. — HÉLIODORE
un homme dont les mœurs étaient aussi pures que celles d'Héliodore, et qui portait, pour ainsi dire, àTexcès Tamour de la chasteté, etc. Nons ne .suivrons point le savant éditeur dans le détail des preuves dont il s'appuie également pour démontrer que Ton ne saurait raisonnablement attribuer à Héliodore un mauvais poème sur l'alchimie, qui a été mis sous son nom. Il parait évident que cette misérable rapsodie ne peut être attribuée qu'à quelque écrivain du xn® ou du xm*" siècle.
M. Coray discute ensuite le mérite littéraire du roman d'Héliodore, et il montre que cet écrivain a connu les règles qui constituent un poème régulier ; règles qui ne sont, au reste, importantes et utiles qu^en ce qu'elles sont fondées sur l'observation de la nature, et qu'elles guident l'écrivain ou l'artiste vers le but qu'il doit se proposer, c'est-à-dire, l'imitation exacte de cette môme nature, soit dans les caractères qu'il invente, soit dans les lieux qu'il décrit, dans les passions ouïes faits dont il trace le tableau. Passant ensuite à l'examen du style de son auteur, M. Coray observe qu'il est une imitation, ou même une espèce de parodie des meilleurs écrivains anciens, et particulièrement d'Homère et d'Euripide, mais il rend également justice à l'adresse et à l'habileté avec laquelle Héliodore a su employer toutes ces pièces de rapport, au point de donner à son style un air d'originalité tel, qu'il faut un œil très-exercé pour apercevoir les vols ouïes emprunts que cet écrivam s'est permis. De son temps, et même quelques siècles avant lui, la langue grecque était presque devenue une langue morte, en sorte que ceux qui voulaient écrire en grec, ne faisaient guère qu'imiter les anciens auteurs.
Après avoir parlé des différentes espèces d'imitateurs que produisit cette époque, et dont les uns n'étaient que d'impudents et ridicules plagiaires, tandis que les autres, à l'exemple d'Héliodore, s'étaient familiarisés avec les expressions et les tournures des bons écrivains, au point de se les rendre propres, M. Coray entre dans le détail des diverses éditions qui ont paru du roman d'Héliodore, et des secours qu'il a eus
pour la sienne. Il parait que celle qui fut donnée en 1596 par Jérôme Comelin, avec la traduction latine par un noble polonais, a servi de type, eu quelque sorte, à toutes les éditions postérieures qui n'ont fait que la reproduire avec très-peu de changements. C'est donc sur celle-là que le nouvel éditeur a cru devoir travailler, et il en a rappelé les pages aux marges du texte qu'il a fait imprimer. Il a tiré quelques secours de l'exemplaire sur lequel Amiot avait fait sa traduction, et où ce savant littérateur avait consigné les variantes du manuscrit du Vatican, qu'il avait collationné à Rome avec l'édition de Bàle donnée en 1534 par Vincent Opsopœus : enfin, ce n*est que lorsque son travail était presque entièrement achevé qu'il a eu connaissance d'un exemplaire chargé des notes manuscrites et des variantes du savant Saumaise, et, pour ne pas priver le public du travail nécessairement précieux et intéressant d'un aussi habile helléniste, M. Coray a fait imprimer toutes ces notes et variétés de lecture, à la fm du second volume de cette nouvelle édition. Mais, quels que fussent les travaux de ceux qui Tout précédé dans cette carrière, on peut affirmer avec vérité qu'il aplus contribué, lui seul, à la correction et à la pureté du texte d'IIéliodore que tous ses devanciers.
La lettre dont tous ces détails sont extraits, est terminée par une digression sur les moyens de perfectionner la langue grecque moderne. L'auteur, qui est un véritable ami de sa patrie, et qui s'adresse à un compatriote qui partage à cet égard tous ses sentiments, ne pouvait traiter un sujet plus important, et il y porte cette raison saine et cette sage critique mûrie par la réflexion et par Tetude assidue des grands modèles, qui caractérisent spécialement tous ses écrits.^ Sans doute il veut que ceux de ses compatriotes qui aspirent à la gloire de recréer en quelque sorte la langue grecque, s'y préparent par une connaissance approfondie des anciens écrivains, mais il est loin de penser, comme quelques personnes de sa nation, que cette régénération du langage puisse s'opérer en rétablissant dans l'idiome moderne le plus grand nombre des locutions, et, eu