XIX. CORAY. — HÉLIODORE
général, la syntaxe et la phraséologie des Grecs anciens ; ce serait méconnaître entièrement Je but, et, par conséquent, la manquer, que d'y marcher par cette route.
Tels sont les objets que M. Coray a traités dans la dissertation, en forme d'épître, qu'il a placée à la tête du premier volume de son édition, contenant le texte d'Héliodore. Il Ta fait suivre des extraits de Photius et Psellus, etc., où ces écrivains ont fait mention de Touvrage sur lequel il a travaillé ; et, enfin, d'une espèce d'argument où lui-même a tracé d'une manière plus complète la fable, et exposé plus en détail toute la contexture de ce roman.
Le second volume contient, comme nous l'avons déjà dit, des commentaires très-étendus sur le texte d'Héliodore ; c'est là que le savant éditeur rend compte des motifs qui l'ont déterminé à adopter telle leçon plutôt que telle autre, justifie les corrections qu'il a cru devoir faire, et propose les conjectures qui se sont offertes à son esprit. Indépendamment de ces notes purement critiques, on y trouve un grand nombre de remarques grammaticales et philologiques, que les personnes même qui ont acquis beaucoup d'érudition liront avec plaisir et intérêt, et qui seront de la plus grande utilité pour ceux qui étudient la langue grecque et l'antiquité. Enfin, les index qui terminent ce volume, et qui sont faits avec soin, donnent la facilité de s'en servir comme d'une espèce de dictionnaire philologique et grammatical où l'on trouve la solution d'une foule de difficultés, les significations peu communes d'un grand nombre de mots qu'on chercherait vainement dans les lexiques ordinaires.
C'est ainsi que M. Coray a su donner un très-haut degré d'utilité à un ouvrage, pour ainsi dire, frivole; c'est ainsi qu'il a confirmé, par son exemple, ce principe qu'il veut que l'on inculque de bonne heure à ceux de ses jeunes compatriotes qui se vouent à la culture des lettres, de ne pas écrire une phrase, une ligne, un mot qui ne puisse produire directement ou indirectement quelque avantage, grand ou petit, à cette patrie que ous doivent chérir avec idolâtrie. Félicitons aussi M-. Alexandre
Basile du noble emploi qu'il fait de sa fortune, en coutiîbuant avec tant de zèle au progrès et à la propagation des lumières dans son pays ; félicitons-le surtout de ce qu'il sait unir, à des talents distingués dans sa profession, un esprit cultivé et des connaissances très-étendues dans cette belle littérature grecque qui a servi de modèle à tout ce que le génie a produit de grand et de sublime en ce genre dans les temps modernes, et de ce qu'il se connaît en véritable gloire. Si la Grèce moderne possède beaucoup de citoyens comme M. Coray, comme son digne ami M. Alexandre, et quelques autres négociants connus ainsi que lui par leur zèle philantropique et par le noble usage qu'ils font de leurs richesses, il ne faut point douter que cette régénération de la nation grecque, qui est l'objet de tous leurs vœux, ne s'achève enfin, et qu'il viendra un jour où les regards des amis de la raison et de l'humanité, fatigués du spectacle de dégradation et de servitude qu'offrent tant d'autres climats et tant d'autres pays, se tourneront avec quelque consolation vers cette terre classique du génie et de la liberté.
XXt^J
Théorie des sentimejits moraux^ ou essais analytiques des jugements que portent naturelloment les hommes d'abord sur les actions des autres et ensuite sur leurs propres actions : suivi d'une dissertation sur rorigine des langues, par Ad.am Smitu ; traduite de l'anglais sur la 7* édition, par S. Grouchy V^® CiONDOiicKT. Elle y a joint huit lettres sur la sympathie. 2 vol. in-8° de oOO pages chaque. Paris, chez Buisson, rue Ilautefeuille, n° 20, an VI de la Bépublique (1798).
L'ouvrage de Smith sur les fondements de la morale était connu depuis longtemps comme un livre plein de vues fines
(1) [Ce compte rendu ne paraît pas avoir été publié.)