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XX. Vv« CONDORCET. - LETTRES SUR LA SYMPATHIE

et profondes, d'observations précieuses, et d'une excellente philosophie, mais la traduction que nous en avions était extrêmement imparfaite, et, depuis qu'elle avait paru, l'auteur original avait revu son ouvrage à différentes reprises, et l'avait considérablement changé et augmenté. C'était donc un vérita* ble service à rendre aux lettres et à la philosophie que de faire connaître en France cet excellent ouvrage, et c'est le but que remplit parfaitement la traduction que nous annonçons. Elle est écrite avec autant de pureté que d'élégance, nulle part on n'y ressent la contrainte et la gêne que semble devoir entrainer la nécessité où l'écrivain est de se plier et de s'asservir, en quelque sorte, aux idées d'autrui. C'est véritablement un livre français et un livre très-bien écrit, et cela ne peut arriver que lorsque le traducteur est parfaitement maître de sa langue et du sujet. On ne saurait s'empêcher de reconnaître ce double avantage dans la Citoyenne Condorcet, et, si ses Lettres sur la sympathie prouvent que les matières philosophiques les plus abstraites et les idées métaphysiques les plus déliées lui sont familières, son style prouve également que, malgré la gêne de notre langue, la traduction conserve sous sa plume toute la grâce, la précision et la flexibilité dont elle est susceptible.

Il nous serait difficile, vu la multiplicité des objets que ce journal embrasse, d'y donner une analyse très-étendue de l'ouvrage de Smith. Ceux que ce sujet intéresse (et qui ne doit-il pas intéresser?) éprouvent un grand plaisir h suivre plus facilement et plus distinctement la chaîne des idées et des principes de l'auteur dans l'excellente traduction de la Citoyenne Condorcet. Nous nous bornerons à rendre un compte succinct de ses Lettres sur la sympathie dans lesquelles elle a étendu et quelquefois combattu les idées que renferme l'ouvrage original.

Smith regarde \disympathie comme la source de tous nos sentiments moraux ; et il entend par ce mot sympathie, la faculté qne nous avons de partager les passions et les affections quelconques des autres êtres. Cette faculté n'est, comme on voit.

que le résultat de notre susceptibilité physique ; et Smith reconnaît expressément cette vérité. Mais Tauteur des lettres observe avec raison qu^il n'a pas assez pris soin do rattacher, pour ainsi dire, à cette première cause, tous les faits qu'il observe et dont il constate l'existence. « Avant d'examiner, dit-elle, les causes de la sympathie que nous éprouvons à l'occasion d'un mal moral, il faut examiner les causes de celle que nous éprouvons à l'occasion des maux physiques. » Ces causes sont dans le sentiment douloureux que nous fait éprouver la vue des maux d'autrui, par le souvenir de ceux que nous avons éprouvés nous-mêmes, ou par l'idée des maux semblables auxquels nous pouvons être exposés: «en effet, dès que le développement de nos facultés et l'expérience répétée de la douleur nous permettent d'en avoir l'idée abstraite, cette seule idée renouvelle en nous l'impression générale faite par la douleur sur tous nos organes.» Il faut en dire autant du plaisir, avec cette différence que, l'intensité du plaisir étant moindre que celle de la douleur, son impression générale sur nos organes est moins facile à réveiller. C'est donc d'abord comme êtres sensibles que nous sommes susceptibles de sympathie pour les maux physiques; mais cette sympathie que notre sensibilité commence, et qui est une partie de ce que nous comprenons sous le nom à^lmninnité, se complète par la réflexion. « C'est elle qui, parles habitudes qu'elle donne à notre sensibilité, en prolongeant son mouvement, fait que l'humanité devient dans nos âmes un sentiment actif et pennanent, qui, brûlant de s'exercer, va, sans attendre qu'on l'excite, chercher le bonheur des hommes dans les travaux des sciences, dans les méditations de la nature, de l'expérience et de la philosophie, ou qui, s'attachant à l'infortune, la suit partout et en devient le consolateur, le dieu. Le sentiment de l'humanité est donc, en quelque sorte, un germe déposé au fond du cœur de l'homme par la nature, et que la faculté de réfléchir va féconder et développer. »

L'auteur explique ensuite comment, de la seule sympathie

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