XX. V CONDORCET. — LETTRES SUR LA SYMPATHIE
digieusement renforcées par elles. Dans tout ce qu'elle dit à ce sujet on reconnaît un esprit juste, étendu, éclairé, une âme élevée dégagée de préjugés et pénétrée des grands principes de liberté qui peuvent seuls accélérer le perfectionnement de l'espèce, et le bonheur des sociétés politiques. Au reste peutêtre la sympathie est-elle une cause trop subalterne, si Ton peut s'exprimer ainsi, pour être regardée comme le fondement de la morale : l'auteur des lettres paraît l'avoir senti en s'occupant d'étendre à cet égard l'idée de Smith. Mais peut-être aurait-il été possible de montrer plus directement encore comment toutes nos idées morales tiennent à l'amour de soi, qui n'est pas l'égoïsme comme on sait très-iien, mais qui résulte nécessairement du sentiment de notre propre conservation, sentiment dont la nature semble avoir voulu se servir pour assujettir les êtres animés à ses vues, et qu'elle nous a commandé impérieusement en nous donnant la sensibilité physique.
Cabanis. Les six premiers mémoires sur les rapports du physique et du moral de l'homme.
Lettre aux Auteurs de la Décade (1).
Citoyens,
C'est à vous qui êtes honorablement inscrits parmi les partisans fet les défenseurs de la saine philosophie, qu'il appartient de signaler les progrès qu'elle a fait faire à la raison humaine. Permettez-moi donc d'appeler votre attention sur une suite de mémoires qui se trouvent parmi ceux de l'Institut
(1) [Décade, an Vm (1800), 3° trimestre, 20 floréal, p. 262.]
national (1), et qui me paraissent propres à répandre sur la science positive de la morale, une lumière également précieuse et incontestable. Le C. Cabanis à qui nous devons ce beau travail, y expose « les rapports de l'étude physique de Thomme avec celle des procédés de son intelligence ; ceux du développement systématique de ses organes avec le développement analogue de ses sentiments et de ses passions , rapports d'où il résulte clairement que la physique, l'analyse des idées et la morale ne sont que les trois branches d'une seule et même science, qu'on peut appeler à juste titre la science de l'homme, »
Pour caractériser le degré de perfectionnement que cette science vient d'acquérir par les méditations du C. Cabanis, peut-être faut-il jeter un coup d'œil sur l'état oti l'avaient laissée les philosophes qui l'ont précédé dans cette carrière. Et d'abord un fait assez remarquable, c'est que depuis Aristote jusqu'à Locke, et l'on pourrait dire même jusqu'à Condillac, tout ce qui a été écrit sur la métaphysique, la logique, l'analyse des sensations et des idées, n'a été à proprement parler que de la grammaire générale ; c'est-à-dire que ces philosophes n'ont fait la plupart du temps qu'analyser les mots et déterminer, avec plus ou moins de succès, le nombre et la nature des idées qui y sont attachées. Que Ton relise attentivement \ Essai do Locke, dit M. Horne-Tooke (2), et que Ton juge si les conclusions de cet immortel écrivain, lorsqu'elles sont exactes, ne sont pas également justes et évidentes, en substituant le mot termes ^\x mot idées partout oii il parle de la comparaison, de la composition, etc., des idées. Il est aisé devoir, pour le dire en passant, que, dans l'état où était la philosophie rationnelle à Tépoque où Descartes voulut établir la doctrine des idées innées, il ne fallait, pour réfuter cette doctrine, que demander si les mots
(1) Partie des Sdences morales et politiques y t. I, depuis la page 37 jusqu'à la page 208.
(2) M. Home Tooke est Tauteur d'un ouvrage très-neuf et très-ingénieux sur la grammaire générale. [EHEA nXEPOENTA or the diversions of purley. 1786.]