XXI. CÂBÂNIS. -< SIX PREMIERS MÉMOIRES
aussi sont innés. Mais un principe important, ou plutôt, comme le dit très-bien le C. Cabanis, un dernier résultat auquel ces considérations ont donné un degré d'évidence palpable, pour ainsi dire, c'est que nos idées viennent des sens. On sait quel parti Helvétius, Condillac,' Charles Bonnet, et quelques autres hommes de génie^ ont tiré de cette vérité. Cependant, faute d'attacher à Texpression de sensibilité physique toute Tétendue qu'elle comporte réellement, il s'est trouvé plusieursphénomènes qu'ils ont mal expliqués, et un grand nombre d'autres encore qu'ils semblent n'avoir pas aperçus. Il était réservé à un homme qui joindrait, à des connaissances profondes en physiologie, un esprit aussi juste qu'étendu, de rectifier les erreurs échappées à ces illustres écrivains, et d'ouvrir une roule nouvelle, une source féconde on applications utiles à l'éducation, à la morale, en un mot au bonheur et au perfectionnement des nations et des individus.
Les mémoires du C. Cabanis me paraissent réunir éminemment ces divers avantages, et j'ai pensé, citoyens, que vous accueilleriez avec intérêt l'exposé rapide que je vous fais de sa doctrine. Au reste, on conçoit facilement que ce n'est pas dans un simple extrait qu'onpeut prendre une idée suffisante de cette doctrine aussi neuve qu'importante, et dont la nouveauté même rend presque indispensables tous les développements dont l'auteur l'a appuyée. Mon but est donc essenliellement de fixer l'attention des bons esprits sur l'ouvrage même du C. Cabanis, qui a su exposer ses idées dans un style à la fois noble, élégant et facile, et parfaitement approprié à la dignité du sujet.
Le premier mémoire intitulé Considérations sur rétiide de C homme et sur les rapports de son organisation physique avec ses facultés intellectuelles, sert en quelque sorte d'introduction à tout le système des recherches que l'auteur se propose de faire, et des idées qu'il veut établir. Il y marque nettement son point de départ, les conditions qu'il croit nécessaires pour assurer le succès dans ce genre de considérations, et les questions accessoires qu'il peut être utile d'écarter, soit parce qu'elles sont
entièrement inaccessibles à Tesprit humain, d'après la nature de ses facultés, soit parce que, dans Tétat actuel de nos connaissances, on peut en regarder Texamen comme prématuré. Ainsi, après avoir esquissé rapidement Thistoire de la, philosophie rationnelle, il observe que les hommes qui ont eu le plus de vues utiles et importantes dans cette partie , ont assez généralement eu des connaissances physiologiques, et que c'est pour avoir été plus étrangers à ce genre- d'instruction qu'Helvétius et Condillac sont tombés l'un et l'autre, dans des erreurs capitales. « S'ils eussent mieux connu l'économie animale, dit le C. Cabanis, le premier aurait-il pu soutenir le système de l'égalité des esprits? Le second n'aurait-il pas senti que l'âme, telle qu'il l'envisage, est une faculté, mais non pas un être; et que si c'est un être, à ce titre, elle ne saurait avoir plusieurs des qualités qu'il lui attribue? » — « Puisque nos idées, dit-il ailleurs, ne sont que le résultat de nos sensations comparées, il s'ensuit qu'il n'existe pour nous de causes extérieures que celles qui peuvent agir sur nos sens, et que tout objet auquel nous ne saurions appliquer nos facultés de sentir, doit être exclu de ceux de nos recherches. »
Jusquici les écrivains qui ont traité de Tanalyse des sensations n'ont envisagé la faculté de sentir que dans les organes des sens proprement dits ; mais il s'en faut bien que les impressions particulières à ces organes embrassent Tuniversalité des phénomènes produits par la sensibilité physique, répandue ainsi que la vie dans tout le système de Téconomie animale : système , qui lui-mi^me est susceptible d'éprouver des modifications variées à Tinlini, à raison de Tâge, du tempérament, du sexe, du climat, du régime, de l'état sain ou maladif, etc. Cette seule considération, dont la plus légère attention suffit pour nous faire sentir Téclatante vérité, nous iilontre la science de l'homme sous un point de vue entièrement neuf, et ouvre à l'esprit de recherche et d'analyse un champ immense et bien séduisant par la multitude et l'importance des faits qu'on peut y recueillir. « C'est sous ce point