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XXI. CABANIS. — SIX PREMIERS MÉMOIRES

de vue, dit avec raison le C. Cabanis, que l'étude physique de l'homme est principalement intéressante ; c'est là que le philosophe, le moraliste, le législateur, doivent fixer leurs regards, et qu'ils peuvent trouver à la fois et des lumières nouvelles sur la nature humaine, et des vues fondamentales sur son perfectionnement;. » Mais encore une fois il ne peut être permis de marcher dans cette route nouvelle qu'à ceux à qui les sciences physiologiques et médicales sont familières; et sous ce rapport, qui mieux que le C. Cabanis pouvait entreprendre de développer les idées et les théories importantes auxquelles ces considérations peuvent conduire?

Dans V Histoire physiologique des sensations, qui fait la matière du second mémoire, l'auteur, toujours attentif à bien assurer sa marche, et à ne laisser derrière lui aucune difficulté qu'il soit possible d'éclaircir, s'arrête un moment sur une discussion qui s'était élevée entre les plus célèbres physiologistes. Haller niait que la sensibilité fût l'unique cause des mouvements organiques, et il reconnaissait dans les fibres musculaires, ou plutôt dans les nerfs qui sont unis à ces fibres, une propriété distincte et même indépendante, à certains égards, de la sensibilité, et il lui donnait le nom àHiTitabililé, L'école de Stahl et beaucoup d'autres soutenaient, au contraire, que l'on devait uniquement rapporter à la sensibilité tous les phénomènes dont les disciples de Haller croyaient devoir faire deux classes distinctes. Mais ce n'est guère ici qu'une question de mots, comme l'observe le C. Cabanis. « En effet, dans Tune et dans l'autre hypothèse, les phénomènes s'expliquent à peu près de la même manière, et l'analyse philosophique s'y applique également bien ; seulement, il y a plus de simplicité dans celle de l'école de Stahl, et l'unité du principe physique y cadre mieux avec l'unité du principe moral, qui bien certainemeiit n'en est pas distinct. »

Une vérité universellement reconnue, et qui résulte des expériences les plus simples et les plus familières, c'est que les nerfs sont le siège particulier de la sensibilité '^u'ils distri-

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buent dans tout le système de nos organes, dont ils forment le lien général. Mais les impressions qui affectent les diverses parties de ce système ne se font pas d'une manière uniforme ; « elles ont, au contraire, relativement à l'individu qui les reçoit, des effets très-différents ; les unes lui viennent des objets extérieurs; les autres, reçues dans les organes internes, sont le produit des fonctions vitales : il apresque toujours la conscience des unes, il peut du moins s'en rendre compte. Il ignore les autres ; il n'en a du moins aucun sentiment distinct. Enfin les dernières déterminent les mouvements dont la liaison avec leurs causes échappe à ses observations. » Ainsi la circulation du sang, l'action péristaltique des intestins, etc., déterminée par des forces musculaires, ou par certains mouvements toniques, très-ressemblants à ceux que les muscles, proprement dits, exécutent, se font à notre insu. Il faudrait donc maintenant déterminer quelles sont les affections morales et les idées qui dépendent particulièrement de ces affections internes, et dont les organes des sens ne sont tout au plus que des instruments subsidiaires. L'auteur conclut de l'observation exacte et suivie des phénomènes « que les déterminations dont l'ensemble est désigné sous le nom dvistinct, ainsi que les idées qui en dépendent, doivent être rapportées à ces impressions intérieures, suite nécessaire des diverses fonctions vitales. » C'était beaucoup sans doute que d'avoirbien établi que toutes les idées et toutes les déterminations morales sontle résultat des impressions reçues par les dillérents organes; mais c'est assurément un progrès bien important que d'avoir montré que ces impressions ont des différences générales très-évidentes, et qu'on peut les distinguer par leur siège et par le caractère de leurs produits. Enfin on peut assurer hardiment que c'est avoir fait un grand pas de plus, dans la carrière des sciences morales et politiques, que d'avoir rattaché les observations embarrassanlos qui regardent l'instinct à l'analyse i>hilosophique.

11 restait encore une grande lacune entre les impressions internes ou externes, d'une part, et les déterminations morales

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