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XXI. CABANIS. — SIX PREMIERS MÉMOIRES

OU les idées, de Tautre. La philosophie rationnelle a désespéré de la remplir ; et, sans doute, s'il avait été question de remonter à Tessence et à la cause première de ces phénomènes, on ne pourrait qu'applaudir à cette sage retenue. Mais il était possible au moins de jeter quelque lumière sur le mode d'association, pour ainsi dire, des impressions et des idées : c'est à quoi le C. Cabanis est parvenu à l'aide d'une analyse aussi ingénieuse que sévère. Voici comment il expose le résultat de ses recherches sur cet objet : « On peut considérer, dit-il, les opérations de la sensibilité comme se faisant en deux temps. D'abord les extrémités des nerfs reçoivent et transmettent le premier avertissement à tout l'organe sensitif, ou seulement à l'un de ses systèmes isolés ; ensuite l'organe sensitif réagit sur elles, pour les mettre en état de recevoir toute l'impression ; de sorte que la sensibilité, qui, dans le premier temps semble avoir reflué de la circonférence au centre, revient, dans le second, du centre à la circonférence ; et que, pour tout dire en un mot, les nerfs exercent sur eux-mêmes une véritable réaction pour le sentiment comme ils en exercent une autre sur les parties musculaires pour le mouvement.

« Pour se faire une juste idée de la pensée, » ajoute-t-il

ensuite^ « il faut considérer le cerveau comme un organe destiné spécialement à la produire, de même que l'estomac et les intestins à faire la digestion, le foie à filtrer la bile, etc. Les impressions, en arrivant au cerveau, le font entrer en activité comme les aliments, en tombant dans l'estomac, l'excitent à la sécrétion plus abondante du suc gastrique et aux mouvements qui favorisent leur dissolution. La fonction propre de l'un est de se faire des images de chaque impression particulière, d'y attacher des signes, de les combiner, de les comparer entre elles, d'en tirer des jugements et des déterminations, comme la fonction de l'autre est d'agir sur les substances nutritives dont la présence le stimule, de les dissoudre, d'en assimiler les sucs à notre nature. »

Non-seulement le système nerveux réagit sur lui-même

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pour produire le sentiment, et sur les muscles pour produire le mouvement, mais encore Torgane cérébral a la faculté de se mettre en action, pour ainsi dire spontanément , et de déterminer des mouvements analogues dans les autres organes, en vertu des causes dont Faction s^exerce dans son sein et s'applique directement à ses parties internes. Cette propriété est inhérente à la nature du système nerveux, et résulte essentiellement de la vitalité qui y parait éminemment concentrée. « Nous remarquons donc clairement trois sortes d'opérations de la sensibilité que la différence de leurs effets nous force de ne pas confondre : la première se rapporte aux organes des sens ; la seconde, aux parties internes, notamment aux viscères des cavités de la poitrine et du bas-ventre (et il faut comprendre avec ces derniers les organes de la génération) ; la troisième, à Torgane cérébral lui-même, abstraction faite des impressions qui lui sont transmises par ses extrémités sentantes, soit internes, soit externes. » Il est évident que ces observations répandent beaucoup de lumière sur un grand nombre de phénomènes jusqu'ici inexpliqués, tels que les extases dont Teffet est de concentrer la sensibilité, la pensée et la vie, pour ainsi dire, dans les foyers nerveux ; les songes, particulièrement ceux qui ne sont pas le produit d'impressions reçues par les extrémités sentantes; les délires, tantôt partiels, tantôt généraux « qui non-seulement changent les relations morales de Thomme avec le monde extérieur, mais qui modifient en outré si puissamment la manière dont nos facultés purement organiques sont affectées dans ces nouvelles relations, etc.. »

En voilà assez sans doute pour faire connaître le mérite et l'importance du travail du C. Cabanis, et pour inspirer à ceux qui s'intéressent à ce genre de considérations le désir de le suivre lui-même dans les nombreux et savants développements qu'il donne à ses idées : c'est pourquoi je ne m'arrêterai point sur la dernièi'e partie de ce mémoire où il décrit avec autant d'exactitude que de sagacité le mécanisme et les propriétés particulières, si je puis m'expliquer ainsi, de chacun des organes

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