XXI. CABANIS. — SIX PREMIERS MÉMOIRES. 26i
moindres stimulants dont il éprouve l'action directe dans son sein, excitent de sa part des opérations d'autant plus faciles et plus promptes, qu'elles tiennent encore de près à celles de l'instinct, et d'autant plus favorables au développement de tout le corps, qu'elles sont plus générales et diffuses, qu'elles se fixent plus rarement dans un point particulier ; de sorte que la vie s'exerçant par tout, et sans cesse d'une manière égale, y prend chaque jour une nouvelle consistance. »
Une époque très-remarquable dans la vie des enfants et qui est marquée par des changements trop frappants pour qu'ils pussent échapper à la sagacité des anciens observateurs, c'est celle qui s'annonce vers leur septième année par la seconde dentition ; alors les humeurs et les solides prennent tout à coup des caractères plus prononcés, la révolution qui se fait en même temps dans le moral n'est pas moins sensible, et, si tous les peuples civilisés placent à cette même époque l'âge de raison, il ne faut pas croire, dit le G. Cabanis, que ce soit au hasard et sans motif. En effet, c'est dans la période qui la suit, et qui précède Tàge de la puberté, c'est de sept à quatorze ans que le tissu cellulaire commence à s'éleiborer davantage, que les solides ont plus de ton, que les stimulants répandus dans chacun des fluides prennent une activité plus considérable. Aussi cette période est-elle la plus décisive pour la culture du jugement : « C'est alors que les impressions commencent à se rasseoir, à se régler, que la mémoire, sans avoir perdu de sa facilité, commence à mettre mieux en ordre cette multitude d'impressions, et devient tout ensemble plus systématique et
plus tenace C'est alors aussi qu'il s'établit, entre l'enfant et
les êtres sensibles qui l'environnent, des rapports véritablement moraux, que son jeune cœur s'ouvre aux affections touchantes de l'humanité. Heureux, ajoute le C. Cabanis, lorsqu'une excitation précoce ne lui donne point des idées qui ne sont pas de son âge, et n'éveille point en lui des passions qu'il ne peut encore diriger convenablement, ni même sentir et goûter I »
L'adolescence introduit dans le système une nouvelle série do "jfiouvemants ; elle trouve déjà le tissu cellulaire, et toute la coatexture des solides dans un état do condensation, d*élaboration, d'énergie qui manifeste la force journellement croissante des opérations. La crise delà puberté qui Ta précédée, en faisant refluer dans le sang un nouveau principe extrêmement actif, augmente beaucoup encore les qualités stimulantes de ce fluide. C'est le moment où Torgane cérébral tout entier reçoit le plus de ces impressions dont les causes agissent dans son sein même, c'est aussi celui où l'imagination exerce le plus d'empire ; c'est l'âge de toutes les idées romanesques, de toutes les illusions... « Alors toutes les affections aimantes se transforment si facilement en religion, en culte ! On adore les puissances invisibles comme sa maîtresse , peut-être uniquement parce qu'on adore ou qu'on a besoin d'adorer une maîtresse ; parce que tout remue des fibres devenues extrêmement sensibles, et que cet insatiable besoin de sentir, dont on est tourmenté, ne peut se satisfaire suffisamment sur des objets réels. »
J'ai cru devoir exposer, avec quelque étendue, les idées de l'auteur dans cette partie de son travail, afin do mettre les lecteurs à portée de saisir l'esprit de sa méthode dans ce parallèle soutenu entre deux ordres de facultés, dont les progrès sont tellement analogues, tellement liés entre eux, qu'il est impossible de ne pas voir que le développement des unes est la cause immédiate et nécessaire du développement des autres. Il est aisé de sentir d'ailleurs que les explications physiologiques so compliquent en raison des phénomènes eux-mêmes ; mais, comme l'observe avec raison le C. flabanis, ce n'est pas un nouvel ordre de phénomènes, c'est seulement une gradation plus forte, une nuance plus marquée dans l'énergie des fonctions dontilatracé le tableau; qu'il me suffise donc d'observer que partout et toujours les faits les plus authentiques servent d'appui à sa théorie, et que, si elle n'est pas dans tous les cas applicable aux individus pris isolément, cela tient à l'imperfection de nos connaissances dans l'état actuel; mais que l'application générale