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AU " CATHOLIQUE " DU CANADIEN

16 février 1884.

Notre citation de Louis Veuillot, à propos de zèle et de lâcheté, a donné une crise de nerfs à certaines gens qui, sans que nous les ayons désignés le moins du monde, se sont empressés de se coiffer du bonnet fabriqué par le grand journaliste catholique avec la bonne étoffe que liourdaloue lui avait fournie. A vrai dire, nous nous y attendions un peu.

Naturellement, c'est le Canadien qui s'est chargé de nous exterminer pour avoir fait cette citation. Ce rôle convenait tout particulièrement à ce journal qui, après avoir longtemps suivi la marche de l' Univers, s'est tout à coup constitué l'organe de l'école libérale que Louis Veuillot a toujours combattue.

Un quelqu'un prend donc son masque, marqué " Un catholique," et nous exécute de son mieux dans le Canadien de lundi.

Voyons un peu cette prose :

" Le dernier numéro de l&Vérité a recours à un nouveau docteur. Le temps des Basile, des Augustin, des Chrysostôme est passé. C'est maintenant Louis Veuillot

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qui est investi de la charge d'enseigner la religion, d'expliquer les orateurs sacrés, de tracer la ligne de conduite aux fidèles. Cet homme qui de son vivant s'est donné la mission de régenter les éveques qui ne lui revenaient pas, par la grâce de M. J.-P. Tardivel, est mis au nombre des Pères de l'Eglise et doit désormais dicter à la province de Québec ses croyances, ses procédés et ses œuvres de zèle. C'est un peu fort.

" L'extrait de Molière et Bourdaloue que la Vérité nous a fait connaître, samedi dernier, est si heureusement choisi que nous serions tenté de croire à une mise en accusation du célèbre écrivain. On dirait que M. J.-P. Tardivel, sentant le terrain s'efrbndrer sous ses pas, veut entraîner avec lui dans l'abîme son maître et son modèle. En etiet dans ce passage, Louis Veuillot : 1" mutile un sermon de Bourdaloue ; 2' se rend coupable d'un sophisme qu'un rhétoricien n'aurait aucune difficulté à réfuter."

Quelques mots, seulement, en réponse à ces attaques puériles contre Veuillot, que nous n'avons pas cité comme un Père de l'Eglise, mais comme un grand écrivain à qui le monde catholique vient de décerner le titre de défenseur de la Foi. Il est réellement triste de voir une plume canadienne venir répéter les accusations calomnieuses lancées contre Veuillot par des adversaires qui pouvaient, au moins, plaider l'ardeur de la lutte comme circonstance atténuante. Le Catholique du Canadien n'a aucune excuse à offrir, car il réédite de sang froid, sans provocation aucune, des perfidies cent fois réfutées. Quand un écrivain catholique a été loué et approuvé par une véritable armée de prêtres, d'éveques et de cardinaux, comme Louis Veuillot l'a été, pendant sa vie et après sa mort ; quand un journaliste laïque a été l'objet, comme Louis Veuillot l'a été, des faveurs signalées du grand pape Pie IX ; quand il a reçu du Souverain Pontife bref sur bref, encouragement sur bénédiction, au milieu de

luttes les plus vives ; quand un chrétien a reçu de telles assurances qu'il a toujours marché dans la bonne voie, il peut bien se passer des suffrages d'une personne quelconque qui se cache sous le voile du pseudonyme dans les colonnes d'un journal à jamais flétri.

Si Veuillot s'était donné pour mission de régenter les évêques, croit-on que le Chef des évêques l'eût béni et encouragé constamment comme il l'a fait? Jamais Pie IX n'a reproché au rédacteur de 1' Univers de sortir de son rôle de journaliste laïque. Un jour, le grand Pontife a prononcé des paroles sévères contre des écrivains qui manquaient de charité. Dans son humilité de saint, Louis Veuillot, se croyant visé, s'est humblement soumis. Mais voici que nous apprenons, maintenant que Veuillot n'est plus, que Pie IX a dit : " Veuillot s'est bien empressé de prendre ces paroles pour lui." Le Pape n'aurait visé que l'un des collaborateurs de 1' Univers.

Le Catholique du Canadien ignore peut-être toutes ces choses, mais elles n'en sont pas moins vraies.

Quaut à la prétention que Veuillot a mutilé un sermon de Bourdaloue et s'est rendu coupable d'un sophisme, elle n'est pas plus fondée que celle que nous venons d'examiner.

Dans le passage de Molière et Bourdaloue, que nous avons cité textuellement, Veuillot ne fait que résumer l'enseignement du grand prédicateur ; il ne prétend pas le citer au long. Du reste, les mots omis, d'après Un catholique, ne changent rien au sens général du sermon de Bourdaloue. Pour bien dire, ils ne sont qu'un trait de plus à l'adresse des faux zélateurs déjà désignés. Voici ces paroles :

" Vous me direz qu'il faut user de discrétion et je le dis aussi bien que vous; car à Dieu ne plaise que je vous

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engage à imiter ceux qui, emportés par leur propre sens, au lieu de se faire an zèle de leur religion, se font une religion de leur zèle. Non, sans doute, ce n'est pas là ce que f entends"

X'est-ce pas que ces paroles s'adressent, avec une force terrible, à ceux qui déploient leur zèle contre les chrétiens sincères, tandis qu'ils sont toute mansuétude pour les ennemis de l'Eglise ? Bourdaloue les connaissait, Veuillot les connaissait, nous les connaissons. Xous les voyons à l'œuvre à l'heure actuelle. Ce sont eux qui font preuve d'une activité fébrile contre le Cercle catholique, contre certains membres du clergé, contre des journalistes catholiques; ce sont eux qui n'ont des paroles sévères que pour les catholiques réellement soumis à l'Eglise, et qui ne trouvent rien à dire contre ces écrivains impudents qui minent sourdement l'autorité religieuse. Voilà ceux qui se font une religion de leur zèle aveuglé par la haine ou le préjugé. Ah ! oui, nous les connaissons bien !

Quant au sophisme, c'est le Catholique du Canadien, et non pas Veuillot, qui s'en rend coupable. Parlaut du témoignage que chaque homme doit rendre à Jésus-Christ, Bourdaloue s'écrie :

" Ce n'est pas seulement un roi comme David, qui doit parler de la sorte, mais un seigneur dans ses terres, mais un magistrat dans son ressort, mais un supérieur <lans sa société, un particulier dans sa famille, chacun sans exception dans son état."

Et Veuillot njoute :

" Enumération, pour le dire en passant, qui n'exclut pas l'écrivain même laïque, soit qu'il publie des livres, soit qu'il écrive un journal."

Et c'est là ce que le Catholique du Canadien appelle un sophisme !

Il dit :

" Le passage n'exclut pas non plus les fous. Donc les fous doivent se charger de la défense de l'Eglise. Voilà ce que l'on met à la charge de Bourdaloue avec le sophisme de Louis Veuillot, et ce que l'on réalise dans la pratique plus qu'on ne le croit."

N'est-ce pas une vraie pitié que cette phrase ? Comme si la folie était un état dans le sens que Bourdaloue donne à ce mot ! Nos lecteurs verront facilement de quel côté se trouve le faux raisonnement.

Mais il ressort de ce passage si faible un fait important, c'est qu' Un catholique soutient implicitement que les écrivains laïques ne doivent pas se charger de la défense de l'Eglise ! C'est là une jolie doctrine, en vérité, et qui ne cadre guère avec les idées bien connues de Pie IX et de Léon XIII.

Après avoir ainsi démoli Veuillot, notre catholique se tourne vers M. Tardivel et l'apostrophe ainsi :

" Non, M. Tardivel, personne d'entre nous que je sache ne vous reproche de crier contre l'impiété, mais les gens sensés, les prêtres surtout qui ne croient être ni politiques ni chiens muets, ne peuvent s'habituer à vous voir, affublé de la crosse et de la mitre, trancher des questions qui ne sont pas de votre ressort, régler les différends qui ne tombent pas sous votre juridiction, rester à l'écart de votre Ordinaire et prétendre avoir la mission d'enseigner la religion comme journaliste catholique, quand M** l'Archevêque a renvoyé votre journal et ne veut plus le recevoir ; bien plus, quand M8' Smeulders vous a dit à vous-même que vous deviez vous laisser diriger en tout par votre archevêque, si vous désiriez le titre et la mission de journaliste catholique. Voilà ce qui

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nous révolte. Consultez votre Ordinaire au lieu de vos aviseurs (barbarisme) actuels qui n'ont pas charge d 'administrer les affaires de V archidiocèse, suivez ses avis : voilà ce que demandent les catholiques éclairés qui encourageront votre plume, seconderont votre zèle et applaudiront de plein cœur à tous yos succès.

•■ M. Tardivel, sachez-le bien. Que certains membres du clergé vous soutiennent, que des presbytères entiers vous contenançent (barbarisme affreux) de leurs suffrages, que des corps religieux vous aident de leurs veilles et de leurs lumières, que toute la province même combatte pour vous, si l'Evêque de votre diocèse, encore en communion avec le Saint-Siège, r*e vous y autorise pas, vous pouvez prêcher comme journaliste schismatique ou hérétique, mais vous ne pouvez pas prêcher comme. journaliste catholique. C'est la doctrine de l'Eglise.

" Les eaux des Trois-Rivières peuvent vous envelopper des pieds à la tête \ elles ne vous donneront pas mission d'enseigner les fidèles de l'archidiocèse. C'est le la'icismc que vous soutenez eiv pratique lorsque vous prêchez sans l'autorisation légitimement présumée, autorisation que vous n'avez certainement pas, puisque votre Ordinaire ne veut ni vous lire ni vous recevoir. Tout catholique sincère et éclairé ne peut voir en vous qu'un de ces hommes qui, pour citer Bourdaloue, se font une religion de leur zèle, au lieu de se faire un zèle de leur religion."

La citation est longue, mais elle est intéressante.

Notre réponse sera relativement courte.

Quand, comment et en quoi sommes nous sorti de notre rôle de journaliste catholique ? Quand avons-nous tranché des questions qui ne sont pas de notre ressort, réglé des différends ? Fourquoi ces accusations vagues et indéterminées, quand il serait si facile, si nous étions réellement coupable de tous ces méfaits, de citer un fait, de produire, au moins, un commencement de preuve?

1 Allusion à Mfr Laflèohe, évêque des Trois-Rivières, qui, à cette

époque, était notoirement favorable à la Vérité.

Un catholique, affirme que nous n'avons plus le droit de faire du journalisme catholique depuis que Msr l'Archevêque a renvoyé notre journal. Voilà une étrange prétention, en vérité. Notre position est-elle pire que celle du Canadien lui-même, dans lequel Un catholique nous apostrophe si charitablement? Certes, non. Monseigneur a renvoyé le Canadien, il y a bien des années déjà, et nous ne sachons pas qu'il se soit réabonné à cette feuille depuis. Notre position est-elle pire que celle de YElccteur que l'Ordinaire a toujours refusé de recevoir? Et pourtant ces deux journaux traitent et maltraitent toutes les questions religieuses et sociales ; et il ne nous serait pas permis de leur répondre ! Comme dit Un catholique, c'est un peu fort !

Pour ce que dit le correspondant du Canadien concernant MgI Smeulders, c'est tout bonnement un mensonge, inventé par Un catholique pour le besoin de sa pauvre thèse, ou inventé par un autre et répété complaisamment par lui. Jamais Son Excellence ne nous a rien dit de semblable, pour la bonne raison qu'Elle ne nous a jamais adressé une seule parole. Nous n'avons pas eu l'honneur de parler au commissaire apostolique ! Nous ne l'avons vu que deux fois depuis son arrivée, et chaque fois c'était au milieu d'une manifestation publique. Nous avons échangé quelques lettres avec Son Excellence ou ses secrétaires, mais dans aucune des réponses que nous avons reçues on ne peut rien trouver qui ressemble, même de loin, à ce que Un catholique met dans la bouche du représentant du Saint-Siège. Si notre contradicteur veut prendre connaissance des lettres eu question qu'il vienne nous trouver.

Quant à nos conseillers, nous en avons dans toutes les parties du pays. Nous consultons qui nous voulons, et

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nous n'avons pas de comptes à rendre au pseudonyme du Canadien. Mais pour le renseignement de ce brave homme qui paraît ignorer les choses les plu9 connues, nous dirons qu'aucune loi de l'Eglise ne nous oblige à miter à chaque instant notre Ordinaire. Il suffit que nous soyous prêt à obéir à ses ordres, à nous conformer à ses désirs. Noua l'avons toujours été et nous le sommes encore. Que l'Ordinaire parle, et l'on verra que nous nous mettrons en règle immédiatement. Mais que l'on sache, une bonne fois pour toutes, que nous n'entendons obéir ni à M. Pacaud, ni à M. Charles Langelier, ni à tous ces écrivains qui se cachent dans les journaux pour nous intimer leurs ordres au nom de l'autorité qu'ils ne représentent pas plus que nous.

Us auront beau se démener, parler haut, crier fort, ils ne réussiront pas à nous troubler. Nous saurons toujours distinguer entre eux et l'autorité. Animé d'un profond respect pour celle-ci et pour ceux qui la représentent réellement, nous continuerons à démasquer, et les ennemis de l'Eglise, et ceux qui pactisent avec eux. Qu'on se le tienne pour dit.

Un catholique parle de journal schismatique ou hérétique; il parle aussi des Trois Rivière?. Puisqu'il mentionne cet endroit, faisons une supposition.

Le Journal des T rois-Rivières n'est pas mal vu de son ( hxlinaire.

Or l'Ordinaire du ./ le» Trois- Rivières est en com-

munion avec Rome, au même titre que Mgr l'Archevêque.

Supposons, maintenant, que le Journal des Troisères reproduise nos écrits. D'après le raisonnement d' Un catholique, ces articles, schismatiques ou hérétiques à Québec, deviennent orthodoxes aux Trois-Rivières !

Mais comment un article hétérodoxe ici peut-il devenir orthodoxe quelques lieues plus loin ?

Cela montre que l'écrivain du Canadien ignore entièrement les distinctions qu'il faut faire eu pareille matière. Il paraît également ignorer les saintes libertés que l'Eglise laisse à ses enfants. Il voudrait faire de cette douce Mère une véritable marâtre.

En terminant, Un catholique cite un long extrait de l'Encyclique de Léon XIII aux évêques espagnols et prétend y trouver la condamnation de notre conduite " repréhensible." Il déclare que Mgr l'Archevêque a promulgué cette Encyclique dans sa circulaire du 7 mars 1883. Il aurait pu ajouter que \&Vérité avait publié intégralement la même Encyclique, dès le 27 janvier de la même année, en y donnant sa pleine et entière adhésion. A chaque instant, nous nous appuyons sur les enseignements contenus dans ce grave document. Encore, aujourd'hui, on trouvera sur notre première page un article basé en partie sur cette Encyclique.

Dans cet extrait de l'Encyclique du 8 décembre, cité par Un catholique, il est question du pouvoir des évêques et des devoirs des écrivains catholiques. Il est parfaitement inutile de citer ces paroles contre nous, si, en même temps, on ne fait pas voir en quoi nous avons méconnu l'autorité épiscopale, en quoi nous avons manqué à notre devoir de journaliste catholique. Or, c'est ce qu' Un catholique n'a pas fait.

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