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MENACES AU CLERGÉ

14 juin 1884.

Nous avons signalé, dans notre dernier numéro, un article scandaleux paru dans V Evénement du 2 juin. C'est notre devoir, aujourd'hui, d'examiner plus au long cet écrit incroyablement perfide.

Pour en faire connaître la valeur d'un seul trait de plume, il suffit de dire que Y Electeur et la Patrie l'ont reproduit avec empressement. M. Fréchette prétend même que c'est l'œuvre d'un ecclésiastique. Pour nous, nous refusons de croire qu'il y ait dans toute la province un seul prêtre capable de commettre une telle infamie. Nous y voyons la main de M. Tarte, ce malheureux qui, après avoir défendu le clergé pendant des années, ose maintenant lever la main contre lui pour plaire à ses nouveaux maîtres.

IL* auteur de cet écrit, qui signe Un clérical, commence

ce tissu de mensonges et de calomnies par une indélicatesse impardonnable. Il dit :

" J'entendais hier M. le Grand Vicaire Hamel prêcher dans la chapelle des Sœurs de la charité. C'était la Pentecôte : il parla du Saint-Esprit.

" En l'écoutant développer la doctrine catholique, ma pensée se porta sur les accusations de tendances maçonniques lancées contre ce prêtre éminent. Je me demandais comment il se peut que nous en soyions rendus à ce degré de fanatisme et d'aveuglement. Les discordes religieuses sont donc bien désastreuses dans leurs résultats ! Heureuses les nations qui en sont exemptes."

Pourquoi traîner le nom de M. le Grand Vicaire Hamel dans ce débat ? Pourquoi, surtout, rééditer un mensonge vingt fois réfuté ?

Qui a jamais accusé ce dignitaire de tendances maçonniques ? M. Tarte serait bien en peine de le dire. Mais il espère, par ce procédé, jeter de l'odieux sur ses adversaires. Il ne songe donc pus qu'à force de répéter qu'on accuse M. Hamel de tendances maçonniques, ce qui est absolument faux, au lieu de nuire à V Etendard et à la Vérité, il portera atteinte à la réputation de ce dignitaire qu'il flatte aujourd'hui après l'avoir combattu pendant des années. Car le public finira par se dire : puisque l'on ne cesse d'accuser M. Hamel de tendances maçonniques, c'est qu'il y a du vrai là-dedans, selon le dicton qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Voilà tout ce qui peut résulter des tentatives que fait M. Tarte pour noircir ses anciens compagnons d'armes.

M. Tarte, ou Un clérical continue ainsi :

" Il est de notoriété publique qu'une division profonde existe dans les rangs du clergé, dans Pépiscopat. Des évêques ont cessé d'avoir sur les prêtres des diocèses l'autorité et l'influence. Des journaux ont été fondés et

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sont soutenus avec l'argent du clergé, qui, lorsque l'occasion s'en présente, combattent ouvertement les enseignements des chefs constitués de la hiérarchie catholique et n'épargnent rien pour détruire le respect qui leur est dû. Les souscriptions en faveur de ces journaux sont classés au rang de "bonnes œuvre3 ". En plus d'un quartier le soin des pauvres, le denier de Saint-Pierre, la Propagation de la foi, et la Sainte-Enfance passent après ces " œuvres.''

Des divisions malheureuses existent, c'est vrai ; mais convient-il de le crier sur tous les toits, à chaque instant ? N'est-ce pas plutôt le devoir des catholiques éclairés de travailler auprès de qui de droit pour faire cesser ce scandale en tarissant la source de nos difficultés. Cette source se trouve, comme nous l'avons prouvé très souvent, et comme M. Tarte lui-même l'a proclamé bien des fois, dans l'envahissement des idées libérales, dans les intrigues de ceux qui professent ces idées.

Les journaux auxquels M. Tarte fait allusion sont Y Etendard et la Vérité ; il les nomme plus loin. Or, parlant pour nous-même, nous déclarons que notre journal n'a pas été fondé avec l'argent du clergé. Nous avons mis dans cette œuvre un petit patrimoine et quelques faibles épargnes, sachant bien que ce placement ne nous rapporterait jamais un sou d'intérêt, mais fermement convaincu que nous faisions, en effet, une" bonne œuvre," œuvre que M. Tarte a été le premier à saluer.

Nous mettons Un clérical au défi de prouver que la Vérité ait jamais dévié d'une seule ligne de son programme.

Si quelques membres du clergé, des dignitaires ecclésiastiques ont bien voulu nous aider, depuis la fondatiou de notre feuille, c'est qu'eux aissi ont jugé notre œuvre

bonne ; et certes il n'ont pas de compte à rendre aux écrivains de l'Evénement.

Vraisemblablement ces prêtres et ces dignitaires de l'Eglise comprennent assez leur devoir pour ne pas favoriser la presse catbolique au détriment des autres bonnes œuvres.

Dire que la Vérité " combat ouvertement les enseignements des chefs constitués de la hiérarchie catholique et n'épargne rien pour détruire le respect qui leur est dû," c'est nous calomnier méchamment, et mieux que tout autre M. Tarte le sait. Jamais il ne pourra citer une seule ligne de notre journal qui justifie sa haineuse accusation, qu'il répète sans cesse, mais qu'il n'appuie jamais d'aucune preuve.

Après nous avoir ainsi calomnié, M. Tarte s'écrie hypocritement :

" Je constate ces faits parce que je les déplore et en redoute les conséquences. Plus ils s'accentuent, plus ils deviennent publics, plus l'opinion s'en empare et s'en scandalise. La colère ne suivra-t-elle pas de près le scandale ?

" L' Etendard, la Vérité, des " bonnes œuvres ! " Mais ! ces journaux ne font que de la diffamation !"

Encore une fois, nos mettons au défi le triste sire qui tient la plume à Evénement de citer une seule ligne delà Vérité qui soit une diffamation.

Un clérical parle ensuite de l'article du Journal de Rome qui a donné lieu à une si vive polémique ; il qualifie cet écrit d'article odieux. Nous avons à maintes reprises démoutré que cet écrit, loin d'être odieux, est strictement vrai ; ce qu'il y a d'odieux, c'est la conduite des journalistes qui ont voulu faire dire au Journal de Borne ce qu'il n'a pas dit.

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Un clérical ajoute :

•• Et nous avons raison de croire que celui qui inspire ces calomnies est un émissaire des patrons de Y Etendard — je le dis à regret, un prêtre canadien."

Et plus loin, ce calomniateur dit encore :

Malgré cette protestation, il est impossible de ne pas nous demander ce que nous avons fait pour mériter d'être ainsi mis au banc de l'opinion catholique par un membre du clergé de notre pays, en mission religieuse à Rome."

Xous mettons les hypocrites de YEoênement au défi de nommer le prêtre qu'ils veulent ici désigner comme un calomniateur de son pays.

Ceux dont le Journal de Rome flétrit les " compromissions " et les scandales sont précisément ceux que M. Tarte demandait aux catholiques du Canada, dans le Canadien du 24 décembre 1881, d'aller dénoncera Rome, " par douzaines." u Xous ne sommes pas assez ailés à, Rome, nous, les catholiques," disait-il alors. " Nous faudra-t-il fonder une association de défense et de revendication des droits de l'Eglise? continuait-il, nous la fonderons. Et l'on verra si nous en aurons bientôt fini avec la poignée de calomniateurs qui sont en train de faire passer le clergé de cette province, l'un des plus beaux clergés du monde catholique, pour une masse d'hommes ignorants et cupides animés de la plus sordide ambition et des plus funestes desseins."

Eh bien ! M. Tarte, c'est fait, du moins en partie. Les catholiques du Canada ne sont pas allés à Rome " par douzaines," mais quelques-uns y sont allés, d'autres ont écrit, et la lumière s'est faite enfin sur la véritable cause

de nos difficultés. Les calomniateurs de notre clergé, que vous dénonciez alors, mais dont vous faites partie aujourd'hui, sont enfin connus là-bas. Ce sont ceux-là, et ceux-là seuls que le Journal de Rome visait. " Saint- Père, disiez-vous encore, le 31 décembre 1881, ceux qui vous disent du mal de notre clergé vous trompent et sont vos ennemis." Le Saint-Père le comprend aujourd'hui, ainsi que son représentant parmi nous. La dénonciation suivante d' Un clérical retombe donc, avec tout le poids d'un anathème, sur la tête de cet ennemi du clergé :

" Nous prions le représentant du Saint-Siège ici, dit le masque de Y Evénement, de réfléchir sur ce fait : une portion du clergé soutient publiquement, des revenus que les lois lui accordent, des journaux qui ne cessent de pratiquer l'injustice et le dénigrement à l'égard de la grande majorité des catholiques, pendant qu'à Rome les agents de la même école cherchent à nous noircir et à nous perdre."

Voilà que ce traître, non content de dénoncer le clergé, le menace : Les lois vous accordent des revenus, les lois vous les ôteront si vous faites de ces revenus un usage qui ne convient pas à l'école libérale de Y Evénement ! Peut-on pousser plus loin le cynisme et l'audace ?

Le masque continue ses menaces au clergé en ces termes :

" Y a-t-il un clergé au monde traité comme le nôtre ? Ce même peuple accusé de franc-maçonnerie et d'infidélité ne continue-t-il pas à garder en vigueur un système de dîmes qui assure à la hiérarchie catholique de vastes ressources monétaires ? Nos lois ne laissent-elles pas liberté entière à l'égard des legs faits, soit à l'Eglise, soit aux corporations religieuses ? Ces corporations ne possèdent-elles pas sans être molestées des biens à n'importe quel montant ? "

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Mensonge, et appel insidieux au peuple de se révolter contre le clergé, de suivre l'exemple des persécuteurs de la France, de l'Italie, de la Belgique !

Ce même PEUPLE accusé de franc-maçonnerie ! Comment ose-ton écrire pareille infamie pour exciter les fidèles contre leurs pasteurs ?

Mais le Journal de Rome, dans ce même article qu'on lui reproche tant, n'a-t-il pas écrit :

" En Amérique, au Canada, n'osant encore attaquer la croyance des catholiques, elle (la franc-maçonnerie) a travaillé du moins à semer la défiance et la division dans ces jeunes églises catholiques, si ardentes à l'apostolat, si riches déjà en nobles conquêtes."

Et quand V Etendard a-t-il dénigré le peuple canadien ? quand a-t-il accusé le peuple canadien de franc-maçonnerie et d'infidélité ? Jamais.

La Vérité n'a-t-elle pas dit, numéro du 17 mai :

" Et c'est justement parce que notre peuple est encore croyant que les scandales donnés par les journaux et les classes dirigeantes sont pernicieux et dignes de réprobation. Ici, on n'a aucune excuse de mal faire. Ceux qui nous gouvernent, ceux qui font nos lois, ceux qui forment l'opinion publique n'auraient qu'à se conformeraux sentiments des masses pour agir catholiquement. Pour faire entrer chez nous peu à peu le poison du libéralime et de l'esprit rationaliste ou maçonnique, ils sont obligés de violenter les convictions de nos braves cultivateurs, d'endormir le sens catholique et surtout de bâillonner le clergé."

Donc le Journal de Rome, Y Etendard, la Vérité n'ont point accusé le peuple canadien de franc-maçonnerie et

d'infidélité : au contraire, ils ont reconnu et proclamé ses excellentes dispositions.

Mais ils ont dénoncé les quelques centaines de francsmaçons canadiens-français, leurs instruments aveugles, leurs complices qui répandent les idées maçonniques ; ils ont dénoncé les chefs libéraux des deux partis politiques, les intrigants qui propagent la peste des erreurs modernes.

Ces gens-là ne constituent pas le peuple canadien, Dieu merci ! mais ils travaillent à la ruine de notre pays, à la perdition de leurs compatriotes.

Voilà pourquoi le Journal de Rome, V Etendard et la Vérité leur ont déclaré une guerre sans trêve, et ils ont bien fait, car c'est le devoir de tout catholique de combattre cette triste engeance dans la mesure de ses forces.

Ecoutez encore les menaces du traître :

" Voilà des questions auxquelles il n'y a qu'une réponse possible pour quiconque connaît notre état de société.

" Que veulent donc, qu'espèrent ceux des membres du clergé qui, par les journaux qu'ils subventionnent ici et à l'étranger, nous abreuvent d'avanies ? Est-il raisonnable de supposer que la population ainsi traitée acceptera longtemps de bon cœur des injustices aussi irritantes ? Les plus sages, les hommes de clairvoyance dans les rangs du clergé, ont l'anxiété dans l'âme.

" Quant à moi, je suis sûr que si les choses ne rentrent pas dans l'ordre, si l'harmonie ne se rétablit bientôt dans le clergé, si l'autorité des évêques n'est pas mieux comprise par bien des prêtres, avant dix ans les rapports entre le peuple de ce pays et le clergé auront subi de notables changements."

Cela veut dire, tout simplement, que si le clergé ne cesse pas de faire la guerre à la franc-maçonnerie et aux

fausses doctrines, il aura le sort du clergé en Europe : il sera persécuté légalement !

Nous connaissons assez le clergé canadien pour savoir qu'il ne reculera pas devant de pareilles menaces.

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