A PROPOS D'ALLIANCES POLITIQUES
28 juillet 1883.
M. Tarte est terriblement scandalisé de voir M. Trudel combattre le gouvernement Mous?eau en compagnie de M. Laflamme : il parle du procès Guibord.
Avant d'opérer sur les yeux de son prochain, il est bon de soigner les siens.
M. Tarte qui passe son temps à arracher les pailles de l'œil du rédacteur de Y Etendard, devrait commencer par au moins dégrossir l'énorme poutre qui obstrue sa propre vue.
land on fréquente chaque jour M. François Langelier, l'homme de " l'influence indue," et qu'on le fréquente, non dans un but d'intérêt public, mais pour " acquérir l'indépendance sous le rapport de la fortune," on devrait se taire sur la conduite des autres.
M. Tarte, qui se prélasse tous les jours dans le bureau de M. François Langelier, reprochant, au nom de la religion, à M. Tradel «le s'être trouvé sur le husting avec M. Laflamme, c'est vraiment un spectacle réjouissant!
Notre ami du Courrier du Canada déclare, lui aussi, qu'il n'aime pas l'alliance de certains conservateurs avec MM. Laflamme et Mercier.
Nous aussi, nous ne l'aimerions pas si réellement elle existait ; non seulement nous ne l'aimerions pas, mais nous la dénoncerions de toutes nos forces, car, pour nous, MM. Mercier et Laflamme sont des hommes dangereux.
Mais nous ne croyons nullement à l'existence de cette prétendue alliance. Il est vrai que MM. Trudel et Laflamme combattent ensemble la candidature de M. Mousseau à Jacques-Cartier. Cela a l'air un peu singulier, de prime abord, nous l'avouons ; mais nous avons trop de confiance dans la force des convictions et la solidité des principes de M. Trudel pour croire un seul instant qu'il ait formé une alliance, même tacite, avec l'avocat du défunt Guibord.
Nous dirons plus : le rédacteur du Courrier n'y croit pas davantage.
L'affaire est bien simple : lors de la dernière élection de Jacques-Cartier, M. Mousseau avait fait des promesses à MM. Mercier et Laflamme ; il avait promis un portefeuille au premier et d'autre chose au second. Il n'a pas tenu ses promesses. Voilà pourquoi MM. Mercier et Laflamme, qui étaient favorables à M. Mousseau à la dernière élection, lui sont hostiles aujourd'hui.
Mais parce que les deux chefs libéraux font de l'opposition à M. Mousseau par dépit, est-ce une raison suffisante pour empêcher M. Trudel et les autres conservateurs de Montréal de lui faire la guerre par conviction ?
Et maintenant, une simple question à notre estimable confrère du Courrier: Si la vue de M. Laflamme sur le husting avec M. Trudel l'offusque tant, comment se fait-il qu'il ait gardé un silence si absolu, l'an dernier,
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lorsque ce même M. Laflamrae et tous les libéraux de Jacques-Cartier donnaient leur appui à M. Mousseau ? Aurait-il, lui aussi, deux poids et deux mesures ?
Les journaux de la clique, le Canadien en tête, essaient d'effrayer les conservateurs en criant, sur tous les tons, que si M. Mousseau est obligé de s'en aller, c'est M. Mercier qui arrive au pouvoir.
Constatons, d'abord, encore une fois, que ces mêmes gens, qui tombent en pâmoison aujourd'hui, à la seule pensée de voir M. Mercier devenir premier ministre, étaient prêts à "l'accepter comme collègue de M. Chapleau ou de M. Mousseau, cumfutura, successione.
M. Tarte croit-il que le bon public ait oublié les compliments ridiculement flatteurs que le Canadien adressait au chef de l'opposition, pendant la dernière session, à l'occasion de la déclaration emphatiquement insignifiante que M. Mercier avait t'aite touchant l'éducation.
Est-ce que ces compliments n'étaient pas destinés à préparer les voies à la coalition ?
Puis, ces appels directs au rapprochement des chefs des deux partis, lancés par V Evénement et le Canadien, personne, ne les a oubli
Commencez donc, monsieur Tarte, par mettre votre conduite d'accord avec vos principes.
L'alliance avec Les libéraux est une grave erreur — et c'en est une — pourquoi l'avez-vous prêchée ?
Mais il est entièrement taux que le pays soit menacé d'un retour au pouvoir des libéraux — à moins que les partisans de M. 9 ne réussissent dans leurs projets
(le coalition. Car, il ne faut pas l'oublier, les véritables traîtres au parti conservateur sont les gens de l'école de la Minerve qui ont cherche l'alliance des rouges pour se cramponner au 'pouvoir encore quelque temps, et qui l'accepteraient même aujourd'hui, malgré leurs hypocrites criailleries, si elle était à leur portée.
Si, à l'heure qu'il est, nous n'avons pas un gouvernement à moitié rouge, c'est uniquement parce que les clîquardê n'ont pas voulu faire la part assez large aux chefs libéraux. Dans un moment de désespoir, ils peuvent céder un portefeuille de plus, et sacrifier le Conseil législatif, puis ça y sera.
Le seul danger de voir arriver les libéraux au pouvoir vient donc de ces prétendus conservateurs sans principes qui se sont emparés du pouvoir et qui sont disposés à sacrifier les intérêts du pays et l'honneur de leur parti pour pouvoir garder la clé de la caisse publique.
Il est donc dans l'intérêt même du parti conservateur de mettre ces gens dans l'impossibilité de trahir, en les chassant du pouvoir au plus tôt.
Si M. Mousseau était obligé de se retirer, ce n'est pas M. Mercier qui serait appelé à former un nouveau cabinet, mais un vrai conservateur, un homme de la majorité.
En 1874, la même clique qui nous déshonore aujourd'hui avait réussi à compromettre le gouvernement de M. Ouiraet au point de le forcer à disparaître. Est-ce le parti libéral qui est arrivé au pouvoir ? Pas du tout. Et, pourtant, l'opposition libérale était plus nombreuse et bien mieux organisée en 1874 qu'elle ne l'est aujourd'hui. Dans ce temps-là, personne n'a même songé à voir M. Joly prendre les rênes du pouvoir. La chose eût été absurde. Le gouvernement Ouimet avait perdu la confiance du pays, mais l'opposition libérale était restée en
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minorité. Elle ne pouvait donc pas être appelée, constitutionnellement, à former un nouveau cabinet. Aussi, le lieutenant-gouverneur d'alors s'est-il adressé, sans hésiter, à un homme de la majorité conservatrice pour se donner conseillers.
Ce qui est arrivé en 1874 arrivera nécessairement aujourd'hui. Car les circonstances sont absolument semblables.
Aujourd'hui, comme alors, la clique a gravement compromis le cabinet, au point d'en rendre la dissolution inévitable. Mais l'opposition libérale n'a nullement la confiance de la majorité, soit des électeurs, soit des dépu- Le lieutenant-gouverneur devra donc, advenant la retraite de M. Mousseau, appeler auprès de lui, non le chef de l'opposition libérale, qui ne représente qu'une très faible minorité du pays, mais un membre de la majorité -•■rvatrice, un homme qui jouisse de la confiance des éléments sains de la population, qui soit capable de rallier autour de lui les forces vives de la nation, qui donne des garanties du côté de V administration et du côté de la législation, du côté de Yhonnêteté et du côté des prin<
Le lieutenant-gouverneur n'aurait que l'embarras du choix. Pour ne mentionner que deux noms : l'honorable C.-B. de Boucherville ou l'honorable A.-R. Angers.
Le 4 août 188 5.
La coalition que MM. Chapleau et Mousseau ont tenté de faire avec les chefs libéraux embarrasse terriblement la pauvre Minerve. L' 'Etendant a poussé la vieille au pied du mur. Voici, en effet, ce que deux chefs libéraux, MM. Mercier et Thibaudeau, ont publiquement déclare il y a ^ix mois. Ecoutons d'abord le témoignage de M. Mercier.
" Le 26 février 1880, il y eut, dans une résidence de la rue Saint-Louis, à Montréal, une entrevue entre MM. Thibaudeau, Mercier et Mousseau, touchant la coalition. Il y fut décidé que les conservateurs feraient eux-mêmes les propositions.
" Le 30 mai 1881, au lendemain du banquet Blake, M. Chapleau offrit à M. Mercier trois portefeuilles dans son cabinet, avec la promesse de s'effacer flus tard four aller À Ottawa. M. Mercier refusa parce qu'il croyait le parti libéral opposé à un cabinet dont le député de Terrebonne serait resté le chef."
De son côté, M. Thibaudeau a dit :
" L'honorable M. Mercier nous arriva un bon jour à Montréal, avec cette proposition.
" Chapleau est fatigué de gouverner avec une aussi faible majorité au parlement, et il nous offre trois portejeuilles dans son ministère avec la promesse formelle d'abolir le Conseil législatif.
" L'honorable M. Thibaudeau, sur la demande spéciale de M. Mercier, eut une entrevue à ce sujet avec M. Mousseau chez M. Jean Beaufort, agent de police, 14 rue Saint- Louis. C'était le lieu de réunion choisi par MM. Mousseau et Mercier."
Voilà six mois que ces accusations si formelles ont été publiées par la presse libérale, et jamais la Minerve n'a pu en prouver la fausseté ; elle n'a pas même essayé de la prouver.
Aujourd'hui, elle prétend se scandaliser de ce que V Etendard accuse MM. Chapleau et Mousseau d'avoir voulu livrer le parti conservateur aux libéraux. C'est pourtant l'exacte vérité.
Que faut-il penser de cette école de politiqueurs, qui s'intitulent conservateurs, et qui font ainsi un véritable trafic de la chose publique ?
^'est-il pas temps qu'on les chasse du pouvoir pour
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faire place à des hommes en qui le public puisse avoir confiance ?
Et ce sont ces mêmes hommes, qui étaient prêts à sanctionner ce marché avec les libéraux, qui crient au scandale parce que les vrais conservateurs combattent un cabinet auquel les libéraux paraissent également hostiles. Ils s'arrachent les cheveux, déchirent leurs vêtements et déclarent qu'on trahit leur parti, qu'on s'allie avec leurs ennemis !
Peut-on pousser plus loin le cynisme et l'hypocrisie?
Le Courrier du Canada prétend toujours croire à l'alliance des Castors 2 avec les chefs libéraux.
Le confrère répond à la question que nous lui avons posée, la semaine dernière, en nous rappelant qu'il a fait certaines réserves au sujet de l'entrée de M. Starnes dans le cabinet Mousseau. Il ne s'agit pas de cela, confrère. Xous nous rappelons parfaitement ces réserves, un peu beaucoup timides. Mais voici ce que nous vous avons demandé : Si c'est un si grand crime pour M. Descaries, candidat conservateur à Jacques-Cartier, de se laisser appuyer par MM. Mercier et Laflamme, comment se faitil que vous, gardien né de la moralité publique et de l'honneur du parti conservateur, vous n'ayez pas élevé la voix contre la conduite de M. Mousseau, qui, à la dernière élection de Jacques-Cartier, sollicitait et acceptait l'appui de ces mêmes chefs libéraux ?
C'est un fait notoire que M. Mousseau n'aurait pas été élu, l'an dernier, sans le secours que M. Laflamme lui a apporté.
1 — Pour l'origine et la signification exacte de ce nom, voir les Mélanges, Vol. II, page 5
M. LaHamme était-il moins rouge en 1882 qu'il ne l'est en 1883?
Est-il défendu à un simple soldat de se faire aider par l'ennemi, tandis que la chose est permise à un général ?
Vous n'avez pas protesté contre la conduite de M. Mousseau : vous n'avez pas parlé d'alliance avec les libéraux. Nous sommes peut-être trop curieux, mais nous voulons savoir pourquoi vous faites tant de zèle, aujourd'hui, contre M. Descaries et les conservateurs de Montréal qui l'appuient. •
15 septembre 1883.
Notre ami du Journal de Waterloo dit que nous nous unissons aux libéraux pour combattre les hommes actuellement au pouvoir dans la province de Québec. Il nous fait vraiment peine de voir notre confrère, dont nous ne pouvons suspecter les motifs, persister dans cette accusation aussi futile que celle de M. Tarte qui nous- accuse de révolte contre le Saint-Siège.
Qui, parmi tous les hommes publics de la proviuce, a combattu avec plus d'ardeur les fausses doctrines libérales que l'honorable M. Trudel? Par ses courageuses luttes en faveur des droits de l'Eglise, il s'est attiré la haine implacable de tout ce qu'il y a d'hostile à la religion dans le pays.
Il nous semble que personne au monde ne songerait à accuser le Journal des Trois-Hivières de pactiser avec les libéraux.
Quant à nous, voilà dix ans que nous écrivons dans la presse, et nous invitons le rédacteur du Journal de Waterloo à citer une seule ligne de nous qui soit entachée de libéralisme.
Pourquoi donc nous accuser de nous " unir " aux libéraux ?
Parce que nous combattons le gouvernement actuel, et parce que les libéraux le combattent également ? Mais c'est là un misérable sophisme. Les socialistes français et les catholiques français combattent le gouvernement de Jules Ferry. Faut-il pour cela, comme fait la Patrie, de Montréal, accuser les catholiques de France de faire cause commune avec Louise Michel ?
Le raisonnement du Journal de Waterloo est absolument le même que celui de la Patrie.
Les anarchistes français combattent le gouvernement parce qu'il ne leur semble pas assez radical ; les catholiques, parce qu'ils le trouvent insupportablement persécuteur.
Ils sont donc aux antipodes, loin de s'unir. Ici nous combattons le gouvernement Mousseau parce que nous le trouvons vraiment libéral, dans le mauvais sens du mot ; nous voudrions le remplacer par un gouvernement conservateur, dans la véritable acception du terme.
Les libéraux le combattent pour prendre sa place et pour nous pousser encore plus vite dans la voie du libéralisme.
Nous sommes donc aux antipodes, loin de nous " unir."
Mais, .lira le Journal, vous faites l'affaire des libéraux en combattant le gouvernement.
>us avons déjà répondu à cela. Xous aimons mieux que les libéraux gouvernent pendant un temps, que de voir de soi-disant conservateurs adopter les idées écheveîées et subversives de ceux qu'ils prétendent combattre. Ce serait bien moins dangereux. Ceux-là travaillent vraiment en faveur des vrais libéraux qui, par une politique
de concessions et de compromis, une politique de laisseraller , acclimatent les doctrines libérales dans notre pays.
Jamais on ne nous fera croire qu'en combattant sans miséricorde le libéralisme on favorise les libéraux. C'est un pur contre-sens, une contradiction dans les termes.
Il n'y a que l'esprit départi qui puisse faire dire à notre estimable confrère du Journal deWaterloo que le parti actuellement au pouvoir à Québec est " reconnu pour l'excellence de ses principes, pour le respect qu'il porte à l'autorité religieuse, et pour les bonnes dispositions dont il a toujours fait preuve en toutes choses." C'est là un éloge ampoulé, assurément.
Les masses du parti conservateur sont encore saines, nous l'avouons volontiers ; de même qu'il y a de fort braves gens qui se disent libéraux.
Mais les hommes qui se sont emparés du pouvoir à Québec, de l'organisation du parti conservateur, de la presse dite conservatrice n'ont point de principes, vivent d'expédients, se moquent de l'autorité religieuse, sauf à lui faire de belles protestations dans l'occasion, et ne traduisent jamais leurs " bonnes dispositions," si toutefois ils en ont, par des actes.
Si notre confrère comprenait l'intérêt de son parti, l'intérêt de son pays, l'intérêt de la religion, il nous aiderait à purger la politique des hommes actuellement au pouvoir à Québec. Mais comme beaucoup d'autres, l'esprit de parti l'aveugle. Eh bien ! son parti périra, s'il refuse de se réformer, et lui seul sera la cause de sa propre ruine \
1 — On admettra, croyons-nous, que cette prédiction s'est passablement réalisée, quelques années plus tard.
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