Mabille
3. il Ion. Germ., Script. XXVI, 460, avec la date : « anno Arnulphi XI (897/8) et Karoli regis IX. »
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le Chauve, et, grâce aux Carolingiens allemands, dans les diplômes royaux d’Italie; elle devint une clause générale et usuelle et elle s’est maintenue au travers du moyen âge. Elle n’est point une particularité et ne constitue pas un critérium. Dans les diplômes de Bérenger, elle joue un rôle secondaire à côté de la formule plus fréquente : « In nomine domini nostri Jesu Christi (ou : l)ei omnipotentis) aeterni » L Le titre : « Berengerus eiusdem unius omnipotentis Romanorum atque Longobardorum misericordia Dei rex » permet un jugement plus décisif. Généralement Bérenger ne se sert dans ses diplômes que du simple titre « Rex » sans addition ; et dans ce cas on lit : « divina favente (ordinante) clementia rex » ou « Dei gratia rex », et fort rarement — je n’en connais que deux cas — « Dei misericordia rex ». Le titre « Romanorum atque Longobardorum rex » est absolument exclu. Charlemagne seul s’est nommé, depuis la conquête du royaume Lombard jusqu’à son couronnement comme empereur : « Rex Francorum et Langobardorum ac patricius Romanorum » ; aucun de ses successeurs ne l’a pris; le royaume Lombard était incorporé à la monarchie franque, l’Italie était devenue une province.' Le titre de « roi des Lombards » ne fut non plus porté par aucun des rois italiens, depuis que l’Italie forma un royaume indépendant depuis la morcellement de la monarchie carolingienne (S87) jusqu’à la conquête d’Otton I, ni Gui, ni Lambert, ni Bérenger Ier, ni Louis de Provence, ni Raoul de Bourgogne, ni Hugues, ni Lothaire, ni Bérenger II, ni Adalbert. Si ce titre se rencontre exceptionnellement en 651 dans un diplôme d’Otton Ier 2, ce n’est qu’une réminiscence de Charlemagne. Le titre « Rex Romanorum » est à cette époque reculée un non-sens. Il est notoire que c’est Otton III le premier qui, dans son enthousiasme pour Rome, a pris le titre de « Romanorum imperator augustus ». Le
1. Pour ne point multiplier les citations, je m’abstiendrai de donner pour les détails des preuves tirées des diplômes de Bérenger. Le prochain fascicule de mes Regesten des Karolinger comprendra les diplômes de ce prince.
2. Mon. Germ., Dipl., I, 218: « Rex Francorum et Langobardorum » (orig.); Cf. 217, 220 : « Rex Francorum et Italicorum. »
DE SAINT-MARTIN DE TOURS
titre « Romanorum rex » n’est officiellement en usage chez un roi d’Allemagne que depuis le xnc siècle pour désigner le succsseur à l’empire.
Même difficulté pour le titre « Regis Langobardorum » dans la souscription royale. Dans les diplômes de Bérenger, la formule régulière est en général : « Signum domni Berengarii gloriosissimi (serenissimi , excellentissimi, piissimi) régis ». Le monogramme indiqué dans la Pancarte noire est également controuvé; c’est un B majuscule dont la panse supérieure renferme les lettres E RI N, l’inférieure GE R Y S. On voit que le faussaire ne possédait pas la moindre notion des règles de formation du monogramme, il n’avait même pas de modèle authentique qu’il pût reproduire. La base du monogramme de Bérenger Ie1' est un N ; les autres lettres sont liées aux deux jambages verticaux ou sont placées entre eux L
La récognition nous amène au même résultat : « Abbo cancellarius recognovit ». Outre que, dans les diplômes de Bérenger, comme ailleurs, la formule constante de réco- .guition est : « N. cancellarius ad vicem N. archicancellarii recognovi et ss. », et que, dans les rares cas où le chancelier souscrit l’acte seulement en son nom propre et non acl vicem du chef de la chancellerie, l’on note toujours que cela se fait « du commandement du roi » 1 2, jamais il n’y eut dans la chancellerie de Bérenger un chancelier du nom d’Abbon. Le scribe de la Pancarte noire donne une transcription exacte et à laquelle on peut se fier du nom et de la récognition plus difficile à lire. La supposition d’une erreur de sa part n’est point admissible. Elle le serait d’autant moins que les noms des chanceliers de Bérenger dans les dix premières années de son règne, Petrus, Restaldus, Yitalis, Johannes n’ont pas l’ombre d’une ressemblance avec celui d’Abbo, ce qui exclut la possibilité d’un changement ; ce n’est que plus tard que paraît un chancelier Ambro-
1. Des dessins s’en trouvent dans les Diplomi imperiali e reali délia cancellaria d’italia , I, 15. (Muratori, Antiquitates liai., VI, 347.)
2. Par ex. « Vitalis cancellarius iussu régis rec. » (Bohmer, Reg. Kar., 130), l’original est à Vérone. Cette sorte de récognition se rencontre en tout 17 lois,
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sius. Le nom Abbo (Ebbo) est lui-même d’origine germanique \ il ne s’est jamais acclimaté en Italie et il trahit dès l’abord son origine ouest-franque.
La date n’a pas davantage l’excuse de nous être parvenue corrompue ou faussée par la transcription. Les diplômes de Bérenger sont datés, suivant un ordre régulier et avec une formule déterminée, de l’an de l'incarnation, de celui du règne et de l’indiction. Ici la date de l’année porte « [anno] VIII et I regni nostri ». Le dernier mot suffit seul à trahir le faussaire. La formule de date ne prend jamais la tournure personnelle, mais l'impersonnelle; au lieu de « anno regni nostri », elle ne pourrait régulièrement porter que : « anno regni domni Berengarii gloriosissimi regis ». L’étrange manière de compter VIII et I désignerait la neuvième année du règne, c’est-à-dire l'an 896. « Action apud Papiam civitatem » n’a pas d’importance. Pavie était connue comme capitale du royaume Lombard et fut considérée plus tard encore comme capitale -. Le nom était courant. Au surplus la construction avec « apud » serait tout à fait exceptionnelle1 2 3 ; les diplômes de Bérenger donnent généralement le nom de lieu au génitif ou à l’ablatif.
Ainsi l’examen du protocole aboutit de la manière la plus nette à en établir la fausseté, à montrer qu’on n'a pas même utilisé pour le fabriquer un acte authentique de Bérenger, et que c’est une pure invention. Le texte de l’acte est un peu meilleur, mais ne vaut guère plus.
Les diplômes de Bérenger Ier emploient les formules qui ont trouvé droit de cité dans les actes des rois carolingiens. La royauté des parvenus, des Gui comme des Bérenger, revêtit — phénomène qui se reproduit toujours — les formes de la royauté légitime, et s’évertua à les conserver. C’est ainsi que les diplômes de Bérenger Ier portent l’em-