II. DERENBOURG
FEMMES MUSULMANES
Mais l’indignation même d’Ousâma démontre avec évidence ses sympathies pour les vertus de ses contemporaines, avec une nuance marquée de prédilection pour ses parentes d’abord, puis pour ses coreligionnaires.
En poursuivant ces réflexions, je risquerais de déflorer ce que renferme de curieux et de neuf le joli morceau, presque inédit en français, dont ces Mélanges auront la primeur. Je cède donc la parole à Ousàma, en essayant de ne pas décolorer les teintes vives de l'expression si animée, si chaudement brillante, de l’original arabe. Le chapitre, dans le décousu de l’ensemble, n’est rattaché que par une transition factice au passage qui le précède immédiatement et qui a été traduit dans la Vie d'Ousàma , p. 136-138. On y peut lire le récit de la campagne menaçante pour Schaizar et pour les Mounkidhites que le jeune Baudouin II, prince d’Antioche, avait entreprise vers 1127 et que la terreur de la mort lui fit abandonner tout à coup, sans qu’il permit à son armée d’en recueillir les avantages. Ousàma poursuit en ces termes 1 :
« Pendant la bataille, une vieille servante, nommée Bouraika, an service d’un Kurde de nos compagnons 'Ali ibn Mahboûb, se tenait au milieu des cavaliers sur la rive du fleuve 2. Elle tenait à la main de la boisson pour se désaltérer et pour désaltérer les hommes. La plupart de nos compagnons, lorsqu’ils virent les Francs s’avancer en telles masses, rebroussèrent chemin vers la ville 3, tandis que cette diablesse demeurait, n’étant nullement épouvantée par ce grave événement.
« Et, je vais mentionner un trait de cette Bouraika, bien que ce ne soit pas ici la place, mais l’anecdote a des ramifications 4 5. Ali, le maître de Bouraika, était religieux et ne buvait pas de vin. Il dit un jour à mon père s : Par Allah, je ne me considérerais pas comme autorisé par la loi, si je mangeais sur les fonds publics. Je ne veux manger que grâce