‹ Mélanges Julien HavetChapitre 251 sur 567 · Même observation que plus haut, p. 308, note · texte numérisé non relu

Même observation que plus haut, p. 308, note

H. DERENBOURG

FEMMES MUSULMANES

faisait la chasse aux perdrix et aux lièvres. Un jour que nous étions sur la montagne arriva l’heure de la prière de l’après-midi. Il fit halte et nous fîmes halte pour faire notre prière chacun pour soi. Voici qu’un écuyer nous rejoignit au galop, s’écriant : Le lion est là. Je fis mes oraisons finales avant mon père (qu’Allâli l’ait en pitié !), afin qu’il ne m’empêchât pas d'aller combattre le lion. Je montai à cheval, ayant avec moi ma lance. Je m’élançai vers le lion* qui se porta à ma rencontre et rugit. Mais mon cheval m’emmena à l’écart et la lance me tomba des mains à cause de sa lourdeur, le cheval m’entraînant dans une course rapide pour revenir ensuite s’arrêter au pied de la montagne.. Le lion était des plus corpulents, bombé comme une arcade cintrée \ affamé. Toutes les fois que nous approchions de lui, il descendait de la montagne, repoussait les chevaux et retournait à sa tanière. Et il ne descendait pas une seule fois sans imprimer la trace de son passage dans notre compagnie. Je l’avais même vu monter en croupe derrière un écuyer de mon oncle, un nommé Baschtakîn Garza, s’accrocher aux deux hanches de son cheval et lui déchirer avec les griffes ses vêtements et ses guêtres, puis retourner vers la montagne. Je n’avais aucune prise sur ce lion, lorsque je m’avisai de monter au-dessus de lui sur le versant de la montagne. Ensuite je précipitai mon cheval sur lui. je le frappai avec ma lance que j’enfonçai dans son corps et que je laissai dans son flanc. Il roula jusqu’au bas de la montagne, sans pouvoir se débarrasser de la lance. Le lion mourut et la lance se brisa, tandis que mon père (qu Allah l’ait en pitié!) était arrêté à nous regarder, en société des fils de son frère ’Izz ad-Din 1 2, des tout jeunes gens curieux de voir ce qui se passerait. Nous transportâmes le lion, et notre entrée dans la ville eut lieu à la tombée du soir.

« Au milieu de la nuit, ma grand’mère du côté de mon père (puisse Allah les avoir tous deux en pitié !) était venue

1. Sur la parenté entre l'arabe Kantara « cintre, arc, pont » et le bas-latin cintrum, voyez Karl Yollers, Vier Lehnwœrter iin Arabischen, dans la Zeitschrift fur Assyriologie de 1893, p. 100-101.

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